SALAIRE VITAL : UNE EXPOSITION DE PHOTOS, UN CARNET DE VOYAGE GEANT

26 octobre 2014

L’exposition « Salaire vital » raconte le périple de Sophie, une travailleuse belge de l’habillement qui trouve un jour dans la poche d’un chemisier qu’elle vient d’acheter la carte de pointage de Sun. Elle apprend que Sun est ouvrière du textile au Cambodge et comprend que cette carte lance en fait un cri d’alarme. Sophie décide alors de partir à sa rencontre. Au fil des photos, superbes de surcroît, elle raconte ce qu’elle a vu, évoque les conditions de travail inhumaines qui sont imposées à ses collègues cambodgiennes, prend part à leurs revendications plus que légitimes et réfléchit aux moyens d’agir pour les soutenir dans leur combat. Les personnages sont fictifs mais les faits relatés sont eux tout à fait réels. L’exposition a été conçue par l’association achACT qui oeuvre depuis plus de quinze ans pour faire respecter les droits des travailleurs du Sud. Elle a été montrée il y a quelques jours aux partenaires d’achACT en présence de quatre travailleurs cambodgiens qui terminaient une tournée en Europe. Leur revendication principale : un salaire de 177 dollars par mois, au lieu de 100 actuellement (à peine 25% du salaire minimum vital). « C’est notre boulot de faire entendre la voix de ces travailleurs et de faire pression nous aussi sur les grands acheteurs, les grandes marques et les grandes enseignes, en tant que citoyens, consommateurs et travailleurs de la distribution » précise Carole Crabbé, secrétaire générale d’achACT.

Depuis fin 2013, les travailleurs de l’habillement au Cambodge se mobilisent pour exiger une augmentation du salaire minimum. Début 2014, le mouvement a été fortement réprimé. Les forces armées ont tué quatre manifestants, en ont blessé une quarantaine d’autres et ont arrêté arbitrairement 23 leaders qui ne seront libérés que le 20 mai 2014. Durant leur tournée européenne, ils ont rencontré les représentants de plusieurs grandes enseignes, H&M, Zara, Levi Strauss & co notamment pour leur demander d’agir. Chez nous, une déclaration signée par des clients et par des représentants des consommateurs et des travailleurs belges et cambodgiens a été remise aux responsables des sièges belges d’H&M et de Zara. « Je pense que leur appel a été entendu. Eux se sentent surtout renforcés dans leur combat. » Carole Crabbé reste toutefois prudente. « Dans ce genre de boulot, les résultats ne sont jamais noirs ou blancs, on n’est jamais euphorique, on avance étape par étape et une étape importante a été franchie après l’effondrement du Rana Plaza. »

Rappelez-vous, c’était le 24 avril 2013 dans un faubourg de Dacca, la capitale du Bangladesh. Le Rana Plaza s’écroule, il abrite des dizaines d’ateliers de textile. Bilan, plus de 1.100 morts. C’est la catastrophe industrielle la plus meurtrière au monde, après Bhopal. Elle met en lumière le sort déplorable des travailleurs de l’habillement, des femmes pour la plupart, obligés de soutenir un rythme de travail inhumain pour un salaire de misère. Depuis, 180 marques internationales ont signé avec les syndicats un accord chapeauté par l’OIT par lequel elles s’engagent à financer l’inspection des bâtiments et à indemniser les travailleurs dont l’usine a été fermée pour être mise en conformité. Si elles ne respectent pas leurs engagements, elles sont susceptibles d’être poursuivies en justice. 1.106 usines ont déjà été inspectées. Elles occupent près de deux millions de travailleurs, soit la moitié de la main d’oeuvre de l’habillement du pays. Un pas important a donc été franchi, mais ce n’est pas suffisant. « Ce que nous voulons, c’est une régulation qui fonctionne et qui rende les entreprises responsables des abus commis dans leurs filières d’approvisionnement.  » Par ailleurs, l’indemnisation des survivants et des familles des victimes du Rana Plaza piétine. Sur les 40 millions de dollars nécessaires, 20 seulement sont aujourd’hui disponibles.

« Nous comptons sur vous en Belgique pour faire pression sur les marques pour qu’elles répondent à notre demande », déclarait un syndicaliste cambodgien à la fin de son séjour. Reste à s’interroger sur les prix serrés qu’elles infligent à leurs fournisseurs et, surtout, sur les modes de consommation qu’elles nous imposent : acheter plus en dépensant moins et tant pis pour les ouvriers du Sud. «  Dans la plupart de ces pays, on considère que les travailleuses du textile sont une main d’oeuvre jetable, comme les vêtements qu’elles fabriquent, rappelle Carole Crabbé. On doit donc entamer une discussion sur une consommation durable du vêtement qui devrait aller de pair avec un renforcement des droits des travailleurs.  » Quand je lui demande si elle pense que son action sera un jour inutile, elle me répond « Je l’espère évidemment, mais il faudrait d’abord construire un cadre régulateur contraignant avec des sanctions à l’appui pour que les entreprises soient rendues responsables de leurs actes. Aujourd’hui, on en est loin et on sent qu’il n’y a pas de réelle volonté politique d’atteindre cet objectif. »

Je souhaite pour ma part que l’exposition « Salaire vital » soit présentée dans un lieu ouvert à un large public. Sachez par ailleurs qu’elle peut être prêtée en deux formats aux organisations qui en font la demande. Pour plus de renseignements, une adresse noemie@achact.be et un site www.achact.be

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