LANCEMENT D’UN OBSERVATOIRE DES VIOLENCES POLICIERES

14 mars 2013

Une initiative de la Ligue des droits de l’homme, alarmée par le nombre croissant de témoignages de citoyens victimes de diverses formes de violences policières. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’elle alerte le public sur les dérapages des forces de l’ordre. Elle veut à présent aller plus loin : elle lancera demain un observatoire des violences policières : un site web qui poursuit un triple objectif : informer les citoyens, fournir aux victimes et aux témoins des outils et des conseils juridiques et pratiques et leur permettre de témoigner sur les éventuelles violences subies. La Ligue espère que les données recueillies lui permettront d’établir des statistiques et de faire un rapport circonstancié sur la situation pour pouvoir ensuite interpeller les autorités et proposer des modifications à la législation. Elle estime en effet que ces actes de violence sont trop rarement réprimés. Les victimes qui portent plainte sont très peu nombreuses, les dossiers sont souvent classés sans suite et si ce n’est pas le cas, ils font très systématiquement l’objet de réquisitoires de non-lieu du Parquet. La Ligue dénonce l’impunité de fait dont bénéficient les policiers coupables de violences et la lenteur de la justice « alors que les dossiers relatifs aux violences faites aux policiers avancent vite », souligne son président, Alexis Deswaef. « Les témoins nous disent qu’ils n’ont plus confiance. Certes, 95% des policiers font bien leur travail, mais pour les autres, il faut agir. Les violences policières sont une véritable plaie. »

Récemment, le reportage de la VRT montrant la mort violente de Jonathan Jacob , ce jeune homme de 26 ans tabassé par un policier dans une cellule du commissariat de Mortsel a suscité beaucoup d’émoi. D’autant plus que le responsable de sa mort n’a pas été suspendu.

C’est Geneviève Parfait, administratrice de La ligue, qui est à la base de ce projet. « En septembre 2010, le camp No Border s’est tenu à Bruxelles. Il y a eu des centaines d’arrestations préventives. Dans les jours qui ont suivi, nous avons reçu des dizaines et des dizaines de plaintes et les récits étaient tout à fait affolants et inquiétants. Peu d’entre eux avaient fait l’objet d’une plainte officielle contre les policiers et cela nous a interpellés. On s’est rendu compte que les victimes attendaient beaucoup de nous et que nous n’avions rien à leur offrir. Par la suite, d’autres personnes se sont adressées à nous régulièrement et nous nous sommes dit que si nous pouvions leur offrir un espace où elles pourraient témoigner, ce serait déjà quelque chose. D’où l’idée de ce site. »

Ce site est particulièrement bien conçu. Il regorge d’informations précieuses, il répond à pas mal de questions que les citoyens se posent et il permet aux victimes et aux témoins de témoigner en toute confidentialité : aucun nom ne sera divulgué et les données ne seront transmises à personne. Reste une question : comment vérifier que les faits relatés sont conformes à la réalité ? « Effectivement, la véracité pose problème. Le fait de rapporter une souffrance est subjectif mais les questions que nous avons prévues permettent de sérier les éléments probants d’une plainte. Lorsque nous aurons un doute, rien ne nous empêche de contacter la personne. Cela dit, dans notre rapport, nous n’allons pas reprendre tous les détails de chaque récit. Nous voulons plutôt répondre à ces questions : dans quelle région les faits se sont-ils passés, à quelle heure et dans quelles circonstances ? Quelles étaient les personnes concernées, quel âge avaient-elles, etc. Donc là, on aura quand même une image plus précise des violences policières. Les traits éventuellement grossis n’entreront pas en compte dans nos statistiques. » Car le but poursuivi, c’est de faire mieux connaître le phénomène. Pour la Ligue, en effet, les statistiques officielles sont peu nombreuses, difficiles à interpréter et elles ne donnent pas une image globale nette de la situation.

Le site www.obspol.be sera officiellement mis en ligne demain, date de la journée internationale de lutte contre les violences policières. Des manifestations sur ce thème seront organisées dans plusieurs villes d’Europe et notamment à Bruxelles. 

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