RENCONTRE AVEC UN HOMME D’EXCEPTION

Voilà plus de 20 ans que Murhabazi Namegabe , un ardent défenseur des droits humains, mène un combat long et difficile pour libérer les enfants-soldats dans le Sud-Kivu, en République démocratique du Congo. 

Depuis 1989, plusieurs milliers d’enfants-soldats ont été démobilisés avec le concours direct ou indirect de Murhazabi Namegabe et de l’association qu’il dirige, le Bureau pour le volontariat au service de l’enfance et de la santé, le BVES, basé à Bukavu. Certains d’entre eux sont accueillis dans un des 35 centres du BVES où ils sont pris en charge par une équipe pluridisciplinaire en vue de leur réinsertion. Un travail de grande envergure. Jugez plutôt. Ces jeunes n’avaient parfois pas plus de huit ans quand ils ont été enrôlés, le plus souvent de force. Les garçons se sont retrouvés du jour au lendemain une arme à la main, avec une mission, obéir aux ordres et tuer. Quant aux filles, elles étaient traitées comme de véritables esclaves sexuelles, abusées régulièrement par les militaires. Beaucoup sont tombées enceintes, beaucoup ont dû avorter dans la brousse, beaucoup ont eu une grossesse difficile, beaucoup ont contracté le sida. Elles sont plus meurtries encore que les garçons et leur réinsertion est particulièrement difficile. 

«  Quand un enfant arrive dans un centre, raconte Murhazabi Namegabe, on lui enlève son arme et son uniforme, il doit ensuite apprendre la pacification. » Ce n’est pas facile. Ces jeunes « appartenaient à des groupes armés différents, à des ethnies différentes, ils ont des nationalités différentes. Ils se haïssaient, ils doivent aujourd’hui apprendre à vivre ensemble.  » Le traumatisme qu’ils ont subi est profond. Un suivi psychologique est indispensable. Autre problème auquel l’équipe est confrontée : la scolarisation. Elle est loin d’être évidente dans un pays où « le taux de scolarisation est de 40% dans les villes et de quelques % dans les villages », précise Murhabazi Namegabe qui lance un appel pressant. « Peu d’ONG s’occupent d’éducation », elle est pourtant essentielle au développement d’un pays. Elle est essentielle également « pour sensibiliser les jeunes aux droits humains. »

A l’heure actuelle, quelques-uns des jeunes accueillis ont pu poursuivre leurs études, parfois à un haut niveau, les autres ont appris un métier qui leur permettra de jouer un rôle actif dans leur société. Après avoir passé trois mois dans un centre, ils retournent dans leur famille, du moins si elle a pu être localisée. Dans pays aussi grand que la RDC, ce n’est pas toujours le cas, d’autant plus que, comme dans d’autres pays en développement, beaucoup de bébés n’ont pas été enregistrés à leur naissance. Pour ceux-là, le BVES dispose de foyers qui peuvent accueillir quatre jeunes du même âge. Pour Murhazabi Namegabe, un passage de trois mois dans un centre, c’est trop court. « Les enfants nous arrivent comme de véritables sauvages, désorganisés à cause de la guerre. Trois mois, ce n’est pas assez pour les rendre humains. » 

Durant des années, Murhazabi Namegabe s’est battu pour que la RDC interdise l’enrôlement des enfants. Il a obtenu gain de cause en 2009. La loi actuelle interdit le recrutement de jeunes de moins de 18 ans et prévoit jusqu’à 20 ans d’emprisonnement pour les recruteurs, mais «  cela prend du temps pour qu’elle produise ses effets  ». Le BVES a mis en place un programme de formation des officiers de l’armée régulière qui insiste notamment sur la responsabilité pénale du commandant. Quant aux groupes armés, ils continuent d’enrôler des enfants. « Nous sensibilisons les communautés, mais les problèmes subsistent. » Pour lui, la condamnation de Thomas Lubanga est « une première victoire  ». La Cour pénale internationale l’a jugé coupable de crimes de guerre pour avoir enrôlé des enfants dans ses troupes, pour leur avoir infligé des conditions dures, des châtiments sévères, puis de les avoir envoyés au front. 

Murhazabi Namegabe est en ce moment à Bruxelles, invité par Amnesty International qui soutient son action. 

 

 

Les Rohingyas persécutés et privés d’aide humanitaire

Au Myanmar, les forces de sécurité mènent une campagne violente et sans pitié contre les Rohingyas. Il faut agir pour que cela cesse