Chelsea Manning poursuivie pour tentative de suicide Par Justin Mazzola

C’est une très dure nouvelle que j’ai apprise le 7 juillet : Chelsea Manning, qui avait publiquement défendu et pris la responsabilité de la publication d’informations qui, à son sens, montraient au monde les atrocités de la guerre, avait tenté de se suicider deux jours auparavant. Je l’ai vue assise au tribunal chaque jour de son procès militaire, le dos droit comme un piquet, face aux médias, aux députés et aux observateurs, pendant que des experts parlaient de son combat et de son désir de se présenter comme une femme. Je savais qu’elle continuait à se battre contre l’armée, qui refusait de la reconnaître comme une femme. Ainsi, lorsque j’ai réalisé qu’elle avait fini par atteindre le point de rupture, mon esprit oscillait entre l’inquiétude et la tristesse.

Depuis qu’elle a révélé sa transidentité dans les jours qui ont suivi sa condamnation, Chelsea Manning se bat pour être traitée comme une femme, car c’est ainsi qu’elle s’identifie. Elle a demandé sans relâche à l’armée, son employeur et à présent son geôlier, de lui permettre de bénéficier d’une thérapie hormonale, d’être reconnue en prison comme une femme et de pouvoir se présenter en tant que telle. L’armée a systématiquement refusé ces demandes. Cependant, je pense que personne parmi nous ne comprenait vraiment ce à quoi elle faisait face jusqu’à l’annonce, le 29 juillet, que Chelsea Manning faisait l’objet de poursuites administratives liées à sa tentative de suicide. D’après l’Union américaine pour les libertés civiles, qui représente Chelsea Manning dans son combat contre ses conditions de détention et son traitement en prison, elle fait maintenant l’objet d’accusations de « résistance aux gardiens de prison », de « possession de biens interdits » et de « comportement menaçant ».

Si elle est déclarée coupable, elle risque des sanctions telles que la détention à l’isolement pour une durée indéterminée, le placement sous régime de haute sécurité et neuf années d’emprisonnement supplémentaires en régime de sécurité moyenne.

Tout comme les poursuites administratives dont elle a fait l’objet en 2015, cette nouvelle série d’accusations pourrait entraver les chances qu’elle a, en théorie, de se voir accorder une liberté conditionnelle anticipée, car une telle demande impliquerait un examen de son dossier disciplinaire. L’armée n’ayant pas donné à Chelsea Manning les moyens de gérer correctement sa transition, les conséquences de cette transition ont été difficiles à affronter et son moral était sans doute au plus bas avant sa tentative de suicide. L’armée a maintenant tout simplement entrepris de la punir pour sa souffrance et pourrait l’exposer à des conditions (détention à l’isolement et allongement de sa peine) qui ne peuvent que contribuer à la briser à nouveau, au lieu de lui apporter le soutien dont elle a besoin.

Beaucoup de membres d’Amnesty International dans le monde entier ont contacté Chelsea Manning, lui envoyant des lettres de soutien et de solidarité, pour lesquelles elle est toujours reconnaissante, comme elle l’a dit à de nombreuses reprises. Nous vous invitons à continuer à lui écrire. Le Comité de soutien à Chelsea Manning explique comment envoyer des lettres à Chelsea Manning en prison. De son côté, Fight for the Future.org a lancé une pétition pour que le Secrétaire à l’Armée abandonne les accusations les plus récentes retenues contre elle. Avec l’aide d’avocats du cabinet Keker & Van Nest, Amnesty International a récemment déposé un mémoire conjoint sur la détention à l’isolement auprès de la Cour d’appel militaire des États-Unis, afin de soutenir le recours que Chelsea Manning a présenté concernant sa condamnation. L’organisation continuera à travailler avec les avocats de Chelsea Manning et à demander aux autorités de commuer sa peine.

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