LA LIBERTE D’EXPRESSION EST UN DROIT

21 janvier 2014

Cette phrase, le secrétaire général de la FIDH, Dan Van Raemdonck, l’a répétée à plusieurs reprises lors de la conférence de presse intitulée : Bahar Kimyongür, du harcèlement au risque de torture.

« La liberté d’expression est garantie par la Convention européenne des droits de l’homme. Bahar a le droit d’avoir des opinions politiques et de les défendre, même si elles ne sont pas partagées par tout le monde. »

 Bahar Kimyongür, c’est ce militant belge d’origine turque qui est actuellement assigné à résidence en Italie où il est menacé d’extradition vers la Turquie. Depuis de nombreuses années, Ankara l’accuse d’être membre du DHKP-C, une organisation considérée comme terroriste par les Etats-Unis et l’Union européenne. Il a pourtant été acquitté et blanchi par la justice belge après quatre procès et deux cassations. Par ailleurs, en 2006, la justice néerlandaise a refusé son extradition vers la Turquie et l’a relaxé après 68 jours d’emprisonnement. Malgré cela, la Turquie renouvelle le mandat d’arrêt international.Le 17 juin 2013, Bahar Kimyongür est interpellé à Cordoue, en présence de sa femme et de ses enfants, et est ensuite libéré sous caution. La justice espagnole examine en ce moment la demande de la Turquie. Le 21 novembre, il est arrêté à Bergame en Italie. Dan Van Raemdonck s’en étonne. «  Les Pays-Bas ont dit clairement qu’on ne pouvait pas extrader quelqu’un dans un pays où la liberté d’expression n’était pas garantie. On ne peut pas comprendre pourquoi cela ne fait pas jurisprudence d’office. » Les défenseurs de Bahar demandent également que le signalement d’Interpol soit supprimé et que la Turquie ne puisse plus, en tout cas au sein de l’Union européenne, multiplier les demandes d’extradition. « La décision des Pays-Bas devrait valoir pour tous les pays de l’Union. On ne comprendrait pas d’ailleurs que l’Espagne et l’Italie aillent dire en gros aux Pays-Bas qu’ils ont mal fait leur boulot. Moi, j’attends de voir ça avec impatience ! »

Y a-t-il un lien entre les arrestations de Bahar et les récents accords de coopération en matière de justice et de police signés en grandes pompes le 22 janvier 2013 au Palais d’Egmont et suivis, en mai, d’une visite en Turquie de la ministre de l’intérieur, Joëlle Milquet , visite au cours de laquelle elle a rencontré ses homologues de la justice et de l’intérieur ? Interrogée au Sénat par Benoît Hellings, écolo, elle affirme ne pas avoir «  parlé ou entendu parler du cas de M Bahar Kimyongür » Le moins que l’on puisse dire, c’est que sa réponse ne convainc pas Benoît Hellings qui parle, lui, de politique du « donnant-donnant ».

Bahar Kimyongür ne cache pas son amertume. « Mon pays ne me protège pas. J’ai un passeport belge et il ne sert à rien.  » De fait, les autorités belges restent muettes à son sujet. « On est étonnés de voir que le gouvernement ne manifeste pas une volonté plus soutenue de défendre un citoyen belge, précise Dan Van Raemdonck, et on se pose des questions sur le positionnement de la Belgique par rapport à l’accord conclu avec la Turquie. »

En attendant une réponse claire, le mouvement de soutien à Bahar Kimyongür prend de l’ampleur. La pétition lancée il y a dix jours a recueilli près de 5.000 signatures en provenance de Belgique, mais aussi d’Italie, de France, de Suisse et d’Espagne.

Pour en savoir plus :

Vous trouverez un dossier complet sur le site du Comité pour la liberté d’expression et d’association www.leclea.be

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