"Ce n’est pas le moment de renoncer"

La Commission de la condition de la femme (CSW) rassemble des personnes qui partout dans le monde défendent les droits des femmes, et elle leur offre la possibilité de s’exprimer et de partager leurs récits. Une des femmes qui se rendra à New York a une histoire poignante à raconter, qui symbolise le combat actuel pour les droits des femmes.

L’an dernier, Evdokia Romanova, jeune femme russe de 27 ans, a partagé sur Facebook un article au sujet d’une exposition LGBTI à Saint-Pétersbourg. Elle ne s’attendait pas à se retrouver en première ligne.

Les autorités russes ont découvert qu’elle militait pour les droits des personnes LGBTI, pour les droits en matière de sexualité et de procréation, et pour attirer l’attention sur les dangers liés au VIH/sida. Elles ont engagé des poursuites contre elle pour l’infraction administrative de « promotion des relations sexuelles non traditionnelles auprès des mineurs utilisant Internet ». Un tribunal l’a condamnée à une amende de 50 000 roubles (870 dollars des États-Unis).

À la suite de son arrestation, Evdokia a perdu confiance ainsi que son estime de soi quand elle a fermé ses comptes sur les réseaux sociaux. Elle a fait appel de cette décision de justice, mais a payé l’amende. Elle devait le faire pour pouvoir traverser la frontière librement.

Elle a courageusement repris sa vie en main et commencé à riposter : Evdokia va faire le voyage jusqu’à New York, pour témoigner de ce qui lui est arrivé en tant que défenseure des droits humains et s’exprimer au sujet de l’importance des droits des femmes, des droits en matière de sexualité et de procréation et des défenseur-e-s des droits humains. Voici son histoire :

« L’an dernier, j’ai été harcelée par le gouvernement russe. C’est l’une des épreuves les plus difficiles que j’ai eu à traverser. J’ai été accusée de faire de la propagande homosexuelle sur Internet. Mon visage a commencé à apparaître dans les médias régionaux et nationaux, et sur les réseaux sociaux. On pouvait voir ma photo en dessous du titre « Les ennemis de la nation ». Là où je vis, beaucoup de gens sont homophobes, et j’avais peur de sortir dans la rue. J’avais peur d’être victime d’un crime motivé par la haine ».

« En août de l’an passé, la police m’a convoquée pour un interrogatoire. D’une certaine manière, j’étais devenue mon propre ennemi. Je suis devenue paranoïaque. Je pensais que le gouvernement avait mis mon téléphone sur écoute et qu’il lisait mes courriels. C’était juste des idées que je me faisais. Mais dans la réalité, la police est venue chez moi. Les policiers ont interrogé mes voisins, mes amis et les gens avec qui je travaille  ».

« J’ai été choquée par les accusations portées contre moi au tribunal. Elles ne reposaient sur rien et cela a été très effrayant de réaliser que ceux qui sont au pouvoir peuvent faire tout ce qu’ils veulent. Je pensais qu’avec mes activités de défense des droits humains je venais en aide aux gens, je faisais quelque chose de bien, mais on m’a forcée à payer une très lourde amende, simplement à cause d’un billet posté sur Facebook  ».

« Au cours des trois derniers mois, j’ai commencé à retrouver de l’énergie et l’envie de riposter, même si je continue d’être discrète sur les réseaux sociaux. Les gens commencent à oublier cette histoire, et même s’il y a chaque jour des hauts et des bas, je me mets à être moins affectée par cette situation. J’ai réalisé que ce n’est pas le moment de renoncer. Je suis douée pour promouvoir l’importance des droits humains et pour travailler avec les gens ; il ne faut pas que ces accusations m’enlèvent cela  ».

« Beaucoup de gens dans mon pays ne comprennent pas ce que signifient les droits humains. Avec ce qui m’est arrivé, j’ai appris énormément de choses au sujet de la propagande et de son pouvoir. Dans mon pays, les gens pensent que tout ce qui a à voir avec les droits humains ou le militantisme international relève d’un concept occidental. Ils ne croient pas que les inégalités, ça existe. Ils réagissent sans même avoir écouté les histoires que d’autres personnes leur racontent ou sans avoir lu les statistiques. Je veux éduquer les gens et encourager les discussions ».

« Ceux qui m’inspirent et m’encouragent, ce sont mes amis, ma famille et mes collègues. Mon père, qui était professeur de sociologie, a été mon mentor et il m’a toujours soutenue. Il est décédé l’an dernier, mais il continue de m’encourager à poursuivre mon travail. Malgré toutes les difficultés, mon travail sert à quelque chose. Je travaille dur pour promouvoir l’égalité  ».

« La vie des gens est en train de changer, et leur perception des choses aussi. Les gens commencent à parler des droits humains beaucoup plus ouvertement, et cela me touche beaucoup  ».

« Cela me fait très plaisir d’aller assister à cette conférence avec Amnesty International. Quand j’ai été arrêtée l’année dernière, Amnesty m’a soutenue de façon incroyable. Grâce à sa campagne Osons le courage, je réalise que je ne suis pas seule et, malgré toutes les difficultés, il y a beaucoup de gens qui ont envie de se battre et de contribuer à la création d’une société meilleure ».

« La CSW représente l’occasion de participer à une initiative mondiale, de rencontrer d’autres défenseurs des droits humains et de contribuer à un vrai changement. Les jeunes sont exclus des sphères de décision depuis beaucoup trop longtemps, mais il y a une nouvelle génération qui arrive, passionnée, professionnelle et très motivée. Nous devons être présents dans ces sphères, et j’encourage tous les jeunes à s’engager, à chercher des sources d’inspiration et à dire ce qu’ils pensent ».

«  J’ai l’espoir de voir les choses évoluer pour le mieux. Cette vague de conservatisme et de pensée de droite ne va pas durer pour toujours, et nous allons nous acheminer vers une société où l’on pourra jouir de la liberté de parole et d’expression. Ensemble, nous devons continuer d’aller de l’avant.  »

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