Crise des réfugiés : il est temps que l’Europe mette un terme à cette situation honteuse

Par Gauri Van Gulik, directrice adjointe du programme Europe d’Amnesty International, @GaurivanGulik

Une minute de silence. Partout dans le monde, c’est la réponse traditionnelle aux catastrophes qui brisent des vies humaines.

C’est aussi une réponse courante aux tragédies qui ont coûté la vie à des milliers de réfugiés et de migrants en Europe et au large de ses côtes. Ils ont survécu aux bombes en Syrie, mais ils trouvent la mort lors d’un effroyable voyage à la recherche de la sécurité et d’une vie meilleure en Europe.

Toutefois, face à l’ampleur et à la multiplication de ces tragédies, il est temps de briser le silence.

En l’espace de quelques jours, comme de nombreuses autres personnes à travers le monde, j’ai été choquée par l’horreur de trois nouvelles tragédies venues s’ajouter à une liste de plus en plus longue de drames ayant déjà causé la mort prématurée d’un nombre record de réfugiés et de migrants cette année. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés, 2 500 personnes ont perdu la vie en tentant de gagner l’Europe depuis le 1er janvier 2015.

Mercredi 26 août 2015, 52 cadavres ont été retrouvés dans la coque d’un navire, à environ 30 miles nautiques des côtes libyennes.

Jeudi 27 août, des policiers autrichiens ont découvert les cadavres de 71 personnes, dont des enfants, entassés dans un camion abandonné le long de l’autoroute reliant Budapest à Vienne. Selon la police, les victimes étaient probablement syriennes et seraient mortes asphyxiées.

Et dans la nuit du 27 au 28 août est tombée la nouvelle d’un nouveau naufrage tragique au large de Zuwara, en Libye. Vendredi 28 août, les circonstances de ce naufrage n’étaient pas encore bien connues et l’on continuait de rechercher et de recenser les victimes, mais il était à craindre que leur nombre atteigne les 200 morts.

Par nature, les tragédies sont généralement rares et touchent, de façon imprévisible, des personnes ordinaires qui se retrouvent prises dans des circonstances exceptionnelles. Or, les horreurs de cette semaine n’étaient ni imprévisibles, ni exceptionnelles.

Ces dizaines de morts – entassés dans des camions ou des bateaux, à la recherche de la sécurité ou d’une vie meilleure – sont une conséquence tragique de l’incapacité des dirigeants européens à proposer des voies sûres d’entrée en Europe. Ces tragédies aujourd’hui quotidiennes sont la honte collective de l’Europe.

Jeudi 27 août 2015, à Vienne, non loin de l’endroit où la police a fait sa macabre découverte, les dirigeants de l’Union européenne (UE) ont participé à un sommet entre les principaux États membres et les pays de l’ouest des Balkans. Bien que ne figurant pas à l’ordre du jour à l’origine, la question du traitement des réfugiés dans la région s’est rapidement imposée comme principal sujet de discussion.

Et non sans raison – quelques jours plus tôt, Amnesty International avait rendu compte de la situation à la frontière gréco-macédonienne, où jusqu’à 4 000 réfugiés se sont retrouvés piégés à la suite de la fermeture de la frontière par la Macédoine. Des unités de la police paramilitaire ont bloqué la frontière avec du fil barbelé et ont tiré des grenades incapacitantes sur des familles, sous le choc, qui avaient fui la guerre en Syrie.

Mes collègues ont rencontré une mère de quatre enfants originaire de Damas, qui serrait fermement son plus jeune fils dans ses bras, au milieu du bruit assourdissant des grenades incapacitantes explosant à proximité : « Cela me rappelle la Syrie. Les enfants ont peur, je n’aurais jamais imaginé me retrouver confrontée à cette situation en Europe. Jamais, jamais », a-t-elle déclaré.

Un peu plus haut sur la route migratoire des Balkans, en Hongrie, la police a récemment tiré des gaz lacrymogènes dans un centre d’accueil bondé, et les autorités hongroises sont en train d’ériger une clôture de fils barbelés le long de la frontière avec la Serbie afin d’empêcher les réfugiés et les migrants de passer.

Amnesty International vient également de rentrer de Lesbos, l’une des îles grecques qui sont en première ligne dans la crise des réfugiés en Europe. Les autorités, débordées et manquant de ressources, ne parviennent pas à faire face à la très forte hausse du nombre de personnes qui débarquent sur l’île – 33 000 depuis le 1er août. En conséquence, des milliers de personnes, dont de nombreux réfugiés syriens, vivent dans des conditions d’hygiène déplorables.

Toutes ces crises sont les symptômes d’un même problème : l’Europe n’assume pas sa responsabilité dans cette crise mondiale sans précédent. Elle ne crée pas de voies sûres respectant les droits et les besoins de protection des réfugiés et leur offrant la dignité à laquelle ils ont droit.

Alors, que faire ? Assez de minutes de silence ! Il est maintenant temps de faire preuve de volonté politique.

Les dirigeants européens – du moins certains d’entre eux – semblent en prendre conscience.

Dans les appels du sommet de Vienne, il a moins été question de la Forteresse Europe et de la nécessité d’empêcher les gens d’entrer que de solidarité et de responsabilité.

La vice-présidente de la Commission européenne, Federica Mogherini, n’aurait pas pu être plus claire dans ses remarques à la fin de la réunion. L’Europe, a-t-elle déclaré, a le « devoir moral et juridique » de protéger les demandeurs d’asile.

Les mots sont les bons, sans aucun doute. Mais il faut maintenant joindre les actes à la parole.

Amnesty International réclame cette approche européenne depuis des années, mais les événements récents prouvent que sa mise en œuvre n’a jamais été aussi urgente. La situation serait-elle en train d’atteindre un point critique ?

Les dirigeants européens à tous les niveaux doivent redoubler d’efforts afin d’offrir une protection à davantage de gens, de mieux partager les responsabilités et de témoigner leur solidarité aux autres pays et aux personnes qui en ont le plus besoin.

Ces efforts doivent, au grand minimum, comprendre une augmentation significative du nombre de réinstallations de réfugiés – les propositions actuelles semblant bien faibles comparées aux 1,8 millions de réfugiés syriens accueillis par la Turquie –, ainsi qu’une augmentation du nombre de visas humanitaires accordés et des possibilités de rapprochement familial.

Faire moins serait un manquement moral et une défaillance en matière de droits humains, aux proportions tragiques – à propos desquels nous ne pourrions pas rester silencieux.

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