OBSERVATOIRE DES VIOLENCES POLICIERES : PREMIER BILAN

16 mars 2014

Souvenez-vous, il y a un an, presque jour pour jour, je vous parlais du lancement de obspol.be, un site web permettant aux victimes et aux témoins de violences policières de témoigner. Une initiative de la Ligue des droits de l’homme, alarmée par les dérapages des forces de l’ordre et par l’absence d’organe de contrôle de la police véritablement indépendant. Elle tire aujourd’hui un premier bilan. Sur les 153 témoignages recueillis, seuls 88 ont été validés. Les autres ont été rejetés pour différentes raisons : faux témoignages ( c’est le cas de 52% d’entre eux), absence objective de violences, récit peu vraisemblable, agression dans un pays étranger, etc. 72% des sévices relatés ont eu lieu à Bruxelles. Un échantillon relativement peu fourni mais qui, selon la Ligue , permet toutefois de dégager certaines tendances.

La majorité des témoignages recueillis ne proviennent pas de manifestants turbulents comme on aurait pu le croire, mais bien de « Monsieur et Madame tout le monde ». Si les 18-30 ans sont les plus représentés, les plus de 50 ans ne sont pas épargnés, comme cette dame de 57 ans, tabassée le 23 juin 2013 vers 5 heures du matin. En chemin, elle croise des policiers qui demandent à une vingtaine de jeunes gens de rentrer chez eux par respect pour les gens qui travaillent. Elle fait alors remarquer gentiment, précise-t-elle, qu’il y a peu de gens qui travaillent le dimanche, qu’il fait beau, que c’est la fête de la musique et qu’ils pourraient faire une exception. « Deux des trois policiers se sont immédiatement retournés, ils m’ont menottée, mains dans le dos, avec un collier de serrage en plastic et m’ont jetée dans une de leurs voitures. » Elle reçoit alors un coup de poing sur l’oeil gauche. Les policiers l’emmènent d’abord aux urgences où ni le médecin, ni l’infirmière ne réagissent, puis dans deux commissariats où elle doit à chaque fois se déshabiller. Elle sera libérée vers midi après avoir dû signer, sans lunettes, un procès-verbal qu’elle n’a bien entendu pas pu lire. Elle recherche aujourd’hui des témoins.

Autre constat : les violences relatées sont physiques, psychiques et/ou morales. Dans 33% des cas, les victimes on reçu des coups quand elles étaient menottées. Par ailleurs, 34% des violences ont eu lieu avant 2013. La preuve, selon la Ligue, que les témoins et les victimes restent traumatisés bien après les faits. La preuve également qu’ils n’ont pas eu de réelle occasion de s’exprimer. D’où la nécessité, dit-elle, de mettre sur pied un observatoire des violences policières indépendant. On notera également que 60% des victimes n’ont pas consulté un avocat et que rares sont celles qui ont porté plainte.

Pour la Ligue, il y a deux poids et deux mesures. Si plainte il y a, bon nombre de dossiers relatifs à des violences policières sont classés sans suite ou font l’objet d’un réquisitoire de non-lieu par le Parquet. Ce n’est pas le cas pour les personnes accusées de violences envers des policiers. Elle estime aussi que les policiers coupables sont trop rarement réprimés. Les mesures disciplinaires sont peu fréquentes, dit-elle, et les tribunaux font souvent preuve d’une relative clémence à leur égard. «  La police se tire une balle dans le pied en laissant les policiers agir  », remarque son président, Alexis Deswaef, qui rappelle également que le but de l’Observatoire n’est pas de recenser l’ensemble des violences policières. «  Le but, c’est d’en tirer des renseignements pour que nous puissions, dans un deuxième temps, faire des recommandations. Nous voulons également donner la parole aux victimes, ce qui est absolument absent des rapports du Comité P.  »

Signalons enfin la parution d’un manuel juridique et pratique dans lequel vous trouverez les réponses à plus de 500 questions relatives aux pouvoirs de la police et à leurs limites. Pas de jargon dans ce gros ouvrage intitulé « Quels droits face à la police » . Son auteur, le juriste Mathieu Beys, membre de l’Observatoire des violences policières l’a soigneusement évité et on lui en sait gré.

Pour en savoir plus :

www.obspol.be

www.liguedh.be