UN RESTO DU COEUR ALLECHANT : CELUI DE LAEKEN

19 janvier 2013

Le vendredi 18 janvier à 11 heures 30, je pousse la porte du resto du coeur de Laeken et je suis frappée d’emblée par la bonne odeur de cuisine qui s’en dégage. Rien à voir avec les relents de graillon qui émanent de certaines cantines ! Dans la cuisine ouverte sur une salle très claire, les marmitons mettent la dernière main au repas de ce midi. Au menu : du potage, un filet de poisson meunière arrosé de beurre citronné, une bouquetière de légumes, des pommes à la ciboulette et un dessert. Plusieurs personnes sont déjà attablées. Parmi elles, pas mal de retraités. Certains viennent ici depuis longtemps et leur avis est unanime, on y mange très bien. « Si je n’avais pas cela, je ne sais pas ce que je ferais, explique Nicole, mon mari a une toute petite pension et moi, je suis à sa charge. » « C’est bon et c’est dans mes prix, ajoute Anne-Marie, je n’ai pas les moyens d’aller dans un vrai restaurant . » Anne-Marie a 80 ans. Elle dispose aujourd’hui d’une pension d’environ 1.100 euros par mois et son loyer s’élève à 400 euros. « Comme je le dis souvent, ma pension est trop grande pour mourir de faim et trop petite pour bien vivre ! »

Frank Duval est responsable du resto du coeur de Laeken depuis dix ans et en dix ans, dit-il, la population qui fréquente le restaurant a évolué. Il y a certes quelques SDF, mais c’est loin d’être la majorité. « Le nombre de travailleurs pauvres augmente et notamment le nombre de familles mono parentales. Il y a aussi ceux que j’appelle les bons petits soldats. Ils ont eu une carrière complète mais leur pension ne suffit plus à faire face aux besoins primaires. Leur nombre a explosé et cela devient très inquiétant. Pour l’immense majorité des gens qui fréquentent notre resto, notre fonction devient tout à fait essentielle. » Frank insiste sur le fait que le resto du coeur n’est pas une soupe populaire. Certes, le prix d’un repas reste modique : entre 1 euro 50 et 6 euros selon les revenus, mais chacun paie, la dignité des clients en dépend. Frank déclare également qu’il ne souhaite qu’une chose : que les restos du coeur n’aient plus de raison d’être, tout en reconnaissant que c’est une utopie. « J’ai tendance à dire, mais c’est une boutade affreuse, que j’ai choisi un métier d’avenir ! On ne devrait pas rire avec ces choses-là, mais c’est une réalité. » Et de fait, le nombre de repas a augmenté de 27% en 2012 par rapport à 2011.

Dans la salle, des groupes se forment, on se salue, on s’embrasse, on papote : au fil des années, des liens se sont créés. « Moi, je viens pour ainsi dire tous les jours, on se met toujours à la même table et on discute de choses et d’autres. C’est important ». Beaucoup d’autres soulignent également le rôle social que joue le resto du coeur. « Je viens parce que j’ai des connaissances qui viennent aussi. C’est mieux de voir des gens, ça permet de s’habiller et de sortir. » Annie relève ce point bien avant d’évoquer ses revenus qui sont pourtant modestes : 1.200 euros de pension et 530 euros de loyer par mois. Jacques, en revanche, avoue que les contacts ne l’intéressent pas. « Dès que j’ai fini de manger, je m’en vais ! »

En Belgique, aucun des restos du coeur n’est directement subsidié, mais celui de Laeken est soutenu par le CPAS de Bruxelles-Ville qui lui a confié une mission de formation. Dix Bruxellois engagés dans un projet de réinsertion professionnelle apprennent ici un métier sous la houlette de Virginie Ernotte et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont en de bonnes mains. Elle est diplômée de l’école hôtelière de Namur, elle a choisi la cuisine de collectivité pour pouvoir concilier sa vie de famille avec un métier qu’elle adore et elle est formatrice au resto du coeur de Laeken depuis un an. « C’était une demande personnelle. J’adore le social et je trouve que c’est une action très positive et très enrichissante. Mon équipe est multiculturelle, chacun apporte sa touche et j’apprends beaucoup d’eux. » Elle précise également qu’elle entretient d’excellents rapports avec ses clients et qu’elle s’est attachée à plusieurs d’entre eux. D’après les échos que j’ai pu recueillir, c’est largement réciproque !

Pour en savoir plus, consultez le site des restos du coeur : www.restosducoeur.be

Par ailleurs, l’ASBL Tour du coeur belge a réalisé un single intitulé « Notre liberté ». Il est disponible sur iTunes pour 1 euro 29.

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