UN MILLIARD DE PERSONNES DEBOUT CONTRE LA VIOLENCE

 

15 février 2013

On avait déjà dansé pour le climat. Hier, on a dansé contre la violence faite aux femmes, en Belgique comme dans d’autres pays du monde. L’appel « One Billion Rising » (un milliard se lève) avait été lancé par V-Day , un mouvement qui milite activement pour que cesse la violence envers les femmes et les filles. A Washington, les manifestantes en ont profité pour demander à la chambre des représentants, à majorité républicaine, de réactiver une loi sur la violence faite aux femmes que vient de voter le sénat, à majorité démocrate. A Rome, des centaines de personnes ont parcouru les rues en dansant. Parmi elles, Luca Cardin, un Romain de 34 ans qui a créé un site internet consacré aux relations entre les sexes. A Bruxelles aussi, l’appel a été entendu. Quelque 400 personnes, des femmes mais aussi des hommes, se sont trémoussés sur l’air de « Rise up, stand up ». Beaucoup arboraient un autocollant « Touche pas à ma pote ». Je ne sais pas si V-Day est parvenu à mobiliser un milliard de personnes mais ce que je sais, en revanche, c’est que ce nombre n’a pas été choisi au hasard : l’ONU estime en effet qu’une femme sur trois (soit, au total, un milliard de femmes dans le monde) est violée ou battue au cours de sa vie. Quant à la date retenue pour cette première manifestation de grande envergure, elle est hautement symbolique, comme l’explique Valentina Brogna, du Lobby européen des femmes. « Normalement, le 14 février, c’est le jour de l’amour. On voulait faire en sorte que ce jour évoque aussi le respect de la femme dans le couple et l’égalité entre les hommes et les femmes ».

Si l’on en croit les chiffres, on est encore loin du compte. Aux Etats-Unis, une femme est battue toutes les neuf secondes et en Europe, sept femmes meurent chaque jour de violences conjugales.

Au Lobby européen des femmes, Colette De Troy dirige l’Observatoire sur les violences envers les femmes, un observatoire qui regroupe des expertes d’une trentaine de pays. Elle connaît donc bien les efforts faits dans chacun d’entre eux pour lutter contre ce fléau. Pour elle, la Belgique peut mieux faire. Elle regrette notamment le manque de statistiques. « Si vous demandez le nombre de femmes qui meurent suite à la violence de leur mari ou de leur partenaire, par exemple, on ne peut pas vous répondre ! ». Elle reconnaît que les données sur le nombre de plaintes reçues s’améliore, mais elle déplore le manque de centres de ressources. « Il y a trop peu de centres d’accueil pour les femmes victimes de violences conjugales ou de viol. Certes, la législation n’est pas mauvaise, mais les moyens font cruellement défaut et il reste beaucoup à faire pour sensibiliser et former les magistrats, de même que le personnel médical ou social. Pour moi, il est essentiel de consacrer davantage de moyens à la lutte contre les violences faites aux femmes. Il faut aussi mettre davantage l’accent sur le fait que cette violence est liée à la question de l’égalité entre les femmes et les hommes et, dans ce domaine, la Belgique n’est pas en pointe non plus ! »

Pour Colette De Troy, la Belgique est au milieu du gué, loin derrière la Suède, le Danemark et l’Espagne, même si le gouvernement espagnol actuel a réduit de 20% les moyens attribués aux centres d’accueil pour les femmes victimes de violences. Elle estime également que l’Europe a un rôle important à jouer. « On réclame notamment un plan d’action européen et une année européenne consacrée à la violence envers les femmes et à son lien avec les inégalités. » Colette De Troy voudrait aussi que tous les pays de l’Union européenne ratifient la convention sur la violence du Conseil de l’Europe. « Elle n’est pas parfaite, mais telle quelle, elle représente un progrès, y compris pour la Belgique qui serait obligée de remonter ses standards ! »

Le 14 février a permis d’attirer l’attention sur une problématique qui reste cruciale partout dans le monde. Reste à espérer que ce ne sera pas un coup d’épée dans l’eau !

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