MEDECINS DU MONDE EN BELGIQUE

 

29 janvier 2013

Connaissez-vous les CASO ? Ces centres d’accueil, de soins et d’orientation ont été créés par Médecins du monde pour garantir un accès aux soins à ceux qui ne parviennent pas à en bénéficier, qu’il s’agisse de personnes en séjour irrégulier, en situation précaire, de demandeurs d’asile ou de ressortissants européens sans assurance maladie valable. J’ai visité celui de Bruxelles en compagnie du responsable des projets belges, Stéphane Heymans. D’emblée, il précise que l’objectif poursuivi par Médecins du monde n’est pas de remplacer les structures de soins existantes, mais d’informer les patients sur leurs droits et leurs obligations, de les aider à exercer ces droits de façon autonome et de les accompagner dans leurs démarches. « 

Le patient voit en premier lieu une assistante sociale. Elle dresse un screening de sa situation administrative. Elle regarde s’il aura droit à une mutuelle ou à l’aide médicale urgente pour les personnes en séjour irrégulier. Elle regarde si c’est un demandeur d’asile, si c’est un européen... On a aussi un petit questionnaire sur sa condition sociale. S’il a besoin de colis alimentaires ou d’un logement, par exemple, on lui donne des conseils pratiques et des adresses. Nous, on travaille vraiment sur l’accès aux soins. »

Dans l’entrée, une bonne quinzaine de personnes attendent. Elles sont accueillies par Marité. « Alors l’accueil, ça veut dire quoi ? Quand une personne arrive, on prend son nom, son prénom et son numéro de téléphone, on lui propose un thé ou un café et on la fait entrer dans la salle d’attente. Quand elle part, on s’assure qu’elle a tout compris et si ce n’est pas le cas, on lui explique ou on rappelle le médecin. Notre but, c’est de faire en sorte qu’elle sache à quoi s’en tenir pour faciliter son insertion sociale et médicale. » Certaines d’entre elles devront revenir un autre jour. Le centre est en effet saturé.

La salle d’attente est chaleureuse. Ca et là, des jouets d’enfants. Une jeune chinoise attend qu’un médecin examine son bébé malade « parce qu’ici, c’est gratuit  ». Un ressortissant grec accompagne son fils souffrant. Ce sont des amis qui lui ont signalé l’existence du CASO. « S’il y avait une autre solution, je ne serais pas venu ici. » Même remarque d’un jeune Algérien. Il est en Belgique depuis trois ans et il attend sa régularisation.

Après son entretien avec une assistante sociale, le patient rencontre un médecin. Stéphane Heymans rappelle une fois encore que le but n’est pas de faire de la médecine pour pauvres, mais d’aider à réintégrer le système classique. « Un exemple : quelqu’un a besoin d’une radio,

il n’ a pas de couverture de soins pour le moment, mais si on travaille bien, il en aura peut-être une dans deux ou trois mois. L’assistant social et le médecin vont discuter ensemble pour voir si cela peut attendre et si c’est urgent, Médecins du monde prend les frais en charge. » Des frais qui sont loin d’être négligeables : environ 2.000 euros par mois pour le CASO de Bruxelles et 80.000 euros par an, toutes consultations confondues.

A l’heure actuelle, Médecins du monde compte deux centres d’accueil, de soins et d’orientation, l’un à Bruxelles et l’autre à Anvers. Des consultations se tiennent également trois ou quatre fois par semaine au Samu social ou dans plusieurs lieux d’hébergement d’urgence et, sept jours sur sept, dans le cadre des dispositifs d’hiver. Ce n’est pas toujours facile, comme l’explique Pierre Verbeeren, directeur général de Médecins du monde. « La nuit, les services sociaux ne sont pas ouverts, pas plus que les laboratoires, les services de santé mentale ou les centres de planning familial. Donc, c’est particulièrement compliqué et le gros travail que l’on fait aujourd’hui, c’est de mettre notre centre de consultation à nous en deuxième ligne, pour que les gens qu’on rencontre à l’extérieur puissent bénéficier durant la journée de notre expertise administrative et médicale. En fait, cette articulation entre nos différents projets et avec d’autres partenaires est primordiale. Parce qu’il n’y a pas que nous, heureusement ! Plus on doit affiner, plus on doit créer de partenariats. » Et ce n’est pas simple non plus. Dans les grandes villes, les services sociaux ou médicaux de première ligne sont saturés et ils hésitent à prendre en charge les cas les plus difficiles. « On est les emmerdeurs de service, si je peux m’exprimer ainsi ! Les médecins généralistes sont surchargés, les plannings familiaux, les services de santé mentale et les centres de services sociaux sont surbookés, pourquoi viendraient-ils chercher en plus les 5 ou 6% de la population qui sont les plus précaires, qui vont prendre beaucoup de leur temps avec un résultat qui est loin d’être garanti. Cela dit, on essaie de construire des choses et cela commence à marcher. On sent que chacun commence à comprendre que le nombre de précarisés augmente et qu’il y a un enjeu à relever. »

Et l’enjeu est de taille. Faute d’accès aux soins, les patients que reçoivent les généralistes bénévoles de Médecins du monde souffrent de pathologies importantes et difficiles à soigner. Il faut dire que la plupart d’entre eux n’ont plus été traités depuis qu’ils ont quitté leur pays d’origine. Les cas de diabète et d’hypertension sont fréquents, le nombre de séropositifs est relativement élevé, et les cas de tuberculose est en hausse sensible. Autant de problèmes à résoudre. « Avant, les CPAS ou les hôpitaux trouvaient des solutions. Aujourd’hui, il y a des restrictions. Nos interlocuteurs qui mettaient en place des systèmes de cartes médicales, par exemple, qui donnaient accès à une couverture santé pendant X mois en reviennent aujourd’hui à un système à l’acte. Tout ce qui permettait de simplifier les démarches administratives s’émaille solidement, voire est déjà à moitié détricoté. Certains CPAS ont une attitude scandaleuse. Dans un contexte de précarisation accrue d’une partie de la population, la réponse sociale ne suit plus et parfois, je dis bien parfois, elle renforce le fossé social.  » Pourtant, Pierre Verbeeren en est persuadé, l’action de Médecins du monde porte ses fruits et le modèle mis en place a fait ses preuves. « Il y a deux ans, on était dans le dépannage. Aujourd’hui on a un vrai discours médical.  » Son but, c’est de sensibiliser les pouvoirs publics et de pouvoir à terme leur passer la main. Son appel sera-t-il entendu ? L’avenir nous le dira mais, personnellement, je reste sceptique ! 

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