LIBERONS LA PRISON DE FOREST

C’est la requête que formulent d’une seule voix les ordres français et flamand du barreau de Bruxelles, l’association syndicale des magistrats, la section belge de l’observatoire international des prisons, la commission de surveillance de Forest et la ligue des droits de l’homme, révoltés par les conditions de détention à la prison de Forest. Le bâtonnier de l’ordre français, Jean-Pierre Buyle, dénonce une « situation inquiétante et grave qui atteint le seuil de l’insupportable », la présidente de la section belge de l’O.I.P, Delphine Paci, parle de « traitements inhumains et dégradants, à la limite de la torture » subis par les détenus, « des conditions inhumaines qui engendrent l’agressivité », ajoute le président de la commission de surveillance de Forest, Réginald de Beco, à tel point que « certains détenus demandent à être mis au cachot  ».

A Forest, on compte aujourd’hui 739 détenus pour 402 places, soit un taux de surpopulation de 235% dans les ailes C et D. Ce qui signifie en clair trois détenus dans une cellule prévue pour une ou deux personnes, certains dorment sur un petit matelas qui doit être redressé la journée pour ouvrir la porte ou pour accéder aux toilettes. « L’hygiène est déplorable, précise Delphine Baci, le linge n’est changé qu’une fois par mois et les détenus ne prennent une douche que tous les trois jours. » Des cas de gale ont été signalés et, récemment, des détenus peut-être atteints de tuberculose n’ont pas pu être totalement isolés. D’où le ras-le-bol des gardiens qui ont entamé au début de ce mois une grève du zèle. La surveillance est assurée mais le reste, en revanche, fonctionne au ralenti. Reginald de Beco dit comprendre l’ « opération escargot  » menée par les gardiens : « leurs conditions de travail sont intolérables, leurs revendications sont légitimes et nous ne pouvons que soutenir leur action, tout en demandant qu’elle n’ait pas d’effets négatifs ». A l’heure actuelle, en effet, les transferts vers le palais de justice sont limités, de même que les visites des avocats, les psychologues et les assistants sociaux n’ont plus accès aux détenus et les visites familiales sont réduites.

Tous les acteurs de la justice dénoncent en choeur une situation qu’ils qualifient d’intenable. Pour y mettre fin, ils suggèrent notamment de transférer les détenus en surnombre dans une aile de la prison de Saint-Gilles qui est vide actuellement. Ils demandent également qu’un groupe de travail pluraliste (administration pénitentiaire, SPF justice, tribunal, régie des bâtiments et barreau) soit mis sur pied pour rechercher des solutions. Pour eux, la surpopulation est liée à plusieurs facteurs : l’augmentation des mises en détention préventive et de leur durée, le doublement du nombre de détenus en trente ans, l’arriéré judiciaire, la multiplication des longues peines, le refus systématique des grâces, la présence de catégories de détenus qui n’ont rien à faire en prison, tels que les toxicomanes et les malades mentaux, etc., et la construction de nouvelles prisons n’est pas la solution adéquate. Et de rappeler qu’en juillet 2010, le comité anti-torture du conseil de l’Europe estimait que la population carcérale avait tendance à augmenter au fur et à mesure que la capacité des prisons s’accroissait et que des politiques cohérentes de limitation du nombre de détenus étaient beaucoup plus efficace. Une lettre a été adressée aujourd’hui à la ministre de la justice, Annemie Turtelboom, lui demandant de prendre des mesures d’urgence. 

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