DE CHARYBDE EN SCYLLA

14 juillet 2012

« De Charybde en Scylla », c’est le titre éloquent d’un documentaire réalisé en Serbie à l’initiative du délégué général aux droits de l’enfant, Bernard De Vos.

Tout commence en septembre 2011. Bernard De Vos se préoccupe du sort de la quarantaine de Roms qui vivent place Gaucheret à Schaerbeek, dans des conditions inhumaines. Parmi eux, une famille de sept personnes dont cinq enfants. L’aînée, Sunita, est polyhandicapée. Elle mourra peu après leur retour en Serbie. Le cas de cette famille illustre les arcanes de la réglementation européenne en matière d’asile. Elle fait une première demande d’asile en France, rentre en Serbie puis reprend une nouvelle fois la route à destination de la Belgique où elle demande également à bénéficier du statut de réfugié. Or, un seul état membre de l’Union européenne est responsable de l’examen de la demande, c’est ce que prévoit le règlement de Dublin. La famille attend qu’une décision soit prise puis, de guerre lasse, accepte un retour volontaire ou plutôt un « retour volontairement contraint  », pour reprendre les mots du conseiller en communication du délégué, David Lallemand.

En mai 2012, Bernard De Vos retrouve la famille de Sunita en Serbie, au cimetière d’abord, où il se recueille devant la tombe de la fillette, puis dans le camp où la famille vit dans des conditions indescriptibles, sans eau potable, sans électricité et sans égout, le plus souvent. « C’est la misère pour les Roms, il n’y a aucune issue, dit un vieux monsieur, quand on part à l’étranger et qu’on revient, la police nous demande pourquoi on est parti . » Pourquoi les Roms partent-ils ? Parce qu’ils sont victimes de discriminations, tout simplement. A Belgrade, Bernard De Vos rencontre son homologue serbe, Tamara Luksic qui lui signale notamment «  qu’environ 80% des familles roms craignent que leurs enfants ne soient pas bien acceptés dans les écoles par leurs pairs et qu’il arrive que ces enfants souffrent de discrimination et d’intolérance de la part du groupe. »

Avant de demander l’asile en France, la famille de Sunita s’est rendue au Kosovo où elle a subi le même type de persécutions qu’en Serbie. Deux états qui figurent pourtant sur la liste de pays dits sûrs établie récemment par la Belgique et dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas sûrs pour tous leurs ressortissants. 

On ne peut que recommander aux responsables de l’asile en Belgique de visionner le documentaire « De Charybde en Scylla » sur le blog vidéo http://www.enlignedirecte.be/a-la-une/droits-des-roms-en-serbie/. Au travers du cas concret de la famille de Sunita, il fait état des persécutions, des violences et des discriminations dont sont victimes les Roms dans plusieurs états de l’Union européenne et montre la réalité quotidienne à laquelle ils sont confrontés, sans voyeurisme ni pathos. Un seule regret : on y voit plus le conseiller en communication que le délégué général aux droits de l’enfant lui-même. C’est pourtant à Bernard De Vos que je laisse les mots de la fin : « On peut dire qu’on a un peu honte pour notre pays de ne pas avoir pu faire plus pour eux ».

Permalink

| Leave a comment »