LE VERDICT D’UN TRIBUNAL PAS COMME LES AUTRES

Un salaire minimum vital et des conditions de travail décentes, c’est ce que réclame le tribunal permanent des peuples sur les droits des travailleurs de l’habillement qui s’est tenu récemment à Phnom Penh, au Cambodge. 

Durant deux jours, plus de 200 travailleurs ont témoigné, des témoignages accablants, comme celui de cette jeune femme de 27 ans, ouvrière dans une usine qui produit pour Adidas. « Mon salaire ne couvre pas les besoins de base de ma famille. J’ai donc dû emprunter de l’argent à mon employeur. En général, j’arrive à payer les intérêts, mais pas à rembourser le prêt, même en partie. Si je tombe malade, je n’aurai pas d’argent pour me soigner. Ce qui m’inquiète aussi beaucoup, c’est de ne pas avoir d’argent pour envoyer mon fils à l’école. » Un exemple parmi beaucoup d’autres qui illustre les conditions de vie et de travail sordides des travailleurs de l’habillement au Cambodge. Ils sont mal payés, mal nourris, ils utilisent des produits chimiques toxiques dans des locaux mal aérés et les syncopes collectives de douzaines, voire de centaines de travailleurs sont fréquentes. Et ce n’est pas tout. Les contrats de très courte durée se généralisent et gare à ceux qui osent protester. En 2010, un millier de délégués syndicaux ont été licenciés, suite à une grève massive réclamant une augmentation du salaire légal. Depuis, le salaire a certes été augmenté, mais il représente la moitié seulement de la somme nécessaire pour faire vivre une famille de quatre personnes. 

Invités par le tribunal, les deux acheteurs les plus importants au Cambodge, H&M et Gap, brillaient par leur absence. Plusieurs témoignages ont pourtant montré qu’ils violaient les droits fondamentaux dans leurs usines. En revanche, Adidas et Puma étaient présents. Au cours des auditions, ils ont exposé leur position. Ils se sont dit prêts à suivre l’exemple de plusieurs marques du secteur qui multiplient les projets pilotes et les enquêtes pour tenter d’identifier un salaire décent. Parmi les options possibles, l’octroi d’un salaire vital. Reste à aller au-delà des bonnes intentions et à passer à l’action. C’est ce que recommande le jury du tribunal. « Les acheteurs internationaux jouent un rôle-clé pour améliorer les conditions de travail et les salaires », dit-il. Le CNCD-11.11.11 réclame depuis plusieurs années « une loi belge obligeant les entreprises à rendre des comptes". AchACT ajoute qu’« entre les entreprises qui disent respecter les droits des travailleurs et celles qui le font effectivement, il y a un gouffre qui démontre un besoin évident de transparence et de vérification ». AchACT insiste également sur le rôle que peuvent jouer les consommateurs. En tant que consommateurs , nous pouvons en effet interpeller les marques et les enseignes. Nous pouvons aussi nous interroger sur nos modes de consommation. 

Pour en savoir plus, un site : www.achact.be . Vous pouvez notamment y télécharger une brochure intitulée "Devenez achActeurs". Elle passe au crible 36 entreprises dont 12 belges. Quatre critères ont été retenus : l’engagement formel des entreprises par le biais d’un code de conduite, sa mise en oeuvre effective, son contrôle et sa vérification et la transparence manifestée à ce sujet. Une analyse tout en finesse qui montre que des progrès ont été réalisés, mais qu’il reste beaucoup à faire pour que tous les droits de travailleurs du secteur de l’habillement soient respectés. « Pour y arriver, dit achACT, il faudrait notamment baser le calcul des coûts de production sur un salaire minimum qui permet de vivre ». Un vaste programme ! 

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