LE TRICOT, UNE ARME DE PAIX

26 février 2013

Tricot-trottoir à Bruxelles, Tricot pour la paix au Canada, MicroRevolt à New York ..., autant de groupes d’activistes qui font du tricot une arme de persuasion massive. Rien à voir avec la chanson ironique de Jacques Brel où, pour faire une bonne dame patronnesse, il fallait tricoter « en couleur caca d’oie  » pour pouvoir reconnaître «  ses pauvres à soi  » ! Ici, il s’agit de tricoter pour faire entendre sa voix et pour dénoncer des situations inacceptables. Leurs oeuvres sont souvent éphémères mais ils n’en sont pas moins motivés, comme Cécile qui vient de créer avec quelques amis un collectif au nom éloquent : les Pussy tricotent. Ils n’ont réalisé jusqu’ici que des cagoules colorées, mais ils sont déterminés à organiser rapidement des actions de tricot urbain. « L’idée, c’est de se réapproprier l’espace urbain avec douceur. La laine n’est pas agressive et on veut l’utiliser pour faire des choses éphémères, mais qui peuvent attirer beaucoup de gens et faire passer des messages. C’est une forme d’art de la rue qui correspond tout à fait à mes convictions. »

J’ai rencontré Cécile lors de l’action tricot organisée en faveur des Pussy Riot par Amnesty International et Tricot-trottoir, un groupe fondé par Toos il y a cinq ans et qui a déjà organisé plusieurs manifestations pour soutenir les chanteuses du groupe punk russe condamnées à deux ans d’emprisonnement en camp de travail. « La première action, c’était devant le centre culturel russe. Elle a été très courte parce que la police nous a très vite éjectées ! » Voilà pourquoi les membres de Tricot-trottoir portent de drôles de cagoules en plastic. Elles récupèrent en effet des centaines de sacs qui jonchent les rues, histoire d’éviter qu’ils ne polluent les mers et les océans. Un geste écologique évident, même si ce n’est pas le seul but poursuivi par Tricot-trottoir. « Ce que nous voulons faire, c’est de l’art de rue critique à portée environnementale mais aussi féministe. Quand nous avons vu l’arrestation des Pussy Riot et la manière dont elles ont été traitées devant le tribunal, nous nous sommes senties comme leurs soeurs, en quelque sorte, et c’est pour cela que nous avons fait des actions. » 

Au fil des ans, les groupes de tricoteurs activistes se sont multipliés. Qu’il s’agisse d’inviter le public à agir pour faire libérer les Pussy Riot, de le sensibiliser aux conditions de fabrication des vêtements ou de dénoncer la guerre, leur credo est le même : le tricot est une activité pacifique qui doit être mise au service de la justice sociale, de l’égalité et de la paix universelle, pour reprendre les termes de Beth Ann Pentney dans un de ses essais. Qui aurait cru qu’une activité qui était peu à peu tombée en désuétude serait un jour remise au goût du jour et utilisée par des femmes qui militent pour un monde plus juste ?

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