NON A LA RECUPERATION DU 8 MARS A DES FINS COMMERCIALES !

9 mars 2014

J’en ai marre des pubs qui suggéraient d’offrir un parfum ou des fleurs aux femmes, marre des gens qui m’ont souhaité une bonne fête ! Le 8 mars, c’est la journée internationale des femmes, une des rares occasions où elles peuvent évoquer leurs droits et les injustices auxquelles elles sont confrontées. Pas question de profiter de cette date pour vendre tout et n’importe quoi comme le précise Hafida Bachir, présidente de Vie féminine. « Moi, j’ai reçu des invitations de gens qui sont pourtant dans le milieu progressiste. Ils me proposaient d’aller au restaurant pour fêter la journée des femmes. Mais on n’a pas envie de la fêter , on a envie que tout le monde sache qu’on a des revendications et que c’est une journée de lutte car, malgré les progrès réalisés, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. » Des progrès qui sont d’ailleurs souvent compromis aujourd’hui.

Hier, Vie féminine a réuni 600 femmes à Bruxelles pour faire le point sur la Caravelle des droits des femmes qui a sillonné villes et communes de Wallonie et de Bruxelles durant un an dans le but d’informer et de mobiliser les femmes. Parmi les thèmes abordés, l’emploi, les violences, le logement, la santé, le divorce, les services collectifs, la mobilité, le handicap, etc. 7.650 kilomètres parcourus et 6.000 femmes rencontrées : le bilan est positif. «  On est sur des nuages ! Une de nos réussites, c’est qu’on a pu mettre la question des droits des femmes sur la place publique, montrer les lacunes et impliquer les femmes elles-mêmes dans le processus. On en a fait une question politique. »

Vie féminine réclame notamment un service des créances alimentaires universel, une application rigoureuse et obligatoire des circulaires tolérance zéro relatives aux violences conjugales, l’individualisation des droits sociaux, l’abrogation de la réforme du chômage et, surtout, la création d’un ministère des droits des femmes au niveau fédéral. Le mouvement estime en effet qu’un ministère de l’égalité des chances n’est pas la solution idéale. «  Les femmes ne sont pas une minorité discriminée, elles représentent la moitié de l’humanité ! De plus, on a bien vu les limites du fonctionnement. Les pensions ou les droits individuels en sécurité sociale, par exemple, sont du ressort d’autres ministères. » Et de rappeler notamment que 80% des travailleurs à temps partiel sont des femmes, qu’une chômeuse sur deux est cohabitante et que les politiques d’austérité actuelles provoquent un recul des droits socio-économiques des femmes : dégressivité des allocations de chômage, réforme de la pension de survie, etc.

Comme chaque année, le 8 mars a donné lieu à plusieurs manifestations plus ou moins originales portant sur les droits des femmes. Impossible évidemment de les passer toutes en revue ! J’ai toutefois retenu l’action organisée par Oxfam-Solidarité dans le but de dénoncer la violence faite aux femmes, un problème qui reste hélas d’actualité : dans les pays du nord, une femme sur trois est maltraitée ou violée durant sa vie et dans les pays du sud, la situation est encore plus dramatique, comme le précise Lina Leeb. « Une femme africaine court deux fois plus de risques de subir des violences qu’une femme européenne. Je pense notamment aux mutilations génitales féminines et aux mariages précoces des filles. » Pour sensibiliser le public, Oxfam-Solidarité a disposé en vrac des dizaines de poupées nues sur la place de la Monnaie à Bruxelles et a invité les passants à les habiller pour les mettre ensuite dans un endroit sûr. Une action symbolique à laquelle ont participé notamment des enfants.

Enfin, je m’en voudrais de ne pas évoquer le lancement officiel de la campagne d ‘Amnesty international « Quand c’est non, c’est non ! » qui fait suite à un sondage réalisé en janvier auprès de 2.000 Belges : 13% des femmes interrogées ont été un jour victimes d’un viol (en dehors du couple) et 25% se sont vues imposer des relations sexuelles par leur partenaire. Des chiffres qui prouvent l’ampleur de la problématique. Amnesty dénonce notamment le manque de moyens accordés à la lutte contre le viol et à l’accueil des victimes. A Bruxelles par exemple, l’association SOS Viol, la seule du genre en Belgique francophone, ne peut engager que quatre temps pleins et demi. « C’est un point important que vous soulevez, déclare la juriste Stéphanie Jacquet-Parienté, c’est parfois compliqué de répondre à toutes les demandes. » Les victimes trouvent pourtant au sein de l’association l’aide et le soutien dont elles ont besoin, une aide psychologique dans 90% des cas. Certaines d’entre elles sont également en quête d’informations sur le dépôt d’une plainte, la procédure pénale et le déroulement d’un procès. « Le travail du juriste consiste à écouter la victime et à mesurer si elle aura la force de supporter les conséquences d’un dépôt de plainte. Il faut savoir que dans 75% des cas, l’agresseur est une personne connue de la victime, un membre ou un proche de la famille. Il faut en tenir compte, même quand on intervient au niveau juridique. Il ne s’agit évidemment pas de les dissuader de porter plainte, mais bien de leur donner toutes les informations utiles pour qu’elles puissent prendre leur décision en toute connaissance de cause. » Dans le cadre de sa campagne, Amnesty publie notamment un dépliant intitulé « En cas de viol : que dire, que faire ? » destiné aux victimes et à leur entourage.

Une nouvelle fois, la journée internationale des femmes a été l’occasion d’aborder l’épineuse question de leurs droits. Dommage que les progrès soient si lents et qu’il faille, chaque année, taper sur les mêmes clous !

Pour en savoir plus :

www.viefeminine.be

http://oxf.am/sansviolence

www.sosviol.be

www.amnesty.be