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Bodo, Nigeria : « J’étais tellement content que Shell accepte de payer »

La compagnie pétrolière Shell a récemment dû indemniser la population de Bodo (Nigeria) à hauteur de 55 millions de livres sterling pour deux déversements massifs d’hydrocarbures aux conséquences dévastatrices pour les habitants. L’un d’eux est Christian Lekoya Kpandei. Ce pisciculteur de 53 ans qui a toujours vécu à Bodo est aussi pasteur d’une paroisse de 300 âmes. Il évoque l’impact de cette procédure hors du commun sur la vie des gens.

Qu’avez-vous ressenti lorsque l’accord a été conclu avec Shell ?

Une joie indicible ! J’étais tellement content que Shell accepte de payer, c’est une première depuis plus de 50 ans que des compagnies pétrolières sont présentes dans le delta du Niger. C’est un événement historique. Les jeunes, les vieux, tout le monde s’est réjoui.

Qu’est-ce qui va changer, avec cette indemnisation ?

Dans tout Bodo les gens commencent déjà à reconstruire. Je vais aménager de nouveaux bassins, je pourrai y produire 10 000 poissons-chats par an. Après les fuites, nous n’avions plus de quoi payer l’école, mais maintenant mes filles y vont de nouveau. Les enfants en particulier ont souffert, mais beaucoup ont maintenant de l’argent en banque pour assurer leur avenir.

Shell n’a toujours pas nettoyé les zones polluées. Quelles sont les conséquences pour les habitants ?

Ils ont des problèmes de santé, mais il n’y a pas de véritable hôpital ici. L’eau, les fruits, les arbres... Tout est contaminé. Mes anciens bassins sont sur les rives du fleuve. Je ne peux pas me réinstaller tant que la zone n’est pas nettoyée. Shell a fait des promesses, mais on n’aura la preuve qu’ils sont sérieux que lorsqu’ils auront désigné une entreprise pour procéder au nettoyage.

Quel a été l’impact du soutien international d’Amnesty et d’autres organisations ?

C’est magnifique ! Je sens vraiment que Bodo est désormais une communauté internationale. Nous pouvons faire appel aux gens en Europe. Avant, personne ne nous entendait. Merci aussi au CEHRD [Centre pour l’environnement, les droits humains et le développement, une ONG locale], qui a mené l’action.

L’exemple de Bodo pourra-t-il empêcher d’autres déversements ?

Les victimes ailleurs peuvent maintenant se battre, et nous pouvons partager avec elles les leçons de notre expérience. Amnesty et le CEHRD m’ont appris à surveiller les déversements, alors je peux aider d’autres personnes. Mais il faut aussi que les compagnies remplacent les pipelines – celui qui est l’origine des fuites à Bodo est très vieux. Les batailles juridiques sont sans doute loin d’être finies.

Qu’espérez-vous pour l’avenir de Bodo ?

Je crois que nous pouvons espérer de belles choses, mais cela prendra du temps. Selon les experts, il faudra 20 à 30 ans pour restaurer l’environnement. Mais je crois que Bodo peut être un soutien pour d’autres localités du delta du Niger. Des localités pour qui [l’indemnisation] semble un rêve, alors qu’elle peut être une réalité.

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