MANUELS SCOLAIRES ET STEREOTYPES SEXUES 25 avril 2013 « Hier soir, quand papa est rentré du...

MANUELS SCOLAIRES ET STEREOTYPES SEXUES

25 avril 2013

« Hier soir, quand papa est rentré du travail, maman lui a annoncé : le réfrigérateur ne fonctionne plus ! (…) Papa a ouvert la porte et il a tout de suite constaté qu’il n’y avait plus de courant. Il a regardé la prise … Il l’a rebranché et il a appelé maman : le chiot a débranché la prise , ton réfrigérateur fonctionne parfaitement. »

Un véritable florilège de préjugés sexistes ! Rien ne manque : le père travaille à l’extérieur, il est bricoleur, gère la situation , réfléchit et résout le problème. La mère est incapable de voir que « son » frigo est débranché, la cuisine est pourtant son domaine ! Et elle dépend de son mari face à une panne dont l’origine est pourtant facile à détecter. Et ne croyez surtout pas que ce texte est extrait d’un manuel ancien. Que nenni ! Il est très récent comme la quinzaine d’autres que Marie-France Zicot et son équipe ont passés au crible dans un double but : recenser les stéréotypes sexués et déterminer sur quoi ils portent. Une analyse à la fois quantitative et qualitative qui montre à quel point le monde reflété dans les livres scolaires est rétrograde et en total décalage avec la société actuelle. Un monde dans lequel les femmes et les filles sont souvent dévalorisées. « La femme est présentée comme incompétente dans le domaine technique et le travail manuel et elle a besoin de son compagnon non seulement pour résoudre un problème mais aussi pour l’identifier », explique Marie-France Zicot.

L’étude montre aussi que les femmes et les filles sont sous-représentées par rapport aux hommes et aux garçons. De plus, elles sont majoritairement associées à la sphère privée, alors que les hommes et les garçons sont associés à la sphère publique. Les rôles que jouent les unes et les autres sont complètement stéréotypés : les petites filles posent des questions et les petits garçons savent y répondre. Les femmes cuisinent et les hommes rapportent de l’argent à la maison. Et tant pis pour les très nombreuses femmes qui exercent un métier ! Certes, certains exemples montrent un renversement des rôles, mais ils ne résistent pas à l’analyse. « Par exemple, il y a un dessin qui représente une maman en train de laver la voiture. L’image en soi offre un autre modèle, mais le texte précise que c’est papa qui paie la facture d’eau ! »

Le comble, c’est que la plupart des manuels analysés dans l’étude ont été conçus par des femmes. Elles n’ont visiblement pas conscience de véhiculer des stéréotypes sexués. « Le problème, c’est que les auteurs de manuels, quel que soit leur sexe, se focalisent sur les aspects didactiques et visuels, mais ils ne mettent pas de filtre genre. Donc il y a plein de choses qui leur échappent. Nous, on voulait sensibiliser les maisons d’édition et on leur a proposé de travailler avec elles. Certaines, pas toutes, ont eu une réaction très virulente. Elles nous ont dit que ce n’était pas leur objet principal, que l’important, c’était le contenu didactique, et puis surtout, elles se sont référées à l’agrément. »

L’agrément, parlons-en. Les quinze manuels en question, des manuels de français destinés à l’enseignement primaire de la première à la sixième année ont tous reçu le précieux sésame : l’agrément. Il est attribué pour une période de huit ans pour autant que l’inspection ait donné son feu vert, après avoir évalué le manuel sur base de différents critères. Le problème, c’est que la lutte contre le sexisme n’est pas mentionnée clairement, contrairement à la lutte contre le racisme et la xénophobie. « La procédure d’agrément n’évoque pas les notions de discrimination de genre ou de discrimination sexuelle. Certes, elle stipule qu’il faut être attentif à une vision égalitaire mais comme ce critère n’est pas explicite, il n’est pas pris en compte dans la grille de lecture des maisons d’édition. »

Marie-France Zicot et son équipe estiment qu’il faut revoir la procédure d’agrément mais qu’il faut aussi sensibiliser tous les acteurs du monde enseignant.

Je pense pour ma part que l’étude « Manuels scolaires et stéréotypes sexués » les aidera à traquer les préjugés sexistes qui foisonnent dans les manuels qu’ils utilisent et qu’ils pourront ensuite les démonter. Dans un monde qui s’obstine à cloisonner les garçons et les filles (pensons aux jouets, par exemple), c’est plus que nécessaire et, dans ce domaine, l’école a un rôle important à jouer . Encore faudrait-il que les auteurs de manuels en tiennent compte !

L’étude peut être téléchargée sur le site www.cemeaction.be