UN BELGE A LA PRESIDENCE DE L’ONG DEFENSE DES ENFANTS-INTERNATIONAL

Benoît Van Keirsbilck a été élu à la présidence de DEI, un nouveau défi pour ce quadragénaire passionné qui, depuis le début de sa carrière, mène un combat sans relâche pour défendre les droits des jeunes et qui a fondé, en 1991, l’antenne belge de DEI.

Peu connue du grand public, DEI n’en joue pas moins un rôle déterminant depuis sa création en 1979, année internationale de l’enfance. Elle a collaboré étroitement à la rédaction de la Convention des droits de l’enfant et veille à présent à son respect dans les pays qui l’ont ratifiée, tous les pays du monde à deux exceptions près, les Etats-Unis et la Somalie. Depuis 2005, son action est centrée sur une problématique précise : le mineur et la justice, une justice adaptée aux enfants. Un vaste chantier, Benoît Van Keirsbilck en a conscience. « Il y a d

es mineurs qui commettent des infractions et qui doivent être être jugés comme des enfants et pas comme des adultes, puis il y a beaucoup d’autres situations où le mineur est confronté à la justice, comme témoin, comme victime ou dans des affaires administratives, familiales, etc... Le monde de la justice est intimidant, relativement complexe et il parle un langage que l’enfant ne comprend pas. Il y a donc un travail important à faire pour le sensibiliser aux besoins spécifiques des plus jeunes. »

Benoît Van Keirsbilck a été élu pour quatre ans et durant cette période, DEI se penchera tout particulièrement sur le sort des enfants détenus. Leur nombre est estimé à plus d’un million par l’Unicef. La plupart d’entre eux n’ont commis aucun délit ou alors des délits mineurs liés à leur subsistance voire à leur survie. Ils sont parfois très jeunes. « J’ai visité une prison en Ouganda, et là j’ai vu des enfants de quatre ans qui traînaient dans la cour, désoeuvrés, sans encadrement spécifique. On ne sait pas trop où sont leurs parents et on n’a pas les moyens, financiers et administratifs, de partir à leur recherche. » Plusieurs conventions internationales précisent pourtant que la détention d’enfants doit être une mesure de dernier ressort et qu’elle doit être aussi courte que possible. « Nous, on dit aux états, vous devez mettre en oeuvre les textes que vous avez ratifiés. On reconnaît que ce n’est pas facile et que cela ne pourra pas se faire du jour au lendemain. On sait aussi qu’il y a des solutions qui font plus de tort que de bien. Si demain, à Kinshasa, on ouvre les portes de la prison et on dit aux enfants de sortir, on va les jeter dans la rue et il deviendront éventuellement la proie de trafiquants. La sortie des enfants de prison doit donc être réfléchie et accompagnée. »

DEI se dit prête à mettre en place un certain nombre de programmes d’accompagnement, mais elle refuse de se substituer aux pouvoirs publics. Et quand on évoque les moyens financiers que cela implique pour les états, Benoît Van Keirsbilck répond : « Bien sûr, il faut des moyens financiers mais il faut souvent aussi réajuster les priorités nationales. Quand on analyse les budgets nationaux de certains pays et qu’on compare le pourcentage consacré à l ’éducation et au secteur social à celui réservé à l’armement à la sécurité, on voit des disparités gigantesques. »

Défense des enfants-International est présente dans 40 pays du monde et, en Belgique, elle a joué à plusieurs reprises un rôle déterminant. « Parmi les dossiers emblématiques qu’on a traités, il y a le fameux dossier Tabitha, du nom de cette fillette de cinq ans qui avait été renvoyée au Congo après avoir passé deux mois en centre fermé. Avec le service droits des jeunes, avec d’autres instances, on a été devant la Cour européenne des droits de l’homme et on a obtenu gain de cause. La Belgique a été condamnée et cela a eu comme conséquence, pas directement mais par la suite, des modifications de la loi. » D’autres actions en justice sont actuellement en cours. En fait, DEI-Belgique agit chaque fois que les droits des enfants sont menacés. « On agit pratiquement tous les ans devant la cour constitutionnelle contre des nouvelles législations qui posent problème par rapport aux droits de l’enfant. On l’a fait en matière de protection de la jeunesse, de mineurs non accompagnés, d’accès à la nationalité, d’accès à l’aide sociale... » 

On se souvient également du Tribunal d’opinion sur la détention d’enfants, organisé en janvier 2008 et qui a débouché sur une condamnation de la Belgique. Une initiative originale : outre un jury d’adultes, il y avait en effet un jury d’enfants de douze à dix-huit ans qui a fait un travail remarquable.

Durant les quatre années à venir, Benoît Van Keirsbilck cumulera les deux fonctions : la présidence de DEI-Belgique et la présidence du mouvement international. Du travail en perspective et une lutte sans merci pour être entendu. « Je ne vais pas être tout à fait pessimiste. J’ai l’impression qu’au niveau de la communauté internationale en tout cas, le discours droits de l’enfant est aujourd’hui globalement passé, mais le problème, et c’est un problème permanent, c’est la différence entre les discours d’une part et les actes et les réalités d’autre part, et c’est là-dessus qu’on doit insister. » 

Certes, les choses évoluent, mais lentement, beaucoup trop lentement.

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