MON CORPS, MON CHOIX, MA LIBERTE

30 janvier 2014

Ce slogan, quelque 2.000 personnes, des hommes et des femmes de tous âges, l’ont scandé hier devant l’ambassade d’Espagne avant de défiler dans les rues de Bruxelles. En cause, le projet de réforme de la loi sur les droits sexuels et reproductifs approuvé récemment par le gouvernement espagnol. Un projet qui limite drastiquement l’accès à l’avortement : il ne sera possible qu’en cas de viol, avec plainte préalable, ou en cas de danger grave pour la vie et la santé physique et psychique de la femme enceinte, certifié par deux médecins. Il sera également interdit d’avorter en cas de malformation du foetus et les mineures devront obligatoirement avoir l’autorisation de leurs parents pour interrompre une grossesse non désirée. Tout avortement pratiqué en dehors de ces conditions très restrictives sera considéré comme un crime. Un recul immense par rapport à la loi votée en 2010 par le gouvernement précédent. Pour les manifestants, pas question de remettre en question un droit conquis de haute lutte. « Je n’ai plus l’âge d’avoir recours à une IVG mais je me sens solidaire de toutes ces femmes qui n’ont pas le droit de disposer de leur corps à leur gré et je trouve cela intolérable », explique Christiane . « Les femmes se sont battues bec et ongles pour avoir ce droit. C’est un droit auquel je tiens et je n’ai pas envie d’y renoncer. Je suis là pour faire part de mon mécontentement et pour dire que j’espère qu’il n’y aura pas de retour en arrière », ajoute Coralie. Sa fille Emilie l’accompagne. « C’est important que les gens puissent décider s’ils veulent avoir des bébés ou pas », dit-elle.Elle a onze ans seulement, mais sa mère a déjà abordé la question avec elle. « Ce sera une femme un jour et plus tôt elle sera au courant de ce qui se passe, mieux ce sera. C’est en se battant aujourd’hui pour ses droits qu’elle pourra avorter ou non quand elle sera en âge de devoir faire des choix. »

En Belgique, l’avortement a été partiellement dépénalisé en 1990. Bien qu’il figure toujours dans le code pénal, il n’y a pas de poursuites s’il est pratiqué dans certaines circonstances précises : la femme doit se trouver dans une situation de détresse, l’IVG doit avoir lieu avant la fin de la douzième semaine de grossesse dans un hôpital ou dans un centre de planning familial, au plus tôt 6 jours après la première consultation. La femme reçoit un soutien psychologique et des informations sur la contraception. La loi reconnaît aussi au médecin le droit de ne pas pratiquer l’IVG si c’est contraire à ses convictions, mais il doit alors aiguiller sa patiente vers un de ses confrères. Depuis 2003, l’avortement est remboursé par la mutuelle. Certes, la loi n’est pas menacée pour l’instant, mais la plate-forme pour le droit à l’avortement reste vigilante. Julia Laot, porte-parole, explique pourquoi. « On a une loi qui est correcte et des services qui sont accessibles, mais il faut anticiper. Il y a une pénurie de médecins qui s’annonce et il faut absolument que les jeunes généralistes soient formés à l’avortement. » Seule l’ULB propose une formation spéciale et rares sont ceux qui la suivent. Par ailleurs, plusieurs propositions de loi relatives au statut du foetus sont actuellement en discussion et certaines d’entre elles pourraient remettre en cause le droit à l’avortement.

Le projet de loi du gouvernement espagnol doit encore être voté par le parlement. En revanche, la Pologne a déjà fait machine arrière. En Hongrie, la nouvelle constitution précise notamment que l’embryon est un être humain dès le début de la grossesse et la seule clinique pratiquant l’interruption de grossesse a été fermée en 2013 sous la pression du gouvernement conservateur. En Italie, le nombre de médecins qui invoquent la clause de conscience est de plus en plus élevé et avorter devient de plus en plus compliqué. Par ailleurs, l’avortement est illégal ou du moins très strictement limité à Chypre, en Irlande et à Malte.

Hier, les manifestants ont terminé leur marche devant le Parlement européen. « C’est important que les parlementaires donnent un signal fort et déclarent qu’ils ne veulent pas d’une Europe conservatrice qui enlève des droits fondamentaux aux femmes », déclare Julia Laot. Et ne lui dites pas que l’avortement est du ressort des états membres, elle balaie cet argument en un tournemain. « C’est trop facile que l’Europe dise que ce n’est pas sa compétence. Les droits humains, eux, le sont. » Et de rappeler qu’en 2002, le Parlement européen a adopté une résolution recommandant de légaliser l’avortement. Onze ans plus tard, sous la pression des conservateurs et de l’extrême-droite, le rapport de la socialiste portugaise, Edite Estrela, qui visait à promouvoir les droits sexuels et génésiques a capoté. De quoi apporter de l’eau au moulin de ceux qui s’inquiètent.

N’en déplaise à ses détracteurs, l’avortement n’est jamais un choix facile pour une femme et les pays qui l’ont dépénalisé ne le banalisent, au contraire. Dans la plupart des cas, une IVG va de pair avec un soutien psychologique et des informations sur les autres options possibles et sur les moyens contraceptifs disponibles. Les lois restrictives ne font pas baisser le nombre d’avortements. Dans les pays où elles sont en vigueur, les femmes qui en ont les moyens vont à l’étranger et les autres se font avorter dans la clandestinité, avec tous les risques que cela implique. Il suffit de rappeler que chaque année, dans le monde, près de 50.000 femmes meurent de complications liés à des avortements clandestins, soit une femme toutes les 9 minutes. 

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