PRO ET ANTI-AVORTEMENT SE SONT OPPOSES CE WEEK-END

Samedi à 14 heures, 2.200 personnes manifestent à Bruxelles pour rappeler qu’en Belgique, l’avortement est autorisé depuis près de 22 ans. C’est en effet le 3 avril 1990 que la loi dépénalisant partiellement l’interruption volontaire de grossesse a été votée à une large majorité, dans des circonstances qu’on n’est pas près d’oublier. Le roi Baudouin avait fait savoir peu avant que sa conscience lui interdisait de promulguer cette loi. Dès le lendemain du vote, il était mis dans l’impossibilité de régner -une entourloupe, selon l’historien Jean Stengers- , et ce sont donc les ministres qui tous en ensemble ont signé la loi, « un cas qui reste unique en Belgique  », comme le fait remarquer un de ses deux auteurs, Roger Lallemand, dont on en soulignera jamais assez le rôle primordial qu’il a joué dans les combats éthiques.

 
Des manifestants quatre fois plus nombreux que l’an dernier ont donc répondu à l’appel de la plate-forme pour le droit à l’avortement, qui rassemble 24 associations francophones et flamandes qui redoutent le futur, comme l’explique sa porte-paroles, Julie Laot. « On se rend compte qu’il y a des mouvements anti-avortement de plus en plus en actifs depuis trois ans, qui organisent la marche pour la vie, mais qui organisent également des manifestations devant les centres de planning, qui distribuent des tracts dans les rues commerçantes pour convaincre les femmes de ne pas avorter et qui font du lobbying pour faire changer la loi.  ». Un loi qui n’a pourtant rien de laxiste. Contrairement à ce qu’on pense, elle maintient l’avortement dans le code pénal mais elle suspend les poursuites légales si un certain nombre de conditions sont remplies : l’interruption de grossesse doit être pratiquée avant la fin de la douzième semaine suivant la conception, par un médecin et dans une structure de soins comportant un service chargé de fournir des informations sur les alternatives possibles et sur les moyens de contraception existants. L’état de détresse de la patiente doit être reconnu par un médecin et un délai de six jours doit être respecté entre le premier contact et le jour de l’avortement. Les médecins ont le droit de refuser de pratiquer une IVG pour des raisons de conscience, mais ils ont l’obligation d’orienter la patiente vers un confrère. Encore faut-il qu’ils le fassent rapidement, pour éviter que le délai légal ne soit dépassé, et ce n’est pas toujours le cas. 

Aujourd’hui à 14 heures également, quelque deux mille personnes prennent part à la troisième marche pour la vie, soit mille de moins que l’an dernier. Avant son départ, témoignages et discours se succèdent et les amalgames ne sont pas rares. L’un des intervenants assimile les avortements au massacre des bébés phoques et le porte-paroles de la marche, Antony Burckhardt, évoque les avortements sélectifs pratiqués en Inde, par exemple. Jamais ce n’est le cas en Belgique ! Beaucoup de manifestants clament leur opposition totale à l’avortement, quelles que soient les circonstances. L’occasion de remettre les pendules à l’heure et de rappeler que l’interdiction des IVG ne les supprime pas, mais qu’elle ouvre en revanche la porte aux avortements clandestins, avec tous les risques que cela implique. Toutes les huit minutes, une femme dans le monde meurt des suites d’un avortement non médicalisé et des millions d’autres sont mutilées, mais cela n’émeut visiblement pas les "marcheurs de la vie" qui préfèrent insister sur deuil post-avortement auquel sont confrontées de nombreuses femmes, disent-ils. 

La marche de la vie plaide en faveur d’une protection juridique de l’enfant avant de naître, et cela inquiète la porte-paroles du mouvement pour l’avortement, Julie Laot. « Il y a plusieurs propositions de loi relatives au statut du foetus.  » C’est exact, mais aucune d’entre elles n’est en discussion actuellement. Roger Lallemand reste en tout cas confiant. «  Je ne crois pas que la loi sera remise en question.  » Et de fait, au niveau parlementaire, aucune initiative relative à l’interruption volontaire de grossesse n’a été prise actuellement.

On voit en tout cas que l’avortement continue de susciter la polémique en Belgique, comme dans d’autres pays du monde, d’ailleurs. On notera également qu’ au sein de l’Union européenne, quatre pays ne reconnaissent pas le droit à l’avortement, la Pologne, l’Irlande, Malte et Chypre, mais que l’Espagne et la Hongrie sont en passe de faire marche arrière.

Permalink

| Leave a comment »

Les Rohingyas persécutés et privés d’aide humanitaire

Au Myanmar, les forces de sécurité mènent une campagne violente et sans pitié contre les Rohingyas. Il faut agir pour que cela cesse