FRONTEXIT : POURQUOI CETTE CAMPAGNE ?

25 mars 2013

L’Europe est en guerre contre un ennemi qu’elle s’invente, ce slogan illustre parfaitement les objectifs poursuivis par la campagne Frontexit, soutenue par de nombreuses associations du Nord et du Sud : réclamer la transparence sur le fonctionnement de Frontex, l’agence de l’Union européenne pour le contrôle des frontières extérieures, et exiger le respect des migrants aux frontières. Pour illustrer concrètement le propos de cette campagne, les organisateurs ont fait une action spectaculaire à la sortie du métro Trône à Bruxelles. «  Vous entrez dans une zone de sécurité, préparez-vous pour un contrôle d’identité », voilà l’accueil reçu par les usagers mercredi passé. Certains poursuivent leur chemin sans s’arrêter, d’autres présentent à tout hasard leur titre de transport, quelques uns posent des questions et marquent leur intérêt pour cette action. « Nous voulons interpeller les citoyens, explique Cécile Vanderstappen du CNCD, nous montrons de façon symbolique et humoristique comment se passe un contrôle aux frontières . »

Pour les initiateurs de la campagne, Frontex est le symbole de la politique migratoire de l’Union, le bras armé de l’Europe forteresse, disent-ils. Créée en 2004, opérationnelle un an plus tard, cette agence est chargée de promouvoir, de coordonner et de développer la gestion des frontières européennes. Pour protéger les 42.000 kilomètres de côtes, les 9.000 kilomètres de frontières terrestres et les 300 aéroports internationaux, Frontex renforce la coopération entre les Etats membres à travers plusieurs champs d’activité : les opérations conjointes aux frontières, les opérations de retours conjoints et la formation de garde-frontières, notamment. Tout cela a un coût et le budget qui lui est alloué est en hausse constante. Frontex dispose également de moyens technologiques importants : 21 avions, 27 hélicoptères, 116 navires et de nombreux équipements techniques, des radars, des sondes, des caméras,etc.

Qui se passe-t-il réellement aux frontières, qui est responsable des opérations menées, se demandent les associations qui s’insurgent contre l’opacité des activités de l’agence. « On ne sait pas qui est responsable de quoi, explique Caroline Intrand du CIRE, Frontex estime que ce sont les Etats membres qui sont responsables de ce qui se passe aux frontières, mais d’un autre côté, Frontex a de plus en plus de pouvoirs de décision et de coordination et on a l’impression qu’elle prend aussi beaucoup de place dans les définitions des politiques migratoires de l’Union. »

Les migrants ont des droits, martèlent les associations du Nord et du Sud, et ces droits sont bafoués par Frontex. Les méthodes de l’agence ont d’ailleurs été dénoncées par Human Rights Watch dans un rapport accablant, intitulé « L’UE a les mains sales : implication de Frontex dans le mauvais traitement des migrants détenus en Grèce ». Les Verts européens ont souligné que l’agence avait plus d’une fois violé les droits fondamentaux, en faisant preuve de violence lors de l’interception aux frontières ou lors d’opérations d’identification. Par ailleurs, des migrants ont été renvoyés dans des centres de détention situés dans des pays où les droits fondamentaux ne sont pas respectés, en Libye, par exemple. Or, depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne en 2009, la Charte des droits fondamentaux s’applique à Frontex et depuis 2011, l’agence est tenue d’élaborer une stratégie en matière de droits fondamentaux et de mettre en place un mécanisme efficace de contrôle de leur respect, mais, pour Caroline Intrand, il y a un bémol. « Cette stratégie prévoit la mise en place d’un agent pour les droits fondamentaux et d’un comité consultatif, mais qui restent à l’intérieur de Frontex et et qui n’ont donc pas une véritable indépendance. »

L’agence Frontex reste méconnue du grand public. D’où la campagne Fontexit qui vise à le sensibiliser. Mais ce n’est pas le seul objectif poursuivi. Les associations veulent également recueillir des témoignages sur les éventuelles exactions commises par Frontex pour pouvoir porter plainte auprès de la Cours européenne des droits de l’homme et faire des recommandations politiques. Elles tiennent également à tordre le cou à un canard. Non, l’Europe n’est pas, comme elle l’affirme, confrontée à une immigration massive à laquelle elle ne peut pas faire face. Certes, le nombre de migrants internationaux s’est accru au cours des dix dernières années, mais un tiers seulement s’est déplacé d’un pays en développement vers un pays développé et les pays en développement accueillent quatre réfugiés sur cinq dans le monde.

Pour en savoir plus, www.frontexit.org