LES PAYSANS DU SUD MEURENT DE FAIM

6 novembre 2013

On produit aujourd’hui plus qu’il n’en faut pour nourrir la planète et pourtant, dans le monde, 1 personne sur 7 est affamée et 1 sur 3 (1 sur 2 dans les pays en développement) ne mange pas assez pour mener une vie saine et active. Quand on regarde les chiffres de plus près, on constate que 80% des 2,5 milliards et demi de personnes souffrant de malnutrition sont des paysans et des pêcheurs du Sud. En d’autres termes, ceux qui devraient pouvoir nourrir la population n’arrivent pas à vivre de leurs productions et ne peuvent donc pas faire face aux besoins de base de leur famille. Un paradoxe révoltant. C’est la raison pour laquelle le CNCD 11.11.11 axe la campagne de cette année sur le droit à l’alimentation. Une campagne au titre éloquent : « Ceux qui cultivent sont aussi ceux qui meurent de faim. Dur à avaler, non ? » et qui vise à récolter des fonds pour soutenir les paysans du Sud, comment l’explique le secrétaire général du CNCD, Arnaud Zacharie. « Ce n’est pas l’agriculture industrielle et l’agroalimentaire qui vont apporter des solutions. Pour que chacun puisse manger à sa faim, il faut soutenir l’agriculture familiale durable. »

But de l’opération : récolter 1,5 millions d’euros grâce à la collaboration des citoyens uniquement, pas question d’accepter les dons de firmes multinationales ! Du 7 au 17 novembre, des bénévoles vous proposeront d’acheter comme de coutume des cartes, du cacao, un calendrier … mais aussi, et c’est une nouveauté, un livre de cuisine de saison concocté par le chef Carlo de Pascale. «  Carlo de Pascale nous propose des recettes durables . Ceux qui achèteront son livre pourront soutenir une partie de nos projets mais ils pourront aussi mettre en pratique des principes de base valables en Belgique comme ailleurs. Pour changer le monde, il faut évidemment des décisions à l’échelle internationale mais on peut aussi commencer chez soi par des actes au quotidien ! » L’argent récolté permettra de financer une cinquantaine de projets de développement en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Au Sénégal, par exemple, l’ONG belge « Le monde selon les femmes » finance une association locale qui oeuvre à la reconnaissance du rôle des femmes dans la pêche et l’agriculture et qui vise à leur permettre de s’organiser collectivement dans les filières professionnelles. « On agit à deux niveaux. D’abord concrètement sur le terrain puis, au niveau macro, en soutenant les organisations paysannes pour qu’elles puissent faire entendre leur voix. »

Changer d’agriculture et d’alimentation, c’est ce que réclame la campagne pour le droit à l’alimentation. Pour y arriver, dit-elle, il faut interdire la spéculation financière sur les denrées alimentaires, arrêter la course effrénée à l’achat de terres fertiles par des investisseurs privés, stopper le soutien à la production d’agrocarburants et soutenir l’agroécologie. Un message qu’elle adresse aux responsables politiques du Nord comme du Sud. « Il faut que les gouvernements du Sud soutiennent l’agriculture durable. Nous allons aussi interpeller les organisations internationales, le gouvernement belge et l’Union européenne pour que les règles du commerce international notamment garantissent la souveraineté alimentaire et qu’on cesse de mettre en compétition l’agriculture familiale et l’agro-industrie qui, grâce aux subsides qu’elle reçoit, déverse des aliments moins chers que les produits locaux. »

Hasard du calendrier, l’Alliance AgriCongo recevait récemment une délégation de la CONAPAC, la Confédération nationale des producteurs agricoles du Congo, une coupole qui participe à la mise en oeuvre de la loi agricole. Son but : défendre les intérêts des petits paysans. Côté positif, la CONAPAC est aujourd’hui reconnue par les autorités nationales et provinciales. Côté négatif, elle manque de moyens. Or les défis à relever sont nombreux, comme l’explique Paluku Mivimba, président national. « Le premier défi, c’est la sécurité foncière des producteurs agricoles. » A l’heure actuelle, en effet, les droits des paysans se heurtent à ceux des investisseurs. « Le deuxième défi,

ce sont les changements climatiques. Nous devons être capables de nous adapter et ce n’est pas facile. Enfin, le troisième défi a trait à la mondialisation. Notre agriculture est encore faible et elle n’est pas compétitive sur le marché international. Il faut donc que nous puissions mettre sur le marché des produits sains, bien transformés, bien emballés et qui puissent rivaliser avec les produits étrangers. La transformation reste faible, d’autant plus que nous n’avons pas d’électricité et les coûts d’un groupe électrogène, par exemple, restent trop élevés. Et un autre problème, c’est que les pays développés nous inondent avec des produits subventionnés qui coûtent moins cher que les nôtres. Cela peut tuer notre agriculture et nous ne savons pas comment résister face à cela. » Qu’on songe par exemple aux milliers de tonnes de volailles congelées bradées sur les marchés africains. On notera toutefois qu’en juillet dernier, l’Union européenne a décidé de supprimer les subventions à l’exportation des poulets congelés.

Pour en savoir plus

www.cncd.be

www.sosfaim.be

www.mondefemmes.be

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