MUTILATIONS GENITALES

A L’OCCASION DE LA JOURNEE INTERNATIONALE DE LUTTE CONTRE LES MUTILATIONS GENITALES FEMININES

« J’ai été excisée pour la première fois à l’âge de huit ans chez ma grand-mère, raconte Djenabou Teliwel Diallo. Nous étions une centaine de filles. Je ne savais pas en quoi consiste l’excision, je savais qu’on amenait des groupes de filles, et qu’on faisait la fête pour elle. On me disait que je devais passer par l’excision si je voulais me marier, mais je ne savais pas ce qu’on me ferait concrètement. »

Le jour venu, Djenabou Teliwel Diallo est amenée dans la brousse avec les autres jeunes filles. Elles ont entre huit et vingt ans. Elles sont excisées une à une, sans anesthésie. « La douleur était telle que les cris sont restés dans ma gorge. On m’a mis des herbes sur la plaie pour empêcher le sang de couler, on m’a rhabillée et j’ai rejoint les autres. »

Les jeunes filles sont sous le choc. Elle viennent de subir une épreuve d’une cruauté qu’on a peine à imaginer. « Nous n’arrivions plus à pleurer. On se sentait proches les unes des autres, mais en même temps, on se sentait très seules, parce que l’on venait de subir une douleur qui nous était infligée par notre famille. » 

Le calvaire de Djenbou Teliwel Diallo n’est pourtant pas fini. A l’âge de quinze ans, elle subit une nouvelle excision, sous prétexte que la première n’était pas réussie. Les exciseuses lui coupent une veine, elle perd beaucoup de sang et elle se retrouve à l’hôpital. Sa vie est en danger. « J’ai haï toute ma famille, surtout ma mère et ma grand-mère, mais je ne leur ai rien dit. J’en ai beaucoup voulu à ma mère. Plus tard, lorsque j’ai milité contre l’excision, je me suis rendu compte qu’elle avait été endoctrinée par la tradition, comme toutes les autres mamans. Elles le font malgré elles, parce qu’elles pensent que c’est pour le bien de leur enfant. »

Djenabou Teliwel Diallo s’est engagée dans la lutte contre les mutilations génitales à l’âge de dix-sept ans, grâce à la venue dans son école d’une ONG guinéenne qui ne ménage pas ses efforts pour faire cesser ces pratiques barbares. Depuis, elle n’a jamais arrêté de militer et elle témoigne chaque fois qu’elle le peut, pour que personne n’ignore que ces pratiques existent aujourd’hui encore.

 

Selon l’Organisation mondiale de la santé, entre cent et cent-quarante millions de jeunes filles et de femmes dans le monde vivent actuellement avec les séquelles de mutilations génitales et, en Afrique, environ trois millions de jeunes filles par an risquent de subir ce type de mutilations. Des mutilations qui sont pourtant condamnées par les conventions internationales des droits humains, dont la convention des Nations Unies sur les droits de l’enfant qui a été ratifiée par tous les pays du monde, sauf les Etats-Unis et la Somalie. Elles sont pratiquées principalement en Afrique. Il y a plusieurs types de mutilations classées le plus souvent en deux catégories : l’excision (ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres) et l’infibulation (rétrécissement de l’orifice vaginal par la suture des petites et/ou des grandes lèvres). 

ET EN BELGIQUE ?

Selon une étude de prévalence des mutilations génitales féminines réalisée en 2010, plus de 6260 femmes excisées et 1975 fillettes à risque d’excision vivent sur le territoire belge. Des femmes et des fillettes qui nécessitent une prise en charge spécifique. 

Certes, la crainte d’une mutilation génitale féminine peut entrer dans le champ d’application de la Convention de Genève et donc donner droit, dans certains cas, à l’octroi du statut de réfugié, mais c’est loin d’être automatique. En 2010, par exemple, sur 210 dossiers traités, 113 protections ont été octroyées.

On notera également que depuis 2001, la loi réprime les mutilations génitales féminines. Deux avancées que les associations de terrain reconnaissent volontiers. « L’implication des politiques est perceptible à plusieurs égards, souligne Céline Verbrouck, présidente de l’ASBL INTACT, mais il reste beaucoup à faire. » Le GAMS tient le même discours. « Même si la loi existe et que de multiples actions en vue d’améliorer la prévention sont menées, constate Fabienne Richard, sage-femme référente au GAMS-Belgique et chercheuse au département de santé publique de l’Institut de médecine tropicale à Anvers, le désarroi des professionnels confrontés à cette problématique reste énorme. »

REVENDICATIONS DES ASSOCIATIONS DE TERRAIN

La formation du personnel médical : 

Pour une femme infibulée, l’accouchement est une épreuve redoutable. Pour que le bébé puisse sortir sans dommage et pour éviter que la mère ne subisse des déchirures importantes, il faut l’intervention d’une sage-femme qualifiée capable d’ouvrir l’ancienne cicatrice. « J’ai beaucoup travaillé en Afrique, raconte Fabienne Gérard. Ici, en Belgique, les femmes ont la chance de pouvoir être accompagnées par des professionnels , mais il y a quand même encore un besoin de formation. Certains gynécologues font des césariennes, parce qu’ils ne savent pas qu’ils peuvent faire un accouchement normal en ouvrant la cicatrice. » La formation est sur les rails. Elle débutera à la mi-février dans dix-huit hôpitaux de Bruxelles, d’Anvers et de Liège. Une formation en deux temps. Il y aura d’abord des séances de sensibilisation d’une heure. Certaines sages-femmes volontaires pourront ensuite suivre une formation plus approfondie au GAMS et devenir ainsi des sages-femmes relais.

 

La prise en charge des victimes de mutilations génitales féminines : 

A l’heure actuelle, le GAMS et le Collectif liégeois pour l’abolition des MGF proposent des suivis individualisés et Intact s’occupe de la partie juridique de la prise en charge. Mais il n’existe pas de prise en charge médicale et psychologique reconnue comme telle par le SPF santé publique et l’Inami. Le dossier est bouclé, mais les 500.000 euros nécessaires n’ont toujours pas été débloqués.

 

La détection des cas à risque : 

Elle est indispensable pour éviter que des fillettes ne subissent une excision quand elles retournent dans leur pays d’origine, par exemple. D’où la nécessité de former tous les acteurs concernés, des structures étatiques aux particuliers, en passant par les enseignants, les médecins, les avocats, les policiers, etc... Les associations de terrain élaborent également des protocoles d’intervention qui permettront graduellement d’assurer les protection des fillettes qui vivent en Belgique. « Au niveau de la Région Wallonie-Bruxelles, le projet est en chantier, précise Céline Verbrouck. L’idée est de dire : voilà, je suis professionnel, je suis confronté à telle situation, à qui puis-je m’adresser pour évaluer le risque, jusqu’à la mesure extrême qui est celle d’avertir les autorités judiciaires." Une mesure extrême, en effet. Pas question de lever le secret professionnel, sauf en cas d’urgence ou de nécessité absolue.

EN GUISE DE CONCLUSION 

La Belgique, comme beaucoup d’autres pays d’ailleurs, est de plus en plus consciente de la nécessité de cerner et de contrôler le phénomène des mutilations génitales féminines. Un volet a d’ailleurs été introduit dans le plan d’action national des violences faites aux femmes. 

Reste une question : comment faire cesser ces pratiques inhumaines ? En fait, seule une stratégie globale et internationale permettra d’éradiquer les mutilations génitales féminines. Encore faut-il le vouloir et y mettre les moyens.

SITES WEB UTILES

 

www.gams.be

www.intact-association.org

www.strategiesconcertees-mgf.be

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