TOUS DES GLANDEURS ?

25 septembre 2013

Un slogan qui fait mouche pour une campagne d’action contre la stigmatisation des chômeurs lancée par deux mouvements d’éducation permanente, les Equipes populaires et Présence et action culturelles (PAC), dans le but de dénoncer les nombreuses idées reçues sur les chômeurs. « Non, les chômeurs ne s’enferment pas dans leur situation, s’exclame Yanic Samzun, secrétaire général de PAC, ils ne glandent pas, ils essaient de survivre comme ils peuvent. Ceux qui pensent que c’est confortable d’être au chômage, je les invite à essayer de vivre avec 1.000 euros par mois ! » Pour trouver un emploi, il ne suffit pas de le vouloir, ajoute la présidente des Equipes populaires, Christine Steinbach, chiffres à l’appui. « Selon l’IRES, on compte aujourd’hui un poste vacant pour cinq demandeurs d’emploi en Wallonie, mais les syndicats estiment que ces chiffres sont très minimalistes et parlent eux d’un poste vacant pour 35 ou 40 demandeurs. »

Jackie Taine est au chômage depuis 2001. Il travaillait dans une imprimerie qui a procédé à une restructuration et il s’est retrouvé sans emploi. Il avait à l’époque 52 ans. « A 52 ans, on est vieux et c’est difficile de retrouver du boulot. J’ai travaillé en ALE, j’ai fait des intérims aussi, mais il y a un moment où on vous laisse de côté. » Jackie touche une indemnité d’à peu près 1.135 euros par mois.

Tatiana Thomas évoque le cas de son fils. Titulaire de deux diplômes universitaires, assistant durant quelques années, son contrat n’a pas été renouvelé et il s’est retrouvé au chômage. « Il a cherché du travail, bien sûr, mais il y avait toujours un écueil. Ou bien il était trop diplômé, ou bien il n’avait pas assez d’expérience, et parfois c’était les deux. Faute de moyens suffisants, il est revenu vivre avec moi et je me suis alors dit que les jeunes qui n’avaient pas de soutien couraient le risque de se retrouver dans la rue. » Après deux ans de chômage, le fils de Tatiana a retrouvé un emploi. Deux années de galère au cours desquelles les entretiens d’embauche se sont succédés, suivis ou non d’une lettre de refus. De mois en mois, le courage s’émousse et la confiance en soi disparaît progressivement. «  J’essayais de lui remonter le moral, mais finalement, mon moral à moi en prenait un coup aussi. »

PAC et les Equipes populaires ont distribué hier dans plusieurs gares de Wallonie et de Bruxelles un journal de vingt pages, abondamment illustré, avec des témoignages et des arguments pour tordre le cou aux préjugés sur les chômeurs. Des spécialistes déconstruisent un à un les stéréotypes les plus fréquents.

Quand on veut, on peut !

Non, répond Philippe Defeyt, économiste à l’Institut pour un développement durable. Depuis quelques années et pour quelque temps encore, 500.000 emplois au moins manquent en Belgique pour satisfaire à la demande. Le manque de travail est encore plus flagrant si l’on tient compte du nombre très important de personnes qui travaillent à temps partiel et qui, pour diverses raisons, souhaiteraient travailler plus. Dans les faits, on peut estimer que le taux de chômage réel est de 20%.

Ils gagnent plus que moi qui travaille !

Cette assertion est fortement nuancée par Philippe Defeyt. Certes, les pièges à l’emploi existent, dit-il en substance, mais ils ne concernent qu’une petite minorité des chômeurs.

L’état belge est trop généreux !

Faux, répond Thierry Bock, directeur du service de formation de la CSC. En Belgique, les montants des allocations sociales ne sont que rarement généreux. En fait, la plupart de ces allocations sont inférieures au seuil de pauvreté. Il pointe également le régime de dégressivité accrue des allocations de chômage en vigueur depuis le 30 octobre 2012. Plutôt que d’inciter les chômeurs à rechercher un emploi, dit-il, cette mesure précarise les populations les plus fragiles.

Les femmes profitent du chômage pour cocooner !

Non, répond Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB, qui rappelle que pas mal de secteurs ne proposent aux femmes que des emplois à temps partiel et que les compléments de chômage ne sont accordés qu’à un très petit nombre d’entre elles.

La campagne a été lancée hier et plusieurs activités sont prévues dans les mois à venir. Par ailleurs, les Equipes populaires et PAC publient douze témoignages recueillis par Laurence Delperdange avec des photos de Christophe Smets. Un superbe livre vendu au prix de 8 euros.

Tous les détails figurent sur le site www.tousdesglandeurs.be

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