UNE ETUDE INTERPELLANTE

21 février 2013

Titre de cette étude réalisée par Handicap International : « Violence armée et handicap : l’histoire indicible ». Elle est basée sur une enquête menée dans quatre villes ou provinces particulièrement touchées par ce fléau : Medellin en Colombie, Port-au-Prince en Haïti, Karamoja en Ouganda et Peshawar au Pakistan. Pour tenter de comprendre le lien entre la violence armée et le handicap, Handicap International a collecté des données auprès des forces de police et des hôpitaux et a interrogé 900 personnes parmi lesquelles 713 survivants de la violence armée.

Premier constat : plus de huit survivants sur dix vivent aujourd’hui avec un handicap sévère (paralysie, perte d’un membre, blessure à la moelle épinière, etc.). Elles doivent affronter un défi énorme : s’adapter à un environnement déjà précaire. Selon Rashmi Thapa, auteure de l’étude, « la situation sociale et économique des victimes est fortement affectée. La majorité d’entre elles ne peuvent plus travailler et le coût des soins devient un véritable fardeau. C’est particulièrement grave pour celles qui ont une famille à charge. On note également que la plupart des personnes interrogées ont bénéficié de soins juste après l’accident mais pas d’une revalidation à plus long terme. Sans parler du soutien psychologique ou économique souvent inexistant. »

Second constat : les informations sont rarissimes. Il y a un manque criant d’analyses et de collectes de données systématiques, autant de limites qui doivent être dépassées, souligne Handicap International. Pour pouvoir améliorer l’accompagnement des victimes, il faut d’urgence identifier correctement les problèmes et par là même les solutions à apporter, dit aussi l’ONG.

Développer la recherche pour que la communauté internationale puisse mesurer l’impact de la violence armée, c’est un des points de la Déclaration de Genève sur la violence armée et le développement. Les pays qui l’ont signée se sont engagés à prévenir et à réduire la violence armée, à évaluer les programmes mis sur pied dans ce but, à soutenir les projets de mesure des coûts humains, sociaux et économiques engendrés par cette violence, à surveiller le phénomène pour comprendre les risques et pour pouvoir y répondre et à partager les bonnes pratiques. Des objectifs à atteindre en 2015, tout comme les Objectifs du développement et ce n’est pas par hasard. La Déclaration de Genève reconnaît en effet que la violence armée entrave la réalisation de ces objectifs. Comme le souligne Virginie Moreau, chercheure au GRIP, « ce lien n’était pourtant pas si explicite dans les OMD, adoptés en 2000. » Elle insiste également sur le fait que « les armes légères et de petit calibre ainsi que leurs munitions (...) sont bien sûr visées par cette déclaration. » Elle rappelle qu’en octobre 2011, lors de la deuxième conférence de révision de la Déclaration, les états se sont félicités des progrès accomplis dans la compréhension des liens entre la violence armée et le développement. « Si cet aspect est essentiel pour une réponse appropriée à la violence armée, les états ne doivent pas oublier qu’ils disposent déjà de certains outils pour faire face au problème. Ils ont en effet pris des engagements en terme de lutte contre le commerce illicite des armes légères. » Virginie Moreau cite notamment le Programme d’action des Nations Unies en vue de prévenir, combattre et éliminer le commerce illicite des armes légères et de petit calibre, le Protocole des Nations Unies sur les armes à feu et l’Instrument international de traçage des armes légères.

La note de Virginie Moreau date du premier décembre 2011, six mois avant l’échec des négociations sur la mise en place du premier traité régulant le commerce des armes conventionnelles. Il n’y a pas eu d’accord parce qu’en dernière minute, les Etats-Unis et la Russie ont demandé un délai supplémentaire, suivis par plusieurs autres pays, la Chine, l’Indonésie et l’Egypte notamment. Des pays qui n’adhèrent pas non plus à la Déclaration de Genève sur la violence armée et le développement. Les ravages occasionnés par la violence armée sont pourtant énormes. On estime en effet qu’elle est responsable de 526.000 décès chaque année et contrairement à ce qu’on pourrait croire, la majorité des victimes vivaient dans des pays qui ne sont pas touchés par un conflit armé.

 

Sites internet à visiter :

www.handicapinternational.be

www.grip.org

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