UN RAPPORT ALARMANT SUR L’ACCES AUX SOINS EN EUROPE

11 avril 2013

La crise sociale et économique a engendré des mesures d’austérité qui mettent à mal les régimes de protection sociale et qui entraînent une exclusion croissante de l’accès aux soins pour des populations déjà vulnérables, c’est le constat alarmant dressé par Médecins du Monde dans un rapport fondé sur des données recueillies auprès de 8.412 patients dans 14 villes de 7 pays européens.

Quelques chiffres :

. 28% des patients déclarent être en mauvaise ou en très mauvaise santé psychique et mentale. En Grèce, ce chiffre atteint près de 51%.

. 67% considèrent que leur état de santé est relativement mauvais.

. 49% ont un logement précaire, voire pas de logement du tout.

. 60% ne savent pas où aller pour être vaccinés.

. 20% ont été privés d’accès aux services de santé au cours des douze derniers mois. En Espagne, ce taux grimpe à 62%.

. 59% des femmes enceintes ne bénéficiaient pas d’un suivi prénatal et 10% des enfants n’étaient pas vaccinés.

. Plus de la moitié des personnes dont l’état le justifiait n’avait reçu aucun traitement avant de consulter Médecins du monde.

C’est le quatrième rapport publié par Médecins du Monde et il montre clairement que la situation s’est très nettement aggravée, comme le constate le docteur Michel Degueldre, président de Médecins du Monde Belgique. « Les choses ne vont pas dans la bonne direction. L’ Espagne, par exemple, a introduit des mesures légales extraordinairement restrictives et ce pays que nous considérions comme en avance sur les autres pays de l’Union européenne pour l’accès aux soins a complètement régressé. Je ne sais pas si l’excuse de la situation économique est suffisante pour l’expliquer. » Résultat : le coût d’une chimiothérapie est passé de 60 à 1.600 euros par mois, un montant impossible à assumer pour la majorité des malades.

Autre fait relevé dans le rapport : le nombre de patients européens pauvres augmente sensiblement. « Un tiers des femmes enceintes que nous avons accueillies et suivies venaient de l’Union européenne. Quand elles quittent leur pays, elles n’ont plus de couverture et c’est inquiétant. Il y a la libre circulation des marchandises partout en Europe mais, quand les humains se déplacent, c’est fini, ils perdent tous leurs droits. C’est un véritable échec de la politique européenne. »

Pour la première fois, Médecins du monde établit un lien entre la crise et la montée de la xénophobie. « Elle s’est marquée essentiellement dans les pays du sud et particulièrement en Grèce. Dans plusieurs cliniques d’Athènes et du Pirée, des patients ont été attaqués par des groupes extrémistes et certains de nos bénévoles se sont retrouvés à l’hôpital, uniquement parce qu’ils les traitaient. » L’ONG tient à remettre les pendules à l’heure : les migrants ne sont pas des touristes sanitaires, la grosse majorité d’entre eux étaient en bonne santé quand ils ont quitté leur pays d’origine. 1,6% seulement des personnes interrogées disent avoir migré pour des raisons de santé. En revanche, 43% invoquent la survie économique.

Médecins du monde plaide pour le maintien d’une couverture de santé universelle en Europe et réclame la gratuité d’accès aux soins pour les personnes vivant sous le seuil de pauvreté et pour tous les mineurs, de même qu’un accès universel à la vaccination et aux soins pré et postnatals. Elle lance un appel aux décideurs européens pour qu’ils appliquent des politiques de santé plus humaines. «  L’une des raisons pour lesquelles nous sortons ce rapport, c’est pour aider les gens à être informés et à prendre la bonnes décisions. » Reste à espérer que cet appel sera entendu.

Pour en savoir plus :

www.medecinsdumonde.be