Témoignage

« Comme si nous n’existions pas » : l’agression sauvage d’un couple gay grec-pakistanais

Par Eliza Goroya, 14 mai 2015

En août 2014, Kostas (enseignant d’art) et Zabi (demandeur d’asile) ont été violemment agressés sur la place Varnava, à Athènes (Grèce). À l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, le 17 mai, ils évoquent le sentiment de peur pour leur sécurité qu’ils éprouvent depuis l’attaque.

Kostas : Nous nous étions rencontrés quelques mois plus tôt, lors de la marche des fiertés d’Athènes, et avions décidé d’emménager ensemble. Nous vivions dans un petit studio du centre-ville. Fin août, nous sommes sortis faire quelques courses et j’ai proposé que nous restions un peu dehors au lieu de rentrer directement à la maison.

Zabi : Nous nous sommes assis sur un banc de la place Varnava, près de chez nous. Il faisait vraiment chaud ce jour-là, et on sentait une brise rafraîchissante à l’extérieur. Il y avait peu de monde sur la place ; Athènes est calme à cette époque de l’année, tout le monde est parti. L’épicerie située au coin de la rue était en train de fermer, il n’y avait que nous et un groupe d’hommes jeunes à l’autre bout de la place.

K. : Nous les avions à peine remarqués. Nous discutions et riions ensemble, assis sur ce banc. Nous ne pouvions pas imaginer ce qui allait arriver. Deux d’entre eux, à moto, se sont approchés de nous par derrière et nous ont jeté un seau plein d’eau sale. D’abord choqué, Zabi a réagi et a indiqué à juste raison que nous devions partir. J’étais paralysé, j’essayais de retrouver mon calme avant de rentrer à la maison. Grosse erreur. L’un après l’autre, ils ont couru dans notre direction et ont commencé à nous rouer de coups de poing et de pied.

Z. : Ils étaient une douzaine, peut-être 15 – trop nombreux en tout cas. Les coups pleuvaient.

« Ils ont fracturé ma jambe en trois endroits. »

K. : Je pense qu’ils savaient qu’on était en couple, c’est pour cette raison qu’ils s’en sont pris à nous, et à cause de la couleur de peau de Zabi. Je les ai vus jeter Zabi au sol, lui donner des coups de pied, puis plus rien. Je me suis alors rendu compte que j’avais tout le haut du corps dans une poubelle qu’ils m’avaient renversée sur la tête. Ils m’ont jeté à terre et, quelques secondes après, ils ont fracturé ma jambe en trois endroits.

Z. : Regardez un peu à quoi ressemblait ma jambe.

K. : Des policiers sont arrivés sur les lieux, mais personne ne m’a parlé directement. Ils ne voulaient pas s’approcher de moi, comme si j’étais contagieux. Si l’affaire n’a pas été escamotée, c’est parce qu’un journaliste passait par hasard par là. Nous sommes alors devenus l’« affaire de la place Varnava ».

C’était une tragédie. Il m’a fallu des mois pour me rétablir. J’ai bien évidemment dû me faire opérer. Cela a eu de graves conséquences sur mon travail, ma santé mentale. Nous avons traversé une période vraiment difficile. Aujourd’hui, ma jambe va peut-être bien mais à chaque fois que je suis témoin de violences, quelles qu’elles soient, l’horreur et la peur me reviennent en mémoire. C’est extrêmement douloureux.

Et personne n’a été puni pour le moment. La police ne fait pas suffisamment d’efforts.

Z. : Je ne pense pas qu’ils aient bien traité l’affaire.

« Nos droits ne sont pas reconnus. »

K. : La marche des fiertés d’Athènes fêtait son 10e anniversaire quand nous nous sommes rencontrés. Je suis heureux de voir que nous sommes de plus en plus nombreux, mais rien n’a vraiment changé pour les lesbiennes, les gays, les personnes bisexuelles, transgenres et intersexuées en Grèce. Ma rencontre avec Zabi a été une belle surprise. Je ne me suis absolument pas posé de questions quand j’ai su qu’il était étranger, il me plaisait, c’est tout.

Z. : Cela fait presque un an que nous ne nous quittons plus. Mais nous avons dû déménager dans un autre quartier après l’agression. Et puis, cela s’est reproduit, j’ai de nouveau été attaqué.

K. : Ce n’est pas une exception. Nous sommes constamment pris pour cible, et nos amis aussi. Nous ne nous sentons pas en sécurité. Nous avons d’abord pensé quitter la Grèce, nous installer dans un endroit plus sûr… Ni notre relation, ni nos droits ne sont reconnus ici. Nous avons l’impression que le gouvernement tolère ces agressions en refusant de reconnaître nos relations et d’admettre que nous avons le droit d’exister et de vivre en sécurité. Le nouveau gouvernement affirme vouloir améliorer la situation, mettre un terme aux crimes de haine et reconnaître les couples homosexuels. Bien évidemment, c’est une bonne chose. Mais ces mesures auraient dû être prises il y a bien longtemps, avant que nous ayons à déplorer des victimes. Et notez que, pour le moment, elles ne sont qu’à l’état de projet !

Z. : Pour moi aussi, c’est étrange. Je suis arrivé en Grèce en 2009 après avoir fui le Cachemire. Le voyage a été dangereux ; ils nous cachaient comme des animaux dans des camions, des cercueils… J’ai été arrêté et aujourd’hui, enfin, j’attends la réponse à ma demande d’asile.

Je suis venu ici pour pouvoir vivre dans la dignité. La situation est vraiment difficile pour les personnes gays au Pakistan. Nous y sommes constamment en danger : nous ne sommes pas reconnus, ni protégés là-bas. Nous n’avons aucun droit. C’est un peu mieux ici, mais il y a le problème du racisme. Les lesbiennes, les gays, les personnes bisexuelles, transgenres et intersexuées ne sont pas reconnus en Grèce non plus. Ils n’ont pas de droits et ne sont pas véritablement protégés.

C’est comme si nous n’existions pas.

Apportez-leur votre soutien

À l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, le 17 mai, veuillez envoyer un message de solidarité à Kostas et Zabi sur Twitter à l’aide du hashtag #KostasZabi. Demandez au gouvernement grec (@govgr) de mettre fin aux crimes de haine et de dénoncer l’homophobie et le racisme.

Par exemple :

#KostasZabi : vous n’êtes ni invisibles, ni seuls. Vous avez le #droitdaimer. Le gouv. grec doit mettre fin aux #CrimesHaineux.

(Vous pouvez aussi utiliser les hashtags #righttolove et #HateCrimes)

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