Octobre 2015 - Le poème du mois, par Andrée Chédid

LA SOUCHE DE DEMAIN

C’était en plein midi.

Le soleil fleurissait sur un camp comme sur l’autre
quand cet homme sans frontières
se fit abattre sur la ligne de démarcation

Ce fut en temps de paix
que cette fille quitta les maisons d’abondance
pour la table du pain rassis
les ornières de l’exil
le campement des humiliés

Au village ce vieillard
ensemença le champ
de l’ennemi provisoire

qu’il savait son ami

Cette femme arrête le bras vengeur d’un fils
Celui-ci donne asile aux pourchassés
L’autre abrite de son corps le corps d’un otage
Sous l’étau des peurs celle-là panse les blessés

Après le carnage de sa ville
ce prêtre écrivait :
« Nous n’avons rancune envers personne
la cause de toute victime restera la nôtre »

Après la destruction de sa bourgade
ce cheikh écrivait :
« Nous continuons de penser
que nous demeurons frères »

C’était en plein combat

Soudain les foules en lutte
se joignent au même refus
Déchirant les pièces d’identité
qui scellent leurs différences,
ils se déclarent :
semblables et réunis

Vous êtes ma seule famille
adversaire de la haine !
Partisans des victimes
en tous lieux menacés !

Mais quelles sont vos armes
en ce monde en armes ?
En ce monde de cloisons
quel est votre sentier ?

Pourtant vos voix porteront semence.

Votre chemin surgira
d’entre les sols pilonnés

Acharnés d’espérance,
parmi les herbes de la fureur,
vous êtes la souche de demain.

Andrée Chédid, « Cérémonial de la violence », in Poèmes, Paris, Flammarion, p. 488-491.

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