HALTE AUX POLITIQUES D’APPAUVRISSEMENT

20 octobre 2013

« Halte aux politiques d’appauvrissement ! Les populations veillent », c’est le slogan de la campagne 2014 du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté. Il faut dire que la situation s’aggrave d’année en année : plusieurs associations l’ont clamé dans le cadre de la journée mondiale du refus de la misère. Jeudi dernier, quelque 120 militants ont défilé dans les rues de Namur, histoire de sensibiliser les passants au sort des plus démunis, d’alerter les autorités et de leur rappeler notamment que le revenu d’intégration sociale (817,36 euros pour une personne isolée et 1.089 euros pour une famille) est inférieur au seuil de pauvreté. Au programme, cinq arrêts symboliques : l’ONEM, les banques, la commune, le palais de justice et le parlement wallon. Le matin, une centaine de personnes avaient participé à un séminaire et le soir, 250 autres assistaient à un spectacle-débat. « Nous voulons que la lutte contre la pauvreté soit intégrée dans les débats de campagne électorale mais également dans les programmes des partis et, plus encore, dans les déclarations de politique générale  », explique la présidente du RWLP, Christine Mahy.

Au niveau européen

En juin 2010, l’Union européenne a arrêté un objectif commun : sortir de la pauvreté 20 millions de citoyens européens en dix ans. Trois critères ont été retenus : la pauvreté monétaire relative, fixée à 60% du revenu national moyen, les privations matérielles sévères et la faible intensité du travail au sein du ménage. On est loin du compte : selon le Réseau européen anti pauvreté, il y aurait aujourd’hui quatre millions de pauvres de plus qu’en 2010. Les politiques d’austérité imposées par l’Europe n’y sont pas étrangères, et c’est une litote !

En Belgique

Notre pays doit pour sa part prendre les mesures nécessaires pour que 380.000 personnes sortent de la précarité d’ici 2020. Un engagement sans effets jusqu’à présent, au contraire. Le nombre de personnes démunies s’est accru de 77.000 en moins de trois ans et le fossé entre les riches et les pauvres s’est creusé. Aujourd’hui, 15,3% de Belges vivent en-dessous du seuil de pauvreté, soit avec 1.000 euros par mois pour une personne isolée et 2.100 euros, pour un couple avec deux enfants. Le taux grimpe à 20,8% si l’on prend en compte les privations matérielles et la faible intensité du travail.

Disparité entre les trois régions

En Flandre, 9,8% de la population vit sous le seuil de pauvreté contre 19,2% en Wallonie et 33,7% à Bruxelles. Même constat pour les taux de privation matérielle. Le nombre de personnes qui y sont confrontées est nettement plus important en Wallonie qu’en Flandre et Bruxelles atteint un niveau proche de celui de Chypre et de la Grèce. Pour déterminer ce taux, on a retenu 9 critères :

le ménage a-t-il ou non la capacité financière de faire face à des dépenses imprévues, de manger tous les deux jours un repas comprenant des protéines, de chauffer correctement son logement, de partir une semaine par an en vacances, d’éviter les arriérés de crédit, de loyer et de paiement, de disposer, s’il le souhaite, d’une voiture, d’une télévision, d’un téléphone ou d’une machine à laver. Le taux de privation matérielle correspond à la proportion de personnes qui n’ont pas accès à au moins trois de ces critères. A titre d’exemple, plus d’un tiers des Wallons ne peuvent pas faire face à une dépense imprévue d’environ 1.000 euros et 10% ne peuvent pas chauffer leur logement suffisamment.

La pauvreté et les enfants

Un pauvre wallon sur trois est un enfant, ce qui veut dire qu’en Wallonie, un enfant sur quatre vit dans la pauvreté. Une situation aussi alarmante que lourde de conséquence. On sait en effet que les dégâts faits par la pauvreté dans l’enfance diminuent les chances d’y échapper une fois adulte.

Le second plan fédéral de lutte contre la pauvreté

Il a été présenté en septembre 2012 par la secrétaire d’état à l’intégration et à la lutte contre la pauvreté, Maggie De Block. Il définit six objectifs : assurer la protection sociale de la population, réduire la pauvreté chez les enfants, renforcer l’accès au marché du travail par l’activation sociale et professionnelle, lutter contre le « sans abrisme » et le « mal logement », garantir le droit à la santé et des services publics accessibles à tous. Pour chacun de ces objectifs, le plan détaille une série d’actions (118 au total). Il est jugé sévèrement par le Forum bruxellois de lutte contre la pauvreté qui le qualifie de « catalogue de bonnes intentions ».

En conclusion

Je m’en voudrais de ne pas évoquer la détresse des personnes qui vivent dans la pauvreté et je vous livre quelques témoignages recueillis par le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté. Ils figurent dans une excellente étude sur la pauvreté et les inégalités en Wallonie que j’ai d’ailleurs abondamment utilisée.

«  Chez nous, on fait Noël quand je retouche… En février ou en mars… Et puis, tant pis, c’est comme ça… En décembre, avec tout ce qu’il y a à payer depuis septembre, je n’y arrive pas… Et alors, on se fait notre fête à ce moment-là, c’est original, hein ! Mais parfois, c’est dur. »

« Les petits voulaient des pantalons à 10-15 euros avec des dessins et des marques mais j’ai dit que ce n’était pas possible. Ce sera 5 euros au marché ou alors dans un magasin de seconde main près de chez moi. J’irai avec l’aide familiale parce qu’avec moi, ils diront qu’ils n’aiment pas. Une voiture, pas possible ! Partir en vacances, je ne connais pas, sauf une fois où j’ai pu passer une semaine à la mer avec les enfants. J’avais trouvé une caravane à 25 euros la nuit, mais j’étais avec quelqu’un. » (témoignage d’une mère seule avec trois enfants)

« A une maman de quatre enfants, vivant avec très peu de moyens dans un espace exigu situé à trois kilomètres de l’école, sans voiture, une animatrice pose la question : mais pourquoi laves-tu les vêtements des enfants tous les jours ? Je me suis juré que les enfants arriveraient tous les jours à l’école à l’heure, que leurs vêtements seraient toujours propres et qu’il y aurait toujours beaucoup de choses dans leurs boîtes à tartines… même si moi, je ne dois pas manger. Quand j’étais petite, je me suis fait jeter de l’école à cause de ça… J’ai détesté l’école… A l’école, l’animatrice tente de faire comprendre l’énergie déployée par la maman pour éviter que ses enfants ne connaissent le rejet. La réponse fut : Madame ne vient pas aux réunions de parents, les devoirs sont rarement faits, les cahiers reviennent avec des taches… »

Pour en savoir plus 

www.rwlp.be (Réseau wallon de lutte contre la pauvreté où vous trouverez notamment un lien qui donne accès à l’étude de l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique sur la pauvreté et les inégalités en Wallonie)

www.fblp.be (Forum bruxellois de lutte contre la pauvreté)

www.bapn.be (Réseau belge de lutte contre la pauvreté)