UNE MANIFESTATION HAUTEMENT SYMBOLIQUE

15 novembre 2013

Ce matin à dix heures, les grilles de l’Institut des Ursulines à Molenbeek sont fermées. Dans la cour, des professeurs masculins font la classe aux garçons. Les enseignantes et les jeunes filles restent dans la rue : elles n’ont pas le droit d’entrer. Une action de solidarité avec une des élèves, Anmetkwor, une Afghane d’origine sikh de 18 ans qui risque d’être expulsée de Belgique. Sa famille a déjà reçu deux avis d’expulsion, l’un en mai et le second, en septembre. Parfaitement intégrée dans notre pays, Anmetkwor parle aujourd’hui un français impeccable. Visiblement émue, elle évoque les treize ans qu’elle a passés en Afghanistan. « Quand j’étais là-bas, je restais toujours cachée dans ma chambre, je ne voyais pas la vie dehors. Je ne savais même pas si c’était le jour ou la nuit. Si j’y retourne, je n’aurai pas une éducation comme ici et je n’aurais pas des amis comme ici. Je veux rester en Belgique. » Dans la rue, les slogans fusent. « Amnetkwor, avec nous ! L’enseignement pour les filles aussi ! » Mais les garçons comme les filles sont solidaires. Faycan, Mourad, Anthony, Christel, Anaïs, Ouaffaa, Zaumab et les autres revendiquent le droit à l’éducation. «  On se mobilise pour qu’Anmetkwor puisse rester avec nous, pour qu’elle puisse continuer ses études et travailler plus tard. C’est dommage que les filles ne puissent pas aller à l’école parce les droits de l’enfant, cela existe ! On veut faire comprendre aux gens qu’il faut faire quelque chose. Il est temps que la Belgique ouvre ses portes pour les jeunes qui ne peuvent pas faire d’études dans leur pays. » Ils l’ont clamé haut et fort ce matin. Reste à espérer que leur message sera entendu, mais rien n’est moins sûr. Récemment, en effet, le premier ministre, Elio Di Rupo, a soutenu bec et ongles la politique menée par la secrétaire d’état à l’asile, Maggie De Block.

L’action menée par l’Institut des Ursulines s’inscrit dans le cadre d’une semaine de solidarité et d’actions avec les Afghans soutenue par plus de cinquante associations. Car le cas d’Anmetkwor est loin d’être unique. Malgré l’insécurité qui touche la grande majorité de la population afghane, les instances d’asile belges refusent d’accorder la protection internationale à 44% des Afghans présents en Belgique, dont des jeunes hommes et des familles avec enfants. Des catégories pourtant considérées par le HCR comme étant en danger dans leur pays. Certes, l’administration n’expulse pas les familles pour l’instant mais elle ne leur accorde aucun titre de séjour et conditionne leur accueil à l’acceptation d’un retour en Afghanistan, un retour qu’on sait pourtant risqué. Les associations demandent donc au gouvernement d’adopter un positionnement clair, alimenté par l’avis d’experts indépendants et débattu démocratiquement, concernant la situation sécuritaire en Afghanistan, en tenant compte du retrait des troupes internationales en 2014. Elles lui demandent aussi de mettre en place un moratoire sur toutes les expulsions vers l’Afghanistan, tant que la Belgique n’aura pas défini une position claire et argumentée de la situation sur place, et d’accorder un titre de séjour aux personnes et familles afghanes qui n’ont pas obtenu une protection, aussi longtemps que durera ce moratoire. « Le gouvernement pourrait très bien trouver une solution pour ces familles, précise le délégué général aux droits de l’enfant, Bernard De Vos, qui était présent ce matin à Molenbeek. Il s’agit de trois ou quatre cents personnes qui sont ici depuis plusieurs années, qui sont intégrées, dont les enfants sont scolarisés et dont les parents bon an, mal an ont trouvé des solutions pour survivre, sans demander quoi que ce soit. De toutes façons, ils n’y ont pas droit ! » Et de qualifier cette situation d’incroyable.

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