EXCISION, MA FACON DE DIRE NON

 

7 février 2013

«  Excision, ma façon de dire non », c’est le titre d’une exposition qui se tient à la gare du Nord à Bruxelles jusqu’au 20 février. A l’initiative du GAMS Belgique et de la Boîte à images, un photographe, Christophe Smets, et deux journalistes, Marie Bryon et Céline Gautier, sont partis à la rencontre d’hommes et de femmes qui, chacun à leur manière, s’opposent à une tradition dont la cruauté n’est plus à démontrer. Résultat : 32 superbes portraits, 32 témoignages recueillis dans trois pays européens, la Belgique, la France et le Royaume-Uni, et trois pays africains, le Sénégal, Djibouti et la Guinée-Conakry. Pas d’images sanglantes dans cette exposition, c’est un choix délibéré des auteurs, comme l’explique Céline Gautier. « Plutôt que de montrer l’horreur et la violence que constituent les mutilations génitales, on a préféré aller à la rencontre des personnes qui s’opposent à ces pratiques. »

Nadima Ahmed Ali a longuement hésité avant de témoigner publiquement. Elle est originaire de Djibouti et elle a fui son pays pour sauver sa fille de l’excision. Elle vit aujourd’hui en Belgique. « Trois jours après sa naissance, ma belle-mère voulait exciser ma fille. J’ai refusé, je ne voulais pas que mon bébé subisse les mêmes souffrances que moi. Ma belle-mère a insisté et, deux ans plus tard, elle a amené une exciseuse à la maison. J’ai refusé une deuxième fois, j’ai déposé plainte mais ma plainte n’a pas abouti. Au contraire, elle s’est retournée contre moi parce que j’avais quitté mon domicile : je m’étais réfugiée chez ma soeur. Je suis ensuite rentrée chez moi. Mon mari qui me soutenait a été battu et ligoté. Mon frère aîné a refusé de prendre mon parti, sous prétexte que c’était la tradition et qu’il ne pouvait pas s’y opposer. J’ai alors compris qu’en restant à Djibouti, je ne pourrais pas sauver ma fille et j’ai pris la fuite. Je suis venue en Belgique et c’est une association djiboutienne basée à Liège qui m’a aidée. Aujourd’hui, je plains toutes celles qui sont restées là-bas et je voudrais les aider. » Nadima ne cache pas son émotion. Pas facile d’évoquer un parcours au cours duquel elle a dû faire face à la désapprobation quasi générale. Pas facile non plus de s’opposer à une coutume ancestrale, fût-elle barbare.

Abdoulkader Ali Ibrahim est membre de l’association qui a aidé Nadima. Pour lui, les hommes doivent absolument prendre une part active dans le combat contre l’excision. « Quand les mutilations se font dans nos maisons, nous, les hommes, nous n’y somme pas mêlés. Jusqu’à l’âge de quarante ans, j’ai cru que c’était une affaire de femmes, avant de comprendre que c’était beaucoup plus que cela et aujourd’hui, je n’hésite pas à en parler. C’est un sujet très tabou, très difficile et il faut que les hommes en prennent conscience. Tant qu’ils ne se poseront pas de questions, rien ne bougera. »

Marie Bryon, Céline Gautier et Christophe Smets on également rencontré beaucoup d’autres témoins parmi lesquels Hélène Diallo, une infirmière guinéenne qui a excisé des petites filles pendant longtemps avant de faire machine arrière, Roukia Youssouf, une djiboutienne qui s’investit dans la lutte contre les MGF, Fabienne Richard, une des chevilles ouvrières du GAMS Belgique, ou encore Céline Verbrouck, une avocate belge dont les plaidoiries dénonçant les mutilations génitale féminines sont connues à travers l’Europe. Il faut dire qu’en 2008, elle remportait le premier prix et le prix du public au Concours international de plaidoiries pour les droits de l’homme pour son combat contre l’excision. Un an plus tard, elle créait l’ASBL INTACT qui vise surtout à agir préventivement pour protéger les petites filles.

Contrairement à ce qu’on pense, en effet, les mutilations génitales féminines concernent également la Belgique. Une récente étude montre que, dans notre pays, des gynécologues et des urologues ont déjà reçu des demandes de parents souhaitant faire exciser leurs filles. Par ailleurs, il n’est pas rare que des enfants soient mutilées lors de vacances dans leur pays d’origine. Pour Fabienne Gérard, « il est réellement nécessaire de sensibiliser les communautés concernées et de former les professionnels pour qu’ils apprennent à gérer au mieux ces situations à risque. »

D’où l’importance de cette exposition qui évoque avec beaucoup de rigueur et de sensibilité une tradition néfaste qui continue de faire des ravages, malgré la lutte incessante menée par des femmes et des hommes courageux. On estime en effet que trois millions de femmes risquent chaque année de subir une mutilation génitale dans le monde. C’est donc un problème de société crucial. Dommage qu’on ne l’évoque que trop rarement.

Permalink

| Leave a comment »

Marathon 2017 : SIGNEZ POUR LES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS

Cette année, les 10 individus en danger du Marathon des lettres sont des défenseurs des droits humains. Ils ont tous besoin de votre aide. Nous vous proposons de signer pour eux, en un seul clic.