UN SALON DIFFERENT DES AUTRES

27 mars 2014

« Sexualité et handicap : un salon pour faire avancer les mentalités » , c’est le titre choisi par les organisateurs pour cette manifestation qui s’est tenue récemment à Bruxelles. Au programme, des stands d’information présentant les activités de plusieurs associations bruxelloises actives dans le domaine de la vie affective et sexuelle des personnes handicapées, mais pas uniquement, comme l’explique Noémie Schonker, responsable du service Citoyenneté de la Fédération laïque de centres de planning familial. «  On est très content d’avoir un stand de la Plate-forme prévention sida. Quand on a pris contact avec elle, elle a dû réfléchir à la manière d’adapter ses outils d’animation à ce public-là. Il y a aussi l’association Tels Quels qui n’avait jamais abordé la question du handicap, même si elle en avait envie. » Le salon proposait aussi des ateliers parmi lesquels un « speed dating », histoire d’aborder l’épineuse question des lieux de rencontre en dehors de l’institution, et un atelier radio animé par radio campus. Les apprentis journalistes, tous handicapés, ont d’ailleurs couvert l’événement et leur reportage sera diffusé prochainement. Parmi les autres points forts, des débats au cours desquels les personnes handicapées ont eu l’occasion de faire part de leur expérience et de raconter les difficultés auxquelles elles sont parfois confrontées : limite du nombre de rencontres avec leur partenaire, voire interdiction pure et simple : des témoignages aussi dignes qu’émouvants et qui prouvent qu’il reste beaucoup à faire pour que les personnes handicapées puissent s’épanouir affectivement et sexuellement. Malgré les progrès réalisés, le tabou n’est pas encore totalement levé, loin de là.

En Belgique, tout commence au début des années 2000. « En fait, cela correspondait aussi à un souci de santé publique, précise Fabienne Cornet, responsable du centre de ressources Sexualité et Handicap de la Fédération laïque de centres de planning familial. L’AWIPH et le service Phare avaient été interpellés par des centres de référence sida. Ils voyaient arriver des personnes handicapées contaminées qui vivaient dans des endroits où la sexualité était interdite. Or, toute sexualité interdite est clandestine et donc à risque. » Pendant plus de deux ans, de nombreux professionnels de terrain (médecins, services de prévention, associations de personnes handicapées, services d’accueil et d’hébergement, services de promotion de la santé) se sont réunis pour plancher sur la question. Leur travail a débouché sur une « Charte pour agir » qui aborde à la fois les aspects juridiques et pratiques liés à la sexualité des personnes handicapées et qui leur reconnaît donc ce droit. « Les personnes handicapées ne sont pas des anges asexués, s’exclame Pascale Biot, psychologue, elle-même atteinte d’une infirmité motrice cérébrale. Elles ont le droit d’avoir une vie sexuelle et affective, personne ne peut leur interdire, mais il faut essayer de comprendre exactement ce qu’elles veulent. Pour certains, ce sont des petits bisous, il y en a qui cherchent de la compagnie et du partage, d’autres qui souhaitent de vraies relations. Mon rôle, c’est de les aider à voir plus clair. » Bref, favoriser l’ accès des personnes handicapées à la sexualité est complexe et dépasse en tout cas la question de l’assistance sexuelle, même si celle-ci est parfois une réponse. « Il ne faudrait surtout pas qu’elle occulte d’autres freins, comme le travail que l’opinion publique, les familles et les professionnels ont à faire pour écouter la demande de la personne et essayer de trouver avec elle la solution adéquate », ajoute Fabienne Cornet.

Pour les parents, la question reste difficile à aborder. La preuve, un seul d’entre eux a accepté de participer au débat prévu dans le cadre du salon. Il faut dire que ce n’est pas le seul problème auquel ils sont confrontés et qu’ils doivent endosser un rôle qu’en principe, ils ne devraient pas jouer. En outre, ce n’est pas facile pour eux de se projeter dans la vie affective et amoureuse de leur enfant et pour en parler sereinement, le cheminement est long. « Souvent, la famille a renoncé à l’espoir que son enfant handicapé ait une vie affective pour le protéger des déceptions, remarque Fabienne Cornet. Elle a peur de lui donner de faux espoirs en s’intéressant à cela. » Un réflexe de protection auquel s’ajoute la question de la parentalité. Quant aux institutions, elles ne sont pas toutes sensibilisées ou équipées pour permettre à leurs résidents de s’épanouir dans une relation affective.

L’intérêt de ce salon, c’est qu’il a permis d’aborder sous des angles multiples les questions liées à la vie amoureuse, affective et sexuelle des personnes handicapées et à voir le nombre de personnes, handicapées ou non, qui l’ont visité (plus de 400) , il répondait à un réel besoin.

Pour en savoir plus :

www.planningfamilial.net

http://phare.irisnet.be

www.awiph.be

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