UN FAUX DEFILE DE MODE INTERPELLANT

31 mai 2013

Un tapis rouge, des mannequins qui défilent en se déhanchant sur une musique endiablée, tout se passe comme dans un défilé traditionnel, sauf que les vêtements qu’ils portent sont brûlés ou en lambeaux. Une allusion directe aux tragédies récentes dans le secteur de la confection au Bangladesh. Le 24 novembre 2012, l’usine Tazreen prend feu : 112 travailleurs sont tués. Le 24 avril 2013, le Rana Plaza s’effondre : 1127 travailleurs perdent la vie, 1650 sont blessés.

La catastrophe du Rana Plaza, la pire qu’ait connue le Bangladesh, a horrifié des centaines de milliers de personnes dans le monde. Depuis, 38 marques et enseignes ont signé un accord juridiquement contraignant qui détaille tout ce qu’il faut faire pour améliorer la sécurité des usines : mettre en oeuvre une inspection crédible, indépendante et transparente, rendre obligatoires les réparations et rénovations inscrites dans les rapports d’inspection, garantir l’emploi et les revenus des travailleurs durant la période de fermeture des usines pour rénovation, former les travailleurs, cadres et direction aux normes de sécurité, créer des comités de sécurité et d’hygiène au sein de chaque usine, mettre en place un mécanisme de plainte qui garantit l’anonymat et la sécurité des travailleurs, etc. Les marques et enseignes s’engagent en outre à supporter le coût des travaux nécessaires et à mettre fin à leurs relations avec toute usine qui refuserait de les réaliser. Pour Carole Crabbé, d’achACT, c’est un accord capital. « Il va permettre d’améliorer les conditions de travail dans les usines des fournisseurs. C’est une étape importante entre les engagements volontaires à travers les codes de conduite qu’on a connus ces quinze dernières années et peut-être un jour une régulation internationale. Ce qui est important aussi, c’est qu’en cas de conflit entre les signataires, les marques et les syndicats, c’est la justice du pays d’origine de la marque qui doit s’en emparer. »

L’accord est donc un pas en avant majeur, mais il ne résout pas tous les problèmes, loin de là. Les marques doivent aussi indemniser les victimes. 54 millions d’euros sont nécessaires pour couvrir les dommages et les pertes de revenu des familles des travailleurs tués et blessés dans l’effondrement du Rana Plaza. « C’est un calcul qui est fait sur base d’un schémas d’indemnisation qui s’est développé avec les syndicats nationaux et internationaux depuis l’effondrement de l’usine Spectrum en 2005 au Bangladesh et qui tient compte de l’ensemble des victimes, de l’ensemble des dommages, de l’aide aux familles des travailleurs tués et des blessés qui doivent être réhabilités et qui seront peut-être en incapacité de travail toute leur vie. 48% des 54 millions d’euros requis sont à charge des clients internationaux, le reste doit être financé par tous les autres acteurs, le propriétaire de l’usine, la fédération des employeurs et le gouvernement. »

Le faux défilé de mode organisé ce midi à Bruxelles poursuivait un double but : exiger des marques clientes qu’elles versent leur quote-part et inviter les citoyens à les interpeller dans ce but.

Plus d’infos sur le site www.achact.be

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