MINES, ARMES SOURNOISES

3 avril 2013

Umedjon Naimov a 21 ans. Il n’avait que 12 ans quand il a été grièvement blessé par une mine au Tadjikistan. « J’étais chez ma grand-mère , raconte-t-il, je jouais au foot avec des amis près de chez elle. Soudain, j’ai entendu une grosse explosion et quand je me suis réveillé, j’étais à l’hôpital et j’avais terriblement mal aux jambes. » Umedjon et ses amis ignoraient que leur terrain de jeu jouxtait une zone minée. Ils n’avaient pas remarqué que d’autres enfants jouaient avec une mine antipersonnel. Trois ans plus tard, le verdict tombe : Umedjon doit être amputé. « Je me suis senti très seul. »

Après trois ans de traitement et de rééducation, Umedjon peut retourner à l’école. Aujourd’hui, il étudie la technologie à l’université. Il a rejoint l’équipe des Ban Advocates, ces victimes de mines ou d’armes à sous-munitions qui s’engagent activement pour l’interdiction de ces armes qui tuent ou blessent des civils et qui empêchent le retour à une vie normale bien après la fin des combats . « Tous les survivants n’ont pas eu ma chance. Les états doivent ratifier les conventions d’interdiction mais ils doivent aussi mettre l’accent sur l’aide aux victimes, faire en sorte qu’elles aient accès aux soins et à la rééducation pour qu’elles puissent exercer un emploi et participer activement à la vie de la société. »

Sensibiliser le public aux dégâts que provoquent les mines antipersonnel et aux difficultés du déminage, c’est le but de l’exposition qui se tient en ce moment au Musée royal de l’armée, réalisée en collaboration avec les ministères des affaires étrangères et de la défense, le service de la lutte antimines des Nations Unies et Handicap International. Elle présente une cinquantaine de photos de victimes et de démineurs en action.

Le déminage est un travail à haut risque et, dans ce domaine, pas question d’improviser, comme l’expliquent deux militaires belges qui ont participé à des missions au Liban. « C’est un travail qui demande beaucoup de connaissances techniques et pour lequel on doit être formé. On se prépare six mois à l’avance et on répète les gestes en permanence. Oui, c’est dangereux, ce sont des explosifs, mais justement, il faut être calme et patient. Nous, au Liban, on fait ce qu’on appelle du déminage manuel. Avec un détecteur de métal, on cherche les parties métalliques de la mine. Quand on les a repérées, on creuse pour la trouver puis on la détruit sur place. » Tous deux ont 28 ans, l’âge moyen des démineurs belges. Tous deux sont fiers de faire un travail utile. « On sait que l’on peut sauver une vie. Beaucoup d’enfants jouent dans les champs et ils risquent d’être blessés. »

Le professionnalisme des démineurs belges est reconnu. Il a été souligné dernièrement par le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon.

La convention d’Ottawa

En 1992, six ONG, dont Human Rights Watch et Handicap International, fondent La Campagne internationale pour interdire les mines. C’est sous leur impulsion que sera lancé quatre ans plus tard le processus qui débouchera sur un traité international interdisant l’usage, la production et le stockage des mines antipersonnel. Les états parties s’engagent aussi à détruire leurs stocks et à déminer les zones qu’ils ont infestées. C’est en outre la première convention en matière de désarmement qui prévoit des mesures visant à fournir une assistance aux victimes. Ouvert à la signature en 1997, il a été ratifié par 161 pays dont la Belgique, qui a d’ailleurs été le premier pays du monde à interdire ces armes sournoises qu’on appelle également, et à juste titre, les armes des lâches. Un bémol : une bonne trentaine d’états n’ont pas ratifié le traité. Parmi eux, la Chine, les Etats-Unis, la Russie et l’Inde, des absents de poids.

Depuis l’entrée en vigueur de la convention d’Ottawa, le nombre de victimes est en baisse, mais il reste important. Selon Handicap International, les mines antipersonnel provoquent un accident toutes les deux heures quelque part dans le monde. Quant au nettoyage des zones minées, il est loin d’être terminé.

Le 4 avril a été décrété journée internationale contre les mines, l’occasion de rappeler que le problème posé par ces armes reste d’actualité en Syrie et qu’il n’est pas question de baisser la garde.

L’exposition « Mines, armes sournoises » se tient au Musée royal de l’Armée, parc du Cinquantenaire à Bruxelles jusqu’au 28 juin 2013.

Pour en savoir plus :

www.icbl.org

www.handicapinternational.be

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