LES MIGRANTS ENVIRONNEMENTAUX, UN DEFI POUR DEMAIN !

On a tous en mémoire le tremblement de terre qui a détruit Haïti et les inondations qui ont ravagé le Pakistan. On se souvient également des incendies de forêts en Russie ou de de la tempête Xynthia en France. Voilà quelques-unes des catastrophes naturelles analysées dans « L’état de la migration environnementale en 2010 », un rapport publié par l’IDDRI, l’Institut du développement durable et des relations internationales à Paris, et par l’OIM, l’Organisation mondiale pour les migrations. Ces catastrophes ne se ressemblent pas, sauf sur un point, elles ont obligé des millions de personnes à quitter leur maison, leur ville, leur village et, dans des cas plus rares, leur pays, même si les mouvements de population qu’elles ont entraînés sont très divers. Quelle est l’ampleur de ces mouvements ? C’est difficile à dire avec exactitude. Les personnes déplacées qui restent dans leur pays d’origine échappent en effet à un comptage statistique. Le chiffre mentionné dans le rapport, 42 millions de migrants environnementaux en 2010, est donc largement inférieur à la réalité.

On parle parfois de « réfugiés climatiques ». Une appellation abusive, selon le Belge François Gemenne, un des coordinateurs de l’étude, professeur à l’INDDRI, à l’ULG et à l’ULB. « Pour prétendre au statut de réfugié, il faut d’abord être dans un autre pays que le sien, et bien souvent, ce n’est pas le cas. Et quand bien même, ils seraient dans un autre pays, ils devraient encore démontrer qu’ils sont persécutés. Ce ne serait pas facile, parce que dans le cas des catastrophes naturelles, on ne peut pas parler de persécution. » Selon la convention de Genève, en effet, le réfugié est une personne qui « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays. »

Alors faut-il créer un statut spécial pour les migrants environnementaux ? François Gemenne ne le pense pas. « Je pense qu’il faut leur créer des protections spécifiques et adaptées. Je ne suis pas sûr qu’un statut serait le mieux à même de garantir cette protection. Par contre, ce qui est certain, c’est qu’il faut que les personnes déplacées par des catastrophes naturelles puissent éventuellement aller chercher refuge dans un autre pays, pas sur sur des modalités d’un statut de réfugié, mais sur des modalités de collaboration entre les deux pays qui, chacun , pourrait y trouver un intérêt. Cela dit, les pays voisins sont parfois eux-aussi touchés et leurs ressources naturelles sont insuffisantes pour faire face à un afflux de personnes. Il faudrait donc mettre également en place des mécanismes de coopération régionale où les pays les plus riches d’une région s’engageraient à aider ceux qui sont touchés par des catastrophes. »

En 2010, à Cancun, l’accord conclu par la conférence sur les changements climatiques prévoyait la création d’un fonds vert pour financer l’adaptation des pays en développement. L’un des articles concerne les politiques de déplacements. En clair, les états touchés par une catastrophe naturelle pourraient être financés pour organiser les déplacements de population et pour encadrer les plus pauvres. Le fonds vert devrait être doté de cent milliards de dollars à partir de 2020, ce n’est pas rien ! « Le problème ce qu’il n’y a pas d’accord pour le moment sur qui va fournir l’argent ni sur qui va le recevoir. Il n’y a pas d’accord non plus sur la manière dont on va le distribuer.  » 

Vous vous dites peut-être que tout cela ne concerne pas la Belgique. Pas si sûr ! Les pays industrialisés n’échappent pas aux ravages du climat. L’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans et à Fukushima, le tremblement de terre, le tsunami et la catastrophe nucléaire qui a suivi ont provoqué d’importants mouvements de population, de même que, plus près de chez nous, mais dans une moindre mesure, bien entendu, la tempête Xynthia. « C’est un cas emblématique pour la France, qui ne touche que quelques dizaines de familles mais l’essence du phénomène reste la même.  » 

Les pays du nord devront donc eux aussi s’adapter. « Pour beaucoup de gens, l’adaptation reste un problème réservé aux pays du sud. Il y a cette dichotomie entre le nord qui doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre et le sud qui doit se préparer aux impacts. En réalité, le sud doit aussi réduire ses émissions et le nord doit aussi se préparer aux impacts !  » 

Le problème, c’est qu’en période de crise, la lutte contre les changements climatiques passe à l’arrière plan. Une autre problème, c’est que le thème n’est plus à la mode. En 2009, la conférence de Copenhague avait suscité un engouement médiatique hors du commun. Depuis, le soufflet est retombé et aujourd’hui, une urgence chassant l’autre, le climat ne fait plus la une de l’actualité. « La lutte contre les changements climatiques, ce n’est pas un sprint, c’est un marathon. et malheureusement les média et l’opinion fonctionnent plutôt par sprint que par marathon.  » En attendant, les émissions de gaz continuent d’augmenter, l’avenir de la planète est menacé et, par ricochet, les droits humains aussi.

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