COMMENT VOTER QUAND ON NE SAIT PAS LIRE ?

le 7 septembre 2012

Comment prendre part au débat démocratique comme citoyen à part entière quand on ne sait ni lire ni écrire ? Comment exprimer un choix conscient et éclairé si on n’a pas accès à l’information nécessaire ? Deux questions posées par Lire et Ecrire qui rappelle que l’alphabétisation est un droit pour tous. D’où le slogan de la campagne de cette année qui vise à sensibiliser le grand public à la persistance de l’analphabétisme. Actualité oblige, l’association a aussi rédigé un cahier de revendications qu’elle soumet aux élus et aux futurs élus locaux. La commune, dit-elle, a un rôle important à jouer dans plusieurs domaines : la prévention de l’analphabétisme, l’accueil et l’accompagnement des personnes en difficulté avec l’écrit ou la langue, l’accès à l’alphabétisation et à la formation. Lire et Ecrire demande aussi qu’un échevin soit chargé de coordonner et de développer les politiques communales dans ce domaine. Ces thèmes et bien d’autres sont évoqués au cours de petits déjeuners rassemblant des candidats aux élections, des formateurs et plusieurs personnes qui suivent ou qui ont suivi des formations et qui peuvent ainsi exprimer de vive voix les difficultés auxquelles elles se heurtent et leurs attentes.

« Quand tu ne sais ni lire, ni écrire, la vie, c’est zéro pour toi ! Tu ne sais pas remplir des documents ni trier ton courrier, tu ne sais pas voyager... Il ne faut pas seulement savoir parler français, il faut aussi savoir lire et écrire, c’est très important. »

Ce cri du coeur de Sy Elyabe résume parfaitement le désarroi dans lequel sont plongés les analphabètes. Cet Africain de 27 ans est en Belgique depuis trois ans et c’est le Forem qui l’a aiguillé vers des cours d’alphabétisation. Aujourd’hui, il est fier de dire qu’il n’a plus besoin d’aide pour gérer le quotidien mais il tient à préciser que tous ses problèmes ne sont pas résolus pour autant. Il évoque notamment les difficultés qu’il rencontre pour louer un logement. Car analphabétisme et précarité vont souvent de pair.

« J’étais à la recherche d’un emploi. Je me suis présentée au Forem où on m’a dit qu’il y avait des associations où l’on pouvait apprendre à lire et à écrire. Je croyais qu’on se moquait de moi ! Puis je me suis inscrite et j’ai suivi les cours pendant cinq ans. »

Christine Louis avait 28 ans à l’époque. Le cas de cette Belge de souche illustre de façon criante l’échec de sa scolarisation. Elève dans l’enseignement spécial jusqu’à l’âge de 18 ans, elle n’apprendra jamais à lire et à écrire. « J’étais dans le fond de la classe. Je n’ai appris que le jardinage, la cuisine, le repassage et le nettoyage. » De formation en formation, Christine va apprivoiser l’écrit avec brio, au point de se lancer dans la rédaction d’un livre qu’elle est en passe de terminer, celui de sa propre vie, une vie triste, précise-t-elle. Elle a aujourd’hui 52 ans.

Son parcours est fabuleux mais il reste exceptionnel. La directrice de Lire et Ecrire Namur, Huguette Vlaminck, souligne que les personnes qui suivent une formation n’atteignent pas un niveau aussi élevé. « La plupart des apprenants arrivent à un moment donné aux objectifs qu’ils se sont fixés. Souvent, c’est lire et écrire des choses simples pour pouvoir se débrouiller, les horaires de chemin de fer, le courrier, le journal de classe des enfants..., exceptionnellement, comprendre un bail ou un contrat de travail, etc. » Les formations sont d’ailleurs axées sur ces objectifs qui varient d’une personne à un autre mais elles visent également à apprendre la citoyenneté. « On a du mal à s’en rendre compte quand on est lettré, mais dans notre société, tout transite encore par l’écrit. » Ceux qui ne savent pas lire en sont donc exclus. 

En Fédération Wallonie-Bruxelles, un adulte sur dix éprouverait des difficultés à lire et à écrire. Faute d’enquête, ce n’est qu’une estimation qui est plus que probablement inférieure à la réalité. Parmi ceux qui suivent des formations, un tiers environ voire plus, sont des Belges qui ont été peu ou mal scolarisés, voire pas du tout. Deux tiers environ sont d’origine étrangère. Encore faut-il faire une distinction entre ceux qui n’ont jamais été à l’école et les autres. « Ceux qui ont été scolarisés dans leur langue d’origine ont davantage de possibilités de rebondir. Ils sont orientés vers des formations mieux adaptées à leur situation. » L’association Lire et Ecrire estime en effet que le champ de l’alphabétisation recouvre les savoirs de base acquis à l’issue de l’enseignement primaire.

Créée en 1983, l’ASBL Lire et Ecrire est aujourd’hui structurée en 9 régionales réparties sur l’ensemble du territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle compte près de 300 salariés et 130 bénévoles. Pour elle, le droit à l’alphabétisation implique non seulement le droit de suivre, près de chez soi et à son rythme, une formation de qualité qui réponde à ses besoins, mais aussi le droit pour tous d’accéder à une réelle participation économique, sociale, culturelle et politique car, dit-elle, sans cette participation, il n’y a pas de raison d’apprendre. On ne peut qu’abonder dans son sens !

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