Un piège politique, par Robert Badinter, Libération du 7 janvier et Le Figaro du

Robert Badinter, ancien ministre socialiste de la Justice, réagit à l’attaque contre « Charlie Hebdo ». Libération, 7 janvier 2015

« Devant un tel crime, préparé et exécuté de sang-froid, c’est d’abord aux victimes que pense chacun d’entre nous. Policiers assumant le risque quotidien auquel les expose leur devoir, journalistes réunis pour accomplir leur mission d’information, sans laquelle la démocratie serait étouffée. Ces journalistes-là sont morts pour nous, pour nos libertés qu’ils ont toujours défendues. Sachons nous en souvenir. L’émotion nous saisit aussi à la pensée de leurs familles, de leurs proches, que le crime frappe au cœur par ricochet et qui vivront désormais comme des invalides, amputés de l’être humain qui était une part d’eux-mêmes.

« Au-delà du chagrin et de la pitié s’inscrit le devoir de justice. Nous sommes assurés que les pouvoirs publics mettront tout en œuvre pour identifier et arrêter les auteurs de ces crimes. A la justice de décider de leur sort, en toute indépendance et dans le respect de l’Etat de Droit. Ce n’est pas par des lois et des juridictions d’exception qu’on défend la liberté contre ses ennemis. Ce serait là un piège que l’histoire a déjà tendu aux démocraties. Celles qui y ont cédé n’ont rien gagné en efficacité répressive, mais beaucoup perdu en termes de liberté et parfois d’honneur.

« Enfin, pensons aussi en cette heure d’épreuve au piège politique que nous tendent les terroristes. Ceux qui crient "allahou akbar" au moment de tuer d’autres hommes, ceux-là trahissent par fanatisme l’idéal religieux dont ils se réclament. Ils espèrent aussi que la colère et l’indignation qui emportent la nation trouvera chez certains son expression dans un rejet et une hostilité à l’égard de tous les musulmans de France. Ainsi se creuserait le fossé qu’ils rêvent d’ouvrir entre les musulmans et les autres citoyens. Allumer la haine entre les Français, susciter par le crime la violence intercommunautaire, voilà leur dessein, au-delà de la pulsion de mort qui entraîne ces fanatiques qui tuent en invoquant Dieu. Refusons ce qui serait leur victoire. Et gardons-nous des amalgames injustes et des passions fratricides. »

Laure Bretton, Libération, 7 janvier 2015

Alors que le rétablissement de la peine de mort ressurgit dans le débat public, l’ancien ministre de la Justice met en garde contre toute volonté de modifier la loi après le drame de Charlie Hebdo. Le Figaro, 8 janvier 2015

Au lendemain de la tuerie qui a été perpétrée dans les locaux de Charlie Hebdo, Marine Le Pen a réaffirmé ce jeudi sur France 2 son souhait de proposer par référendum aux Français le rétablissement de la peine de mort. L’un des principaux artisans de l’abolition de la peine capitale, l’ancien Garde des sceaux Robert Badinter, anticipe ce jeudi dans les colonnes de Libération cette tentation de traduire politiquement dans la loi l’émotion soulevée par le drame. « Ce n’est pas par des lois et des juridictions d’exception qu’on défend la liberté contre ses ennemis. Ce serait là un piège que l’histoire a déjà tendu aux démocraties. Celles qui y ont cédé n’ont rien gagné en efficacité répressive, mais beaucoup perdu en termes de liberté et parfois d’honneur ».

« L’émotion nous saisit (…) Au-delà du chagrin et de la pitié s’inscrit le devoir de justice », écrit le ministre de la justice de François Mitterrand. Selon lui, les terroristes islamistes nourrissent un objectif commun avec ceux qui rejettent l’islam en général : « Pensons aussi en cette heure d’épreuve au piège politique que nous tendent les terroristes (…) Ils espèrent aussi que la colère et l’indignation qui emportent la nation trouvera chez certains son expression dans un rejet et une hostilité à l’égard de tous les musulmans de France. Ainsi se creuserait le fossé qu’ils rêvent d’ouvrir entre les musulmans et les autres citoyens ».

Et l’ancien sénateur des Hauts-de-Seine d’appeler citoyens et politiques à la clairvoyance face au drame : « Allumer la haine entre les Français, susciter par le crime la violence intercommunautaire, voilà leur dessein, au-delà de la pulsion de mort qui entraîne ces fanatiques qui tuent en invoquant Dieu. Refusons ce qui serait leur victoire. Et gardons-nous des amalgames injustes et des passions fratricides. »

La tentation de modifier la loi pour rétablir la peine de mort, et répondre ainsi à la menace djihadiste, avait déjà été exprimée par Jean-Marie Le Pen en novembre dernier. Alors que l’identité de Maxime Auchard, l’un des bourreaux de l’État islamique, avait été révélée, le président d’honneur du FN avait plaidé dans son journal de bord pour le retour de la guillotine. « Une manière plus propre de couper la tête », selon lui. Une position qui avait alors été reprise par plusieurs cadres de son parti.

Les Verbatims, Marc de Boni, Le Figaro, 8 janvier 2015

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