MUTILATIONS GENITALES FEMININES : LES RECOMMANDATIONS DE DEUX ONG

28 janvier 2014

Selon le dernier rapport de l’Unicef, plus de 125 millions de femmes et de filles vivant dans 29 pays d’Afrique et du Moyen-Orient ont subi une forme de mutilations génitales féminines et 30 millions risquent d’en être victimes durant les dix prochaines années. On estime par ailleurs que 500.000 femmes et fillettes qui vivent en Europe ont subi une une MGF. La Belgique n’échappe pas à ce fléau. En 2010, environ 6.260 femmes excisées et plus de 1.975 fillettes courant le risque de l’être vivaient dans notre pays. Inutile de rappeler que les MGF violent les droits humains les plus fondamentaux : droit à la vie, à l’intégrité physique et mentale, à la santé, etc. Comment protéger les femmes mutilées ? Que faire pour que leurs filles ne subissent pas le même sort ? C’est à ces questions que tentent de répondre Intact et le Gams Belgique. Il leur a fallu près de deux ans pour déterminer avec précision un ensemble de mesures et de recommandations à la fois transversales et spécifiques. Un fil rouge dans ce travail de grande envergure : l’importance de l’information et de la formation de tous les professionnels qui pourraient être confrontés à la problématique des MGF au cours de leur carrière. Pour eux, en effet, pas facile d’aborder un sujet qui reste tabou. Pas facile non plus de détecter les fillettes à risque.

Les recommandations transversales (valables pour tous les secteurs)

Inclure la thématique des MGF dans les formations de base et continues des professionnels des secteurs médico-psycho-sociaux, de la police, de la justice et de l’asile.

Désigner, au sein des professions concernées, des personnes de référence qui pourraient accompagner et conseiller leurs collègues confrontés à une situation de MGF.

Constituer un pool d’interprètes et de médiateurs interculturels qui pourraient être sollicités par les hôpitaux, les équipes de l’ONE et de la promotion de la santé à l’école, les services d’aide à la jeunesse, voire lors de la phase judiciaire, et faciliter ainsi la communication avec le public-cible.

Engager des animatrices ou des animateurs originaires des différentes communautés pratiquant des MGF. Ils devraient diffuser des messages de prévention et jouer un rôle de médiateur auprès des familles concernées lors d’une situation à risque (un retour au pays pendant les vacances).

Former les professionnels à une méthode de discussion avec les familles.

Diffuser largement le kit voyage mis au point par les associations de lutte contre les MGF, un kit qui contient entre autres un passeport rappelant la loi belge, la brochure « Pas d’excision pour ma fille », un certificat médical d’intégrité des organes génitaux externes et la liste des personnes de référence dans les différents secteurs et les différentes régions.

Traduire et adapter au contexte belge l’e-learning européen (outil de formation en ligne pour les professionnels).

Les recommandations par secteur

Elles concernent l’accueil des demandeurs d’asile, les maternités, l’ONE, les PSE/PMS, les plannings familiaux et les CPAS.

Vers une gestion coordonnée des actions de prévention

Comment concevoir efficacement la prévention de la maltraitance si nous ne pouvons pas compter sur une collaboration forte entre les différents professionnels (maternités, ONE, PSE, SAJ notamment) qui rencontrent les familles et les enfants à des étapes différentes de leur vie, se demandent les associations qui regrettent le manque de transmission d’informations relatives aux risques. Dans le cadre de la thématique des MGF, disent-elles, il serait très important, par exemple, qu’une équipe ONE qui a détecté un risque réel et non imminent de MGF pour une fillette transmette cette information au PSE, de manière à éveiller la vigilance de ceux qui suivront cette enfant. Elles suggèrent donc d’instaurer un dossier unique transmis entre les différentes institutions, comme c’est le cas aux Pays-Bas.

Les facteurs de risque

Selon Intact et le Gams, il y a plusieurs critères qui permettent d’évaluer le risque pour une petite fille : la mère ou le père proviennent-ils d’un pays ou d’une ethnie qui pratique les MGF ? La mère ou les soeurs ont-elles été excisées ? La communauté exerce-t-elle une pression ? La famille se rend-elle fréquemment dans son pays d’origine ? Est-elle peu ou mal intégrée en Belgique ? Inversement, il existe aussi des signes rassurants : des parents qui acceptent de signer un engagement sur l’honneur avant un voyage dans leur pays d’origine et qui prennent rendez-vous pour faire examiner leur fille après leur séjour, par exemple, ou des parents qui demandent aux professionnels de renforcer leur capacité à résister à la pression familiale.

Evaluation de la situation sur base d’une échelle à cinq niveaux et mesures à prendre

Niveau 1 : la fillette ne court pas de risque d’être excisée au moment de l’évaluation, mais il faut rester vigilant en cas de changement de la cellule familiale.

Niveau 2 : la fillette court le risque d’être excisée, mais ce risque n’est pas imminent. Il faut toutefois l’évaluer et suivre attentivement la situation, en demandant l’intervention du SAJ dans le cadre de l’aide volontaire, par exemple.

Niveau 3 : le risque est réel et imminent, des signaux inquiétants ont été détectés. Il faut le signaler systématiquement au SAJ et au parquet.

Niveau 4 : certains signaux laissent entendre que la fillette est excisée. Il faut s’assurer du bon diagnostic, en pratiquant un examen médical et en discutant avec les parents.

Niveau 5 : Un médecin ou un service de santé a constaté qu’une MGF a été pratiquée sur une enfant. Il convient de l’indiquer dans le dossier médical et d’assurer une prise en charge médicale et psychologique de la victime. Il faut aussi envisager la levée du secret professionnel et un dépôt de plainte.

En conclusion

Il reste beaucoup à faire pour éradiquer les mutilations génitales féminines. Certes, pas mal de pays africains notamment interdisent ces pratiques que je n’hésite pas à qualifier de barbares. Malheureusement, la tradition est souvent plus forte que la loi et les MGF continuent d’être pratiquées envers et contre tout. « Ma mère a été endoctrinée par la tradition  », dit Teliwel Diallo. J’avais déjà rencontré cette jeune femme remarquable qui a témoigné hier devant la commission de la santé et de l’égalité des chances du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Excisée à deux reprises chez sa grand-mère, à huit et à quinze ans, elle a failli mourir et elle n’oubliera jamais les souffrances intolérables qu’elle a subies et qui continuent d’empoisonner sa vie. Depuis, elle milite activement pour empêcher que d’autres filles ne connaissent le même calvaire. Quant aux coordinatrices du travail minutieux effectué par Intact et Le Gams, elles ont rappelé qu’en Belgique, la loi interdit et réprime la pratique des MGF depuis 2001 mais qu’en 13 ans, peu de plaintes avaient été déposées et qu’aucune n’avait donné suite à des poursuites judiciaires. Quant au nombre de signalements d’enfants à risque d’excision au Gams et à Intact, il est en hausse , mais il reste peu élevé (52 entre le premier janvier 2009 et le 30 juin 2013) par rapport aux quelque 2.000 fillettes jugées à risque. D’où la nécessité d’améliorer le système de prévention. Les deux associations ont plaidé pour une mise en oeuvre de leurs revendications, que ce soit via une résolution, un nouveau plan d’action national contre les violences faites aux femmes ou la plate-forme de collaboration intersectorielle créée dans le cadre du protocole de collaboration du 23/07/2013. A suivre donc. 

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