Ensemble, nous sommes plus forts Par Shackelia Jackson, la sœur de Nakiea qui a été tué par la police jamaïcaine en 2014

Je fais partie de la famille d’un jeune homme qui a été tué par la police à Kingston, en Jamaïque. Beaucoup de personnes m’ont donc demandé comment ma famille gérait la douleur, la perte d’une partie de nous-mêmes et la colère que justice n’ait pas été rendue pour Nakiea.

La réponse n’est pas simple. Certains jours, nous trouvons en nous la force de continuer à nous battre pour la justice. D’autres jours, cette force vient du soutien que nous avons reçu de tant de personnes du monde entier.

Et certains jours, on se sent seul, comme si nous étions les seuls à souffrir.

Mais une récente visite au Brésil avec Amnesty International m’a montré que nous n’étions pas seuls. Nous ne sommes pas seuls dans notre douleur, ni dans cette lutte pour la justice qui semble sans fin.

Sur ce continent, les homicides illégaux perpétrés par la police et l’impunité sont des phénomènes tragiques qui traversent les frontières. Des États-Unis au Brésil, des centaines de jeunes hommes – pour la plupart noirs et pauvres – sont tués par la police. Presque aucun policier n’est traduit en justice pour répondre de ces actes et de l’immense souffrance des familles comme la mienne.

Je n’étais jamais allée au Brésil. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit si similaire à la Jamaïque.

Quand j’étais à Rio de Janeiro, une ville où la police tuait deux personnes par jour à l’approche des Jeux olympiques de 2016, j’ai rencontré certains des nombreux proches de victimes avec lesquels je partage le même combat pour la justice.

Zé Luis est l’un d’entre eux. Il a perdu son fils, Maicon, abattu par la police en 1996. Les policiers ont déclaré qu’ils avaient agi en état de légitime défense. Maicon avait deux ans. Personne n’a jamais été tenu responsable de cet homicide. En 2016, le délai de prescription a expiré, ce qui signifie que cette affaire ne sera jamais portée devant un tribunal national.
Rencontrer ces familles au Brésil m’a brisé le cœur.

Mais ces histoires, et mon histoire, même si elles sont tragiques, me donnent la force de ne jamais m’arrêter. La force de non seulement engager le dialogue avec les autorités jamaïcaines, mais aussi de faire en sorte que luttions pour empêcher que ce qui est arrivé à mon frère arrive à d’autres.

Pour que l’impunité prospère, il faut que les bonnes personnes gardent le silence et se battent seules.

Notre force vient de notre travail commun.

Je me bats pour moi, pour mon frère et pour toutes les personnes autour de moi, en Jamaïque et ailleurs.

Leur combat devient mon combat. Leur monde devient le mien. Nous devenons plus forts ensemble et le souvenir de leurs proches et leur désir de sauver ceux qui restent sont notre élan commun.

Et ce combat est également le vôtre, parce que Nakiea était mon frère, mais demain cette tragédie pourrait vous toucher vous, votre frère, votre père, votre ami. Et tant que justice n’est pas rendue, nous sommes tous en danger.

Mais ensemble, nous sommes plus forts.

Je me bats parce que je n’ai pas d’autre choix, parce que si je m’arrête, je donne à un autre policier l’autorisation de tuer un autre de mes frères.

Cet article a initialement été publié par IPS.
http://www.ipsnews.net/2017/03/together-we-are-stronger-against-police-violence

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