UNE MANIFESTATION DEVANT L’AMBASSADE DE COLOMBIE

25 janvier 2014

Hier, une petite trentaine d’avocats en robe brandissaient devant l’ambassade de Colombie à Bruxelles des photos d’avocats qui ont perdu la vie dans le cadre de l’exercice de leur fonction. Selon l’Association des avocats européens démocrates (A.E.D.), plus de quatre cents avocats auraient été tués en Colombie depuis 1991, soit, en moyenne, un par mois. Certes, c’est peu par rapport aux dizaines de milliers de civils tués ou disparus au cours des dix dernières années, mais ces décès n’en sont pas moins révoltants. « Les avocats sont les porte-parole de ceux qu’ils défendent, déclare Frédéric Ureel, président de l’A.E.D. Bien souvent, ce sont des opposants, mais aussi des gens sans terre ou des gens qui revendiquent des droits primaires comme le logement ou le travail et, par leurs revendications, ils sont perçus comme tentant de déstabiliser le régime en place. Les avocats qui prennent leur défense sont assimilés à leurs clients. » Les pouvoirs publics ne prennent aucune mesure pour assurer leur sécurité, les crimes restent impunis et les causes ne sont pas élucidées, faute d’enquêtes sérieuses. « Les problèmes commencent lorsque nous défendons des personnes emprisonnées pour des délits politiques ou des délits d’opinion, précise Lucas Andres Restrepo, avocat colombien spécialisé dans la défense des droits de l’homme. Nous sommes immédiatement l’objet de menaces, de pressions ou d’intimidations des organismes de sécurité. Nous sommes accusés d’être le front politique de la guérilla. Mais nos problèmes ne se limitent pas à la défense des prisonniers politiques. » En 2013, par exemple, Fabio Molina Velasquez et Manuel Garzon ont perdu la vie pour avoir défendu des victimes d’expulsion et de déplacements forcés.

La manifestation s’est déroulée dans le cadre de la journée internationale de l’avocat menacé. Elle a reçu le soutien de la FIDH et d’Amnesty international qui dénoncent depuis longtemps déjà les violations des droits de l’homme en Colombie. Certes, les premiers pourparlers de paix officiels entre le gouvernement et les FARC ont démarré en octobre 2013, mais l’établissement d’une paix durable paraîtra toujours hypothétique tant que les deux parties n’auront pas pris d’engagement vérifiable en faveur d’un arrêt des atteintes aux droits humains et tant que les autorités n’auront pas fait preuve de leur volonté de traduire en justice les auteurs présumés des crimes commis, déclare Amnesty dans son dernier rapport. Et de s’inquiéter notamment du vote d’une loi qui accorde à la justice militaire un droit de regard renforcé concernant les atteintes aux droits humains.

La journée internationale de l’avocat menacé a été créée en 2010 à l’initiative de l’A.E.D. La date a été choisie en souvenir du massacre d’Atocha à Madrid où un commando néo-fasciste a assassiné cinq avocats et en a blessé grièvement quatre autres. C’était le 24 janvier 1977. Trois autres manifestations ont déjà eu lieu, en soutien aux avocats iraniens, turcs et basques. 

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