LA CONVENTION DES DROITS DE L’ENFANT A 25 ANS

20 septembre 2014

Ambiance hier matin au parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles !

Sur les bancs de l’hémicycle et dans les tribunes, quelque 150 enfants d’une douzaine d’années visiblement ravis d’être là. Face à eux, le délégué général aux droits de l’enfant, Bernard De Vos, qui veille depuis six ans déjà au respect de leurs droits et qui, pour la première fois de sa carrière, va leur présenter en primeur les grandes lignes de son dernier rapport. Une manière originale de célébrer le vingt-cinquième anniversaire de la convention relative aux droits de l’enfant. Adoptée à l’unanimité par l’assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989, elle reconnaît à tous les jeunes de 0 à 18 ans des droits fondamentaux tant civils et politiques qu’économiques, sociaux et culturels et elle insiste sur un principe de base : les enfants ont voix au chapitre. Une grande nouveauté ! Elle a été ratifiée par tous les pays du monde à deux exceptions près, la Somalie et les Etats-Unis.

« Je suis impressionnée, déclare à l’ouverture de la séance la première vice-présidente du parlement de la fédération, Valérie De Bue, vous êtes plus disciplinés que les véritables parlementaires !  » Elle les remercie également pour le travail qu’ils ont fourni. Il faut dire qu’avec leurs maîtres, ils ont planché avec assiduité sur le texte de la convention. Il faut dire aussi qu’ils ont tous participé au concours « Selfie tes droits » lancé par le délégué aux droits de l’enfant. L’objectif était de réunir 2500 autoportraits de jeunes, seuls ou en groupe, illustrant un ou plusieurs articles de la convention. Sept selfies ont été présentés hier. Ils portaient sur les droits suivants : la santé, le respect de la vie privée, l’éducation, jouer, aller à l’école, manger à sa faim et ne pas faire la guerre. Ce dernier droit a été choisi par des élèves de l’école de Beauvechain. « Je trouve qu’on ne doit pas faire la guerre et que les enfants ont le droit d’apprendre des choses pour devenir quelqu’un plus tard », déclare avec autorité une petite fille. Quant à leur instituteur, Alain Riguelle, il insiste sur la nécessité d’ouvrir l’école sur le monde et de développer l’esprit critique de ses élèves. « Tous les jours, pendant cinq ou dix minutes, on parle d’actualité en classe. Les enfants avaient été choqués en apprenant que le groupe Etat islamique, notamment, conditionnait les jeunes enfants à faire la guerre et c’est pour cela qu’ils ont choisi ce thème. Ils ont tout fait eux-mêmes : le selfie et le texte de présentation. Je me suis contenté de superviser ! »

Autre moment fort de la séance : la présentation des grandes lignes du dernier rapport par Bernard De Vos. Un exercice délicat qu’il réussit avec brio. Pas facile en effet de résumer en quelques minutes un rapport de 84 pages et d’adapter ses propos à l’âge de ses interlocuteurs. D’emblée, il rappelle ce qu’est sa fonction et insiste sur le fait que tous les pays du monde ne disposent pas d’une institution indépendante de défense des droits de l’enfant. Il cite des chiffres : entre le 1er septembre 2013 et le 31 août 2014, plus de 1.500 dossiers ont été traités, soit 356 de plus qu’en 2012-2013. Le nombre de plaintes a peu augmenté. En revanche, le nombre de demandes d’information est en hausse constante. Les unes comme les autres émanent en majorité des parents, puis des professionnels des secteurs enfance/jeunesse. On note toutefois que près de 100 jeunes se sont adressés directement au délégué. Bernard De Vos passe en revue les thématiques spécifiques qui ont fait l’objet d’un dossier : le divorce et la séparation parentale, l’école, les atteintes aux droits des enfants migrants et la maltraitance. Il évoque ensuite une série de questions liées à l’actualité : le double nom, l’accueil familial, la protection internationale, les relations des enfants avec un parent détenu, la santé, le handicap et la pauvreté, «  un affront par rapport à la convention  », dit-il.

A l’issue de la présentation, les questions fusent. « Dans quels pays y a-t-il le plus de pauvreté ? Comment faire pour lutter contre le harcèlement à l’école et pour empêcher que des jeunes harcelés se suicident ? Aidez-vous les enfants pauvres des pays africains ? Respecte-t-on tous les droits de l’enfant en Belgique. » Les réponses sont aussi directes que les questions. « Pas si mal, mais peut mieux faire », répond Bernard De Vos à propos de l’attitude de la Belgique. Il explique que la pauvreté existe également dans notre pays et qu’il y a beaucoup à faire pour l’enrayer. « Imaginez qu’il y a, à Bruxelles, des familles qui dorment dehors parce que les parents ne sont pas en ordre de papiers », s’exclame-t-il. Il pointe également le manque de solidarité des pays riches envers les pays pauvres et s’inquiète de l’ampleur que prend le harcèlement, en raison de l’utilisation des réseaux sociaux notamment. Il insiste enfin sur l’importance de donner la parole aux enfants. « Plus ce sera le cas au sein des écoles et moins il y aura de harcèlements », conclut-il. Inutile de dire qu’il a été applaudi chaleureusement. Bref, une séance réussie, sauf sur un point. On peut regretter que quelques ministres seulement aient assisté à la séance et qu’aucun d’entre eux n’ait jugé utile d’être présent au repas qui a suivi. Dommage pour eux. Ils auraient sans beaucoup appris en bavardant avec ces jeunes dont la maturité m’a impressionnée.

Pour en savoir plus :

www.dgde.cfwb.be

www.selfietesdroits.be

Je m’en voudrais de ne pas signaler deux initiatives prises dans le cadre du vingt-cinquième anniversaire de la convention.

L’organisation Défense des enfants -Belgique vient de publier un livre intitulé « Les droits de l’enfant expliqué aux grands » qui vise à faire connaître la convention et à la rendre accessible au plus grand nombre. Il est paru aux éditions Couleur Livres et vendu en librairie au prix de 14 euros. Vous pouvez aussi le commander via le lien ww.jdj.be

La CODE (coordination des ONG pour les droits de l’enfant) publie pour sa part une étude intitulée « On croise les droits ! Regard de la CODE et de ses membres sur les 25 ans des droits de l’enfant » qui dresse un bilan en demi-teinte. En effet, si la convention des droits de l’enfant a permis des avancées considérables, les sujets de préoccupation restent nombreux, y compris en Belgique. Cette étude peut être téléchargée sur le site www.lacode.be

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