SYRIE, PARLONS JEUNE

30 juin 2013

Bilan largement positif pour cette opération soutenue et encadrée par le Délégué général aux droits de l’enfant et plusieurs associations dont Amnesty international, Agir pour la paix, Médecins du monde et la Coordination nationale d’action pour la paix et la démocratie (CNAPD). Durant plus d’une semaine, une vingtaine de jeunes se sont penchés sur le conflit syrien et ont tenté de répondre à la question « Pourquoi certains jeunes de notre pays veulent-ils aller combattre en Syrie ? ». A l’origine de cette initiative, un jeune étudiant syrien réfugié en Belgique, Yahia Hakkomme. « On a beaucoup parlé de ces jeunes Belges qui partent en Syrie, on les a mis tous dans la même catégorie, celle des terroristes combattants, et cela me mettait mal à l’aise. Alors, je me suis dit : si on ne veut pas qu’ils partent, il faut trouver une autre alternative, parce qu’un jeune touché par la question syrienne veut agir et on ne peut pas l’en empêcher. »

Message reçu cinq sur cinq par le Délégué aux droits de l’enfant, Bernard Devos « On trouvait que c’était important de donner la parole aux jeunes et de leur permettre de s’exprimer sur un conflit qui a ravivé beaucoup d’émotion et qui a suscité des sentiments divers et variés » et par le directeur d’Amnesty, Philippe Hensmans « On voulait aussi faire en sorte qu’ils aient des éléments en main pour se forger un avis. »

Restait à trouver des jeunes disposés à s’investir dans un projet de grande envergure. Des contacts ont été noués avec des associations qui travaillent dans des quartiers populaires, là où la question du départ des jeunes Belges se pose avec le plus d’acuité. 19 jeunes de 15 à 25 ans, 8 filles et 9 garçons , se sont portés volontaires. Parmi eux, Yassin. « Il y a toute une série d’idées qui circulent dans les média et dans l’opinion publique. Je me suis demandé si c’était la vérité et j’ai eu envie de me forger ma propre opinion. » Il y a aussi Salim qui s’est déjà investi activement. « C’est le côté humanitaire qui m’a fait réagir. Il y a des gens qui souffrent, il y a des attaques tous les jours et donc il faut agir. Je l’ai d’abord fait sans réfléchir au côté politique puis j’ai essayé de me faire une idée . Cette opération est une formidable opportunité pour mieux comprendre le conflit. » Sur la question des jeunes qui sont partis, Salim se dit partagé. « On aura une semaine pour comprendre ce qui les pousse », remarque Nabil. Nadia trouve pour sa part qu’on parle trop de ces jeunes et qu’il faudrait aussi se pencher sur les moyens à mettre en place pour éviter qu’ils ne partent. Amira évoque leur retour en Belgique. « Pourquoi les accueillir comme des criminels alors qu’ils ont besoin avant tout d’une aide psychologique ? », se demande-t-elle. « On fait un amalgame entre ceux qui sont partis pour des raisons humanitaires et les autres », ajoute Fatima. Tous en tout cas se sentent directement touchés par un conflit qu’ils ne comprennent pas très bien.

Pour les aider à voir plus clair, les initiateurs du projet ont déployé de grands moyens. Les jeunes ont été répartis en quatre groupes pilotés chacun par un animateur professionnel : presse écrite, radio, télévision et internet. L’objectif n’était pas d’en faire des journalistes professionnels mais de leur permettre de partager leur expérience avec un large public. Durant plus d’une semaine, ils ont rencontré des dizaines de personnes d’horizons divers : des spécialistes, des journalistes, des représentants d’ONG, des personnalités de la communauté musulmane, des jeunes qui sont partis en Syrie, des parents, des hommes et des femmes politiques… Des rencontres qui ont fait l’objet d’articles et de reportages. Leur travail a été largement médiatisé. Nul doute que la notoriété dont jouissent le Délégué aux droits de l’enfant et Amnesty international y est pour beaucoup.

L’opération a pris fin vendredi et le bilan, je vous le disais, est largement positif. Les jeunes se sont investis dans ce projet avec beaucoup d’énergie et d’enthousiasme. Ils ont posé de multiples questions et ils ont appris énormément de choses sur l’histoire de la Syrie, sur le conflit et sur la gravité de la situation actuelle. Certes, ils n’étaient pas toujours du même avis. La question « Faut-il empêcher les jeunes de partir ? » a suscité des débats passionnés. Pour quelques-uns d’entre, la réponse est « Non » Les autres, en revanche, insistent sur le fait que les Syriens ont besoin d’aide et pas de combattants. Mais les jeunes ont pu travailler ensemble et ça, c’est important. « Maintenant, on est des acteurs dans ce conflit, précise Asmae. On doit relayer l’information qui nous a été donnée et aller plus loin. On nous a souvent dit que c’est parce que c’est un pays musulman qu’on est concerné par le conflit syrien. J’ai envie de dire qu’on se sent concerné par toute injustice. » Quant à Nadia, elle évoque le futur : « Nous nous sommes rendus compte que nous étions déjà tous de manière indirecte impliqués dans diverses associations. Moi, je coordonne un projet d’aide humanitaire et d’échanges interculturels en Afrique, Sara aussi, et on s’est dit qu’on pourrait coordonner nos projets. Plusieurs jeunes participent également à des distributions aux sans-abri. On sent qu’il y a beaucoup d’énergie, d’idées et de force, on veut créer des synergies et une cohésion entre nous . Nous pourrions aussi plancher ensemble sur des projets plus larges : aller dans un camp de réfugiés en Jordanie, par exemple, ou organiser des récoltes de médicaments. Pour moi ,l’opération « Syrie, parlons jeune » était une première étape qui doit déboucher sur des actions concrètes. »

De quoi clouer le bec aux esprits chagrins qui affirment que les jeunes n’ont plus d’idéal !

Pour en savoir plus : www.syrieparlonsjeune.tumblr.com

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