INTEGRATION : UN HORIZON A PARTAGER

14 juin 2012

« Intégration : un horizon à partager », c’est le thème du dernier numéro de Migrations/Magazine, publié par le CIRE. Un thème d’actualité s’il en est. Suite aux tensions qu’a connues récemment Molenbeek, Didier Reynders parlait d’échec de l’intégration dans certains endroits où, disait-il, des ghettos s’étaient créés. Il répétait quasiment mot pour mot ce qu’avait dit en 2002 Daniel Ducarme, lui aussi fraîchement débarqué à Bruxelles. Des propos qui ont suscité de nombreuses réactions et pas mal de questions relatives au parcours de l’intégration.

En Flandre, le décret « inburgering » a été voté en 2003. Il est destiné aux étrangers qui s’installent en Flandre ou à Bruxelles et à certains Belges d’origine étrangère. Il comprend un cours de néerlandais, un cours d’orientation sociale axé sur la vie en Flandre et en Belgique, un accompagnement dans la recherche d’un emploi ou d’études et un accompagnement personnel. Obligatoire en Flandre, avec des sanctions à la clé, il se fait à Bruxelles sur base volontaire. Rien de pareil côté francophone mais le débat est lancé et des parcours d’intégration devraient voir le jour d’ici la fin de l’année, même si, comme le faisait remarquer Philippe Walkowiak (rédacteur en chef politique à la RTBF), «  obligatoires ou pas, ces parcours ne résoudraient pas tous les problèmes. L’affaire du voile intégral à Molenbeek  impliquait au premier chef une jeune belge convertie à l’islam qui n’aurait pas été soumise à cette démarche ».

Est-ce à dire qu’il n’existe rien en Fédération Wallonie-Bruxelles pour accueillir les nouveaux migrants. Que nenni ! La région wallonne compte sept centres régionaux d’intégration mais ils n’offrent pas tous les mêmes services. En région bruxelloise, plusieurs communes disposent de structures spécifiques. Citons notamment le service d’aide aux primo-arrivants à Molenbeek, la maison de la solidarité à Bruxelles-Ville, le dispositif d’accompagnement et de formation des personnes primo-arrivantes à Schaerbeek, la mission locale à Anderlecht, etc. Par ailleurs, tant en Wallonie qu’à Bruxelles, des associations aident ceux qui le souhaitent à s’intégrer au monde qui les entoure.

Dans le cadre du Fonds européen à l’intégration(1), le Centre bruxellois d’action interculturelle (CBAI) a été chargé de mettre sur pied une formation destinée à apprendre aux primo-arrivants le fonctionnement et l’organisation de la société belge, avec des approches variées et aussi concrètes que possible. Cette formation a été testée avec un groupe constitué par le CPAS de Schaerbeek lors d’ateliers citoyens. Parmi les participants, un journaliste équatorien, Antonio Utreras Yépez. Durant plus de deux mois, il a tenu un journal, le « Journal d’un apprenti citoyen universel », comme il l’a appelé.(2) A l’issue de sa formation, il a écrit : « Une chose est claire, nous ne sommes plus les mêmes. Quelque chose a changé. Quelque chose nous a donné plus de confiance en nous. (...) L’atelier de participation citoyenne doit continuer. (...) Peut-être pourrait-il insister davantage sur les devoirs des citoyens. (...) La patrie, ce n’est pas le pays où l’on est né, c’est le pays qui nous donne tout ce que l’autre nous a refusé. (...) Au début de sa formation, il avait précisé que « le groupe était composé de quatorze personnes de nationalités différentes, algérienne, bulgare, guinéenne, congolaise, marocaine, française et équatorienne. Malgré les difficultés propres à chaque région, l’homme n’a qu’un seul rêve, vivre en paix, donner le meilleur de soi-même et aider à construire un monde meilleur. Belle expérience. Bonne opportunité de retrouver des personnes de nationalités différentes et d’essayer, pourquoi pas ?...l’interculturalité. »

Réussir l’interculturalité dans une société nourrie des apports de chacun, c’est effectivement le défi à relever, sans oublier que l’intégration est aussi une question sociale. Dans Migrations/Magazine, Andrea Rea, professeur à l’ULB, rappelle qu’« au cours de la période contemporaine, de nombreux autres étrangers sont arrivés sur le territoire sans jamais avoir été soumis aux épreuves de l’intégration. Ils sont issus des classes supérieures et viennent tant de pays européens que non-européens. (...) Ils ne sont pas visés par les discours sur l’intégration. Malgré leur absence de contact avec la population belge,(...) ils vivent à l’abri des discours de conformité culturelle auxquels sont soumis les nouveaux immigrés et les Belges d’origine étrangère. Ce qui rappelle que derrière la question de l’immigration se cachent aussi des rapports de classes plus difficilement identifiables dans un univers social globalisé. »

Une vaste question, on le voit ! Si elle vous intéresse, un seul conseil, achetez le dernier numéro de Migrations/Magazine. Grâce à des analyses, mais aussi à des témoignages, il clarifie certains concepts et permet de mieux comprendre un thème complexe, celui de l’intégration. Il est en vente dans toutes les bonnes librairies. Vous pouvez aussi vous abonner à la revue sur le site www.migrations-magazine.be

  1. Le Fonds d’intégration des ressortissants de pays tiers (FEI) de l’Union européenne couvre la période 2007-2013. Il a été mis en place dans le but de soutenir les efforts des états membres pour permettre aux ressortissants de pays tiers de remplir les conditions de séjour et pour faciliter leur intégration dans les sociétés européennes. 

  1. Merci à Antonio et au CBAI qui l’a incité à écrire ce journal et qui m’en a transmis de larges extraits.

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