EN BELGIQUE, LA PREVALENCE DES FEMMES EXCISEES ET DES FILLES A RISQUE D’EXCISION A DOUBLE EN CINQ ANS

le 6 février 2014

13.112 femmes très probablement excisées et 4.084 fillettes qui risquent de l’être vivent aujourd’hui en Belgique : ce sont les estimations d’une étude réalisée par deux chercheuses de l’Institut de médecine tropicale d’Anvers, Dominique Dubourg et Fabienne Richard. Une étude en deux étapes. Il a fallu d’abord estimer aussi précisément que possible la population féminine de la première et de la seconde génération originaire d’un des pays où les mutilations génitales sont pratiquées. Il a fallu ensuite appliquer à ces femmes et à ces filles la prévalence observée dans leur pays d’origine. C’est la même méthodologie que celle qui avait été utilisée lors de l’étude précédente, mais les données récoltées sont plus complètes et plus précises. La répartition géographique n’a pas changé, pas plus que l’origine des femmes et des filles. La majorité d’entre elles vivent dans la région de Bruxelles-Capitale et dans les provinces d’Anvers et de Liège et viennent principalement de Guinée, de Somalie et d’Egypte.

L’intérêt de cette étude, c’est qu’elle permet de mieux cibler les actions à mener, tant pour la prévention que pour la prise en charge médico-sociale des femmes déjà excisées. A l’Hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, le docteur Martin Caillet, reçoit chaque semaine de 2 à 5 femmes mutilées. « La plupart du temps, elles viennent pour trouver des réponses à des problèmes gynécologiques ou neurologiques qu’elles pensent liés aux mutilations génitales. Parfois, c’est le cas, parfois non, mais ce qui est important, c’est de pouvoir communiquer avec elles et, selon les besoins exprimés, leur parler de sexualité, de gynécologie, de contraception, d’accouchement, etc. Il y a autant d’histoires de que patientes, évidemment. » Une prise en charge globale est donc nécessaire. Jusqu’à présent, seule une partie des prestations étaient remboursées, mais cela devrait changer très prochainement. L’Inami a en effet décidé de reconnaître deux centres de référence, l’UZ de Gand et le CHU Saint-Pierre à Bruxelles et de conclure avec eux une convention prévoyant notamment un accompagnement médical et psychosocial des victimes de mutilations génitales. « C’est une équipe pluridisciplinaire qui prendra les patientes en charge. Chacune d’entre elles pourra bénéficier d’un certain nombre de prestations d’un sexologue , d’un psychologue ou de consultations gynécologiques. La mutuelle interviendra, y compris pour les actes chirurgicaux, quand c’est nécessaire. ». A l’heure actuelle, la reconstruction du clitoris est entièrement à charge de la patiente et elle n’est donc pratiquée que très rarement. Un budget annuel de 500.000 euros est prévu pour les deux centres, de quoi apporter les soins nécessaires à quelque 400 femmes.

Les résultats de l’étude et l’annonce de la reconnaissance de deux centres de référence ont été rendus publics hier, à la veille de la journée internationale contre les mutilations génitales féminines. L’ONG Plan-Belgique qui mène avec succès des projets de lutte contre l’excision au Mali, au Niger, en Sierra Leone et en Guinée, rappelle pour sa part que plus de 125 millions de filles et de femmes dans le monde vivent aujourd’hui avec les séquelles d’une excision et que ce n’est pas une fatalité, pas plus qu’une pratique religieuse. Certes, le nombre de mutilations génitales féminines a tendance à diminuer, mais les progrès enregistrés sont lents, beaucoup trop lents.