DES SOUS-MUNITIONS DETRUITES PAR MILLIONS

C’est ce qu’annonce Handicap International, au lendemain d’une conférence sur le suivi du traité d’interdiction des armes à sous-munitions, signé à Oslo en 2008 et entré en vigueur le premier août 2010. Moins de deux ans plus tard, 650.000 armes à sous-munitions stockées par les états parties ont été détruites, ce qui représente environ 68 millions de sous-munitions qui ne pourront donc plus détruire la vie des civils. Car ces armes redoutables polluent les territoires bombardés et représentent une menace pour les populations bien après la fin des conflits.

Les armes à sous-munitions sont composées d’un conteneur (bombe, obus, missile, roquette) qui renferme parfois des centaines de mini-bombes explosives. Elles sont larguées par voie aérienne ou tirées par voie terrestre : le conteneur s’ouvre dans les airs et éjecte les sous-munitions qui se dispersent alors sur une large zone pour exploser, en principe, au contact du sol. En principe car, en réalité, ce n’est pas toujours le cas. On estime en effet que de 5 à 40% des sous-munitions n’explosent pas. Comme les mines antipersonnel, elles empêchent un retour à la vie normale : impossible, en effet, de cultiver un champ ou de jouer en toute quiétude dans une région criblée de sous-munitions. Les enfants sont particulièrement vulnérables. Attirés par les couleurs vives de certaines d’entre elles, ils les confondent avec des jouets. 98% des victimes recensées sont des civils. Plus d’un quart d’entre elles ont moins de 18 ans.

Rappelons que la Belgique a été pionnière dans la lutte contre les « armes des lâches ». En 1995, elle a été le premier pays du monde à interdire les mines antipersonnel et, en 2006, elle a été également la première à interdire les armes à sous-munitions. Depuis 2007, elle interdit également le financement des armes à sous-munitions mais, selon Netwerk Vlaanderen, elle hésite encore à mettre cette loi définitivement en oeuvre. Ajoutons qu’en 2010, elle a terminé complètement la destruction de ses stocks.

Le traité d’Oslo interdit l’emploi, la production, le stockage, la conservation et le transfert d’armes à sous-munitions. Les états parties ont huit ans pour détruire leurs stocks et dix ans pour déminer leur territoire. Un chapitre important concerne l’aide aux victimes, dans un sens très large puisqu’elle vise non seulement les personnes blessées, mais aussi leurs proches et les communautés dont l’environnement est directement pollué par les sous-munitions.

111 pays ont signé le traité d’Oslo et 70 d’entre eux l’ont ratifié. On notera cependant l’absence de plusieurs grands états utilisateurs et/ou producteurs d’armes à sous-munitions, les Etats-Unis, la Russie, Israël, l’Inde, la Chine et le Pakistan, pour ne citer que ceux-là. Les Etats-Unis ont d’ailleurs défendu, dans le cadre de la Convention sur certaines armes classiques, un nouveau projet d’accord international, le Protocole VI, qui autoriserait l’usage des armes à sous-munitions, à condition et qu’elles soient dotées de mécanismes d’auto-destruction, et qui viderait le traité d’Oslo de sa substance. Il n’a pas fait l’objet d’un consensus, 50 pays au moins l’auraient rejeté.

Les armes à sous-munitions ont été massivement utilisées lors des derniers conflits, en Irak, en Afghanistan, au Liban, en Ossétie du sud et, en 2011, en Libye et au Cambodge. Au total, plus de trente pays sont directement affectés par des sous-munitions non explosées. Au moins 440 millions de sous-munitions ont été déversées depuis 1965. Entre 22 et 132 millions d’entre elles n’auraient pas explosé à l’impact. C’est dire l’ampleur de la tâche. Certes, les pays gros producteurs respectent leurs engagements et détruiront leurs stocks dans les délais impartis, mais il faudra des années et des centaines de démineurs pour nettoyer les zones infectées. Autre défi qui reste à relever, l’aide aux victimes. Sur ce point, le traité d’Oslo est novateur, mais dans les faits, il reste beaucoup à faire pour améliorer concrètement la vie quotidienne des victimes et de leurs communautés.

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