Est-il enfin temps de libérer l’activiste amérindien Leonard Peltier ? Jasmine Heiss, campaigner pour les individus en danger chez Amnesty International USA

Âgé de 71 ans, il a vécu plus de la moitié de sa vie derrière des barbelés et des murs de bétons, cimenté dans le système du Bureau fédéral des prisons.

Il a vécu quatre décennies de prison, marquées par une bataille juridique influencée par la politique, le doute et les témoignages contradictoires ; mais aussi par une santé défaillante : Leonard Peltier a subi plusieurs opérations de la mâchoire et souffre de diabète, de problèmes cardiaques ainsi que d’une perte de la vue et de ses fonctions motrices après un accident vasculaire cérébral.

En janvier 2016, Leonard Peltier a appris qu’il était atteint d’un anévrisme de l’aorte abdominale — une aorte gonflée qui peut devenir une minuscule bombe à retardement si la maladie n’est pas traitée. À un moment, pendant notre visite, il s’est retourné vers moi et il m’a dit : « Si vous ne me sortez pas d’ici, je vais mourir — et pas de vieillesse ».

Sa seule chance de ne pas mourir en prison est d’être gracié par le Président Barack Obama. Sinon, la prédiction de Peltier deviendra réalité.

Leonard Peltier, un Amérindien Anishinabe-Lakota, est connu pour son activisme au sein du Mouvement amérindien (American Indian Movement - AIM), un mouvement militant de défense des droits des Amérindiens aux États-Unis fondé en 1968, à une époque propice pour la reconnaissance des droits civiques.

En 1972, Leonard Peltier traversait le pays pour se rendre à Washington D.C. sous l’égide de l’AIM, avec d’autres membres venus de tout le pays. Ce périple, connu sous le nom de « Trail of Broken Treaties », avait pour objectif de proposer un nouveau projet de loi pour améliorer les relations entre le gouvernement américain et les Amérindiens. Les militants atteignirent la capitale la veille de l’élection présidentielle, comme prévu, mais ne furent pas reçus par les représentants du gouvernement. Déçu, l’AIM envahit et occupa le Bureau des affaires indiennes pendant six jours, après avoir longuement négocié avec le gouvernement. Après cet événement, l’AIM fut considéré comme une organisation extrémiste par le FBI.

Aujourd’hui, Leonard Peltier purge deux peines à perpétuité consécutives dans la prison de Coleman, au nord-ouest d’Orlando en Floride. Il a été condamné pour les meurtres des agents du FBI Ronald Williams et Jack Coler, tués par balle dans la réserve de Pine Ridge le 26 juin 1975.

Leonard Peltier a toujours affirmé son innocence et son respect pour la vie humaine. Il n’a jamais nié avoir été présent ce jour-là, mais il a passé les 40 dernières années à essayer de prouver qu’il n’a pas commis ces meurtres.

Le dossier juridique de Leonard Peltier, qui est long et compliqué, dévoile une série de fautes commises par le FBI : un témoin oculaire présumé forcé à témoigner ; ainsi que la disparition de preuves qui auraient pu l’innocenter. Ceci démontre l’acharnement quasi suspect à vouloir inculper Leonard Peltier à tout prix, ce qui laisse deviner les motivations politiques qui ont pu influencer le FBI.

La Commission de libération fédérale a reconnu le manque de preuves directes qui montreraient que Leonard Peltier a participé personnellement aux meurtres des deux agents fédéraux.

Les morts tragiques des agents Coler et Wiliams à Pine Ridge se sont déroulées dans un contexte beaucoup plus large : celui des tensions entre les dirigeants de l’AIM et les autorités. Quelques mois avant la fusillade qui coûta la vie aux deux agents, le FBI se préparait déjà pour une lourde confrontation armée avec les dirigeants de l’AIM, comme le dévoila le mémo du FBI du 24 avril 1975 intitulé : « Utilisation d’agents spéciaux du FBI dans une opération paramilitaire de maintien de l’ordre dans la nation indienne ».

Leonard Peltier a dévoué sa vie à améliorer celle des membres d’un des groupes les plus marginalisés aux États-Unis — son peuple, les Amérindiens. Dans les années 1960, il a fondé un centre pour aider les femmes qui quittaient la réserve pour chercher du travail en ville. En prison, il a créé un programme d’art et il prend souvent des jeunes détenus sous son aile en tant que mentor.

Sa prochaine audition devant la Commission de libération est dans huit ans, mais il ne vivra peut-être pas jusque là. Les anévrismes de l’aorte abdominale entraînent la mort dans 90 % des cas, une statistique d’autant plus effrayante pour un détenu enclavé dans le système médical d’une prison fédérale paralysée par un manque chronique de personnel et un accès limité aux soins, comme le souligna un rapport récent du Département de Justice.

Le diagnostic médical de Leonard est d’autant plus inquiétant que les confinements en solitaire sont très fréquents à la prison. « Quand un détenu a besoin de soins, les infirmiers marchent. Je n’arriverai jamais à temps à la table d’opération », m’a confié Leonard Peltier.

Sa santé se détériorant, son avenir est dans les mains d’un autre ancien leader communautaire — le Président Barack Obama, dont le portrait accueille les visiteurs de la prison de sécurité maximale où est enfermé Leonard Peltier. Tandis que la demande de grâce de Leonard Peltier reste à ce jour sans suite, le Président Obama est en train de construire un héritage durable de réformes judiciaires, pendant les derniers mois de son mandat.

Dans une lettre récente à un groupe de personnes graciées, le Président Obama a écrit : « Le pouvoir de gracier et de commuer une peine… incarne, dans notre démocratie, la croyance fondamentale que les gens méritent une deuxième chance, après avoir commis une faute dans leur vie qui leur a causé d’être condamné par nos lois. »

Leonard Peltier a bien été condamné par les lois du système de justice criminelle américain, mais les doutes autour de son cas illustrent les iniquités et les préjugés que le Président s’est engagé de réformer. Peltier a 71 ans, a une santé défaillante et se trouve à des milliers de kilomètres de sa famille et de sa communauté. Le Président a maintenant l’opportunité de prendre en charge cette affaire, qui a causé du tort à de nombreuses personnes pendant des décennies.

Alors que sa santé se détériore, il reste à voir si le Président pense qu’il mérite une deuxième chance.

Leonard Peltier est un individu en danger, vous pouvez consulter son dossier en ligne et vous pouvez aussi signer la pétition en sa faveur en ligne.

L’article original a été publié par le magazine Newsweek.

La photo a été prise lors de la visite de Jasmine Heiss à la prison de Coleman en Floride.

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