10 faits que Twitter doit connaître sur les violences en ligne à l’égard des femmes Par Azmina Dhrodia, chercheuse chez Amnesty International

Les femmes vivent parfois des expériences effrayantes sur Twitter. D’après les recherches d’Amnesty International, les utilisatrices de la plateforme sont fréquemment la cible de violences sexistes, racistes et homophobes, et n’ont pas le sentiment d’être soutenues par Twitter.

En mars, le directeur général de Twitter, Jack Dorsey, a lancé un appel à l’aide pour assainir la plateforme et a affirmé « soutenir les femmes à travers le monde pour qu’elles se fassent entendre. » Faire entendre les voix des femmes étant également notre souhait, puisque Jack Dorsey est enfin prêt à les écouter, voici 10 faits que Twitter devrait connaître.

  • 1. Les violences en ligne peuvent être vraiment terrifiantes – les femmes vont jusqu’à craindre pour leur sécurité physique.

Laura Bates, fondatrice du site Everyday Sexism Project : « Il m’a été difficile au départ de ne pas avoir peur pour ma sécurité. L’impact psychologique lorsque vous lisez les pensées très crues d’une personne qui parle de vous violer et de vous assassiner n’est pas nécessairement reconnu. Vous pouvez être chez vous, assise dans votre salon, en dehors des horaires de travail, quand soudain vous recevez des menaces de viol d’une violence inouïe directement dans le creux de votre main. »

  • 2. Les violences ciblent souvent des facettes précises de l’identité des femmes. Les femmes de couleur, les lesbiennes, bisexuelles ou transgenres, les femmes souffrant de handicaps subissent des violences spécifiques.

Miski Noor, militante américaine : « Il y a des gens qui s’en prennent toujours à d’autres personnes parce qu’elles sont migrantes, homosexuelles, transgenres, musulmanes ou handicapées. Ils savent que nous avons telle ou telle caractéristique et s’efforcent activement de nous détruire. »

  • 3. Les femmes qui « font entendre leur voix » sur Twitter deviennent souvent la cible de violences.

Nosheen Iqbal, journaliste britannique : « Sur Twitter, je reçois en général des messages violents une fois que j’ai posté des articles. Exprimer une opinion ou une conviction vous vaut de devenir une cible de choix. »

  • 4. L’impact psychologique des violences en ligne peut s’avérer dévastateur.

Zoe Quinn, développeuse de jeux : « Tous les aspects de ma vie ont été impactés par les violences. Les gens [en ligne] m’incitaient de manière appuyée à me suicider. Mon partenaire de l’époque ne me quittait pas pendant plus de quelques heures. Durant les premiers jours, je ne pouvais plus manger, dormir ni boire. La seule chose que je pouvais faire, c’était regarder tout s’effondrer autour de moi. J’ai toujours du mal à nouer des liens proches avec de nouvelles personnes [après avoir enduré ça]. »

  • 5. Les femmes dans la sphère publique s’inquiètent de savoir quel message cela renvoie aux jeunes filles lorsqu’elles voient des femmes de pouvoir subir des violences en toute impunité.

Nicola Sturgeon, Premier ministre d’Écosse : «  Ce qui me met en colère lorsque je lis ce type de messages violents à mon sujet, c’est que je redoute que cela ne détourne de la politique la génération suivante de jeunes femmes. Alors, je ressens la responsabilité de contrer ces violences, pas seulement pour moi, mais pour les jeunes femmes qui regardent ce que les gens disent de moi et pensent : « Pour rien au monde, je n’aimerais être à sa place.  »

  • 6. Les violences en ligne ont de lourdes conséquences sur la liberté d’expression. Les femmes censurent ce sur quoi elles postent.

Diane Abbott, femme politique britannique : «  [Les violences en ligne] n’ont rien à voir avec la liberté d’expression, au contraire elles limitent la liberté de parole de chacun. D’après mon expérience, beaucoup de femmes, et beaucoup de femmes de couleur, ne participent pas sur Internet comme elles le voudraient, tant elles sont rebutées par le déferlement de violences que cela déclenche ».

  • 7. Les femmes peuvent subir un flux constant et rapide de violences sur Twitter

Jessica Valenti, journaliste américaine : « [Les violences sur Twitter sont un flux constant. Elles se traduisent aussi bien par un climat général malveillant que par des insultes (« connasse », « sale pute », « salope »). Elles peuvent aussi prendre la forme de harcèlement plus ciblé ou de menaces plus directes – qui ont déjà visé ma fille. Mon adresse a été diffusée, de même que mes données fiscales et mon numéro de téléphone. »

  • 8. Twitter semble interpréter ses règles de manière aléatoire et, parfois, s’abstient de toute réaction face à des violences.

Laura Bates : « Lorsque j’ai signalé des comptes à Twitter, j’ai constaté un écart au niveau de la sécurité sur la manière dont les conditions d’utilisation – formulées en termes très vagues – sont interprétées. Lorsque j’ai signalé des faits à Twitter, cela s’est très rarement traduit par une quelconque suspension. »

  • 9. Les femmes veulent utiliser Twitter. C’est moins facile que de se déconnecter.

Imani Gandy, militante américaine : « Je trouve que c’est une très bonne plateforme pour ceux qui n’ont habituellement pas voix au chapitre dans le processus politique. Je parle surtout des jeunes de couleur, ce n’est pas pour rien que le Black Twitter existe. C’est vraiment formidable que des personnes noires puissent se regrouper et aller vers d’autres personnes noires à travers le pays. Qu’il s’agisse d’évoquer le dernier épisode de Scandal ou le mouvement Black Lives Matter, Twitter est devenu un puissant outil d’organisation.  »

  • 10. Twitter doit agir maintenant.

Miski Noor : « Twitter doit assumer ses responsabilités et respecter ses valeurs. J’en ai assez des entreprises de technologie et de réseaux sociaux qui pensent qu’elles n’ont pas à honorer leurs valeurs. Si Twitter accorde de l’importance aux femmes et tient à notre sécurité, alors elle doit développer et adopter des pratiques et les appliquer de façon concrète pour nous protéger. »

Chacun devrait pouvoir s’exprimer en ligne sans avoir peur. C’est pourquoi Amnesty International soumet à Twitter une liste de recommandations afin que la plateforme devienne un endroit plus sûr pour les femmes.

Lisez le rapport ici :

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