MAGGIE DE BLOCK N’EN RATE PAS UNE !

13 juillet 2012

Lundi, Parwais Sangari, un jeune Afghan de 20 ans débouté de sa demande d’asile est expulsé vers Kaboul, une expulsion qui provoque un tollé général, surtout en Flandre où il est parfaitement intégré : il parle le néerlandais, il a un emploi et il vit dans une famille d’accueil qui ne demandait qu’à le garder. En 2008, il avait fui l’Afghanistan après l’assassinat de son père et l’incendie de leur maison. Aujourd’hui, il craint des représailles, mais la secrétaire d’état à l’asile et à la migration, Maggie De Block, n’en a cure : « La loi, c’est la loi », dit-elle en substance. Et quand on évoque la sécurité de Parwais à Kaboul, elle a des propos aussi révoltants que stupides : « La nuit, la sécurité n’est pas toujours garantie chez nous non plus. »

Peu avant l’expulsion de Parwais Sangari, elle avait déjà défrayé la chronique en faisant part de son souhait d’organiser plus rapidement l’expulsion de mineurs non accompagnés (MENA) vers des centres d’accueil de leur pays d’origine, une proposition qui, soit dit en passant, ne figure pas dans l’accord de gouvernement. Maggie De Block voudrait en effet que la Belgique rejoigne ERPUM (European Return Platform for Unaccompagnied Minors), un programme européen qui permet notamment l’expulsion des demandeurs d’asile déboutés de 16 et 17 ans et qu’appliquent déjà le Royaume-Uni, la Norvège, la Suède et les Pays-Bas. Un programme vis-à-vis duquel l’Unicef et le Conseil européen pour les réfugiés sont très critiques et qui est aujourd’hui rejeté par trois associations de défense des droits de l’enfant.

Pour le Service droit des jeunes, Défense des enfants-International (DEI) et la Plate-forme « Mineurs en exil », pas question d’envisager un retour forcé pour les mineurs, seul un retour volontaire, préparé, avec des garanties d’accueil et de prise en charge par un membre de la famille est acceptable. Elles signalent qu’aux Pays-Bas, le bilan de ce programme est plus que mitigé. Rares sont les jeunes Angolais qui arrivent dans l’orphelinat qui est censé les héberger, disent-elles, et en huit ans, aucun d’entre eux n’y est resté.

Les trois associations rappellent qu’une modification récente de la loi sur les étrangers prévoit que les autorités doivent rechercher une solution durable conforme à l’intérêt de l’enfant, tout en regrettant que ce soit l’Office des étrangers qui se prononce sur cette solution durable. Il n’a pas la compétence requise et il fonde sa décision sur des critères liés à la migration et pas à l’intérêt supérieur de l’enfant, disent-elles. L’une d’entre elles, DEI, a d’ailleurs introduit un recours devant la cour constitutionnelle contre certaines dispositions de cette loi. Les associations rappellent également au gouvernement qu’en ratifiant la Convention internationale des droits de l’enfant, la Belgique s’est engagée à respecter les obligations qui en découlent et lui demandent notamment de confier à une instance indépendante et spécialisée le soin de déterminer, au cas par cas et en fonction de tous les éléments disponibles, la solution durable dans l’intérêt de l’enfant : soit un regroupement familial après une enquête sociale et une évaluation de la sécurité du pays et de la capacité des parents d’assurer à leur enfant l’accès aux droits fondamentaux, soit un droit au séjour en Belgique où ces droits lui seront garantis.

Bref, elles rappellent des principes élémentaires que Maggie De Block semble oublier et c’est regrettable.

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