« Hong Kong va traverser des périodes sombres mais le soleil reviendra »

Benny Tai a joué un rôle essentiel dans les manifestations de 2014 en faveur de la démocratie à Hong Kong. L’année précédente, ce professeur de droit avait créé un mouvement de désobéissance civile connu sous le nom de « Occupy Central ».

Cette entité s’était ensuite associée à des groupes étudiants pour former le Mouvement des parapluies. Pendant 79 jours entre septembre et décembre 2014 plus d’un million de personnes avaient occupé les rues principales de Hong Kong pour lancer un appel en faveur de la démocratie dans cette ville.

Le 9 avril 2019, un tribunal de Hong Kong a reconnu Benny Tai et huit autres militants de renom coupables de plusieurs chefs d’accusation ambigus tels que « complot en vue de créer de la nuisance publique » ; « incitation à créer de la nuisance publique » et « incitation à inciter à créer de la nuisance publique » en raison de leur rôle dans le Mouvement des parapluies. La peine des neuf militants va être prononcée le 24 avril et pourrait aller jusqu’à sept ans d’emprisonnement.

Il s’agit des dernières poursuites en date engagées par le gouvernement de Hong Kong contre des manifestants du Mouvement des parapluies depuis l’emprisonnement de trois dirigeants étudiants en 2017.

Avant son procès, Benny Tai a parlé avec Amnesty International de la résistance civile, de la perspective d’aller en prison et des raisons pour lesquelles il continue de croire qu’un jour la démocratie régnera à Hong Kong.

Occupy Central a été à la fois un succès et un échec. Notre objectif était de faire progresser la démocratie à Hong Kong et de sensibiliser plus de monde à cette cause. Pendant 79 jours, plus de 1,2 millions de personnes ont participé d’une façon ou d’une autre au mouvement, des personnes de tous âges. L’attention internationale a été plus importante que nous ne l’aurions jamais imaginé.

La désobéissance civile au bon moment peut apporter certains changements mais je savais que notre action ne pouvait pas changer le système à elle seule. C’est un long combat. C’est la leçon que j’en ai tirée. Il nous faut être résistants. Nous ne pouvons pas reprocher nos échecs aux autres. La démocratie ne va pas nous être servie sur un plateau.

La population de Hong Kong continue de croire en la démocratie - la grande question qui demeure après le Mouvement des parapluies est comment nous pouvons la construire. Compte tenu des poursuites engagées contre les militants et les militantes, il est possible que la désobéissance civile ne soit plus le moyen le plus efficace. Le prix personnel à payer est élevé maintenant. Peut-être devons-nous envisager une résistance civile moins risquée et plus pérenne.

Je ne pense pas qu’il faille renoncer à descendre dans la rue dans le futur, mais il faut le faire au bon moment. La désobéissance civile est toujours un de nos outils, mais elle peut prendre différentes formes.

Déprimé

De très lourdes pressions ont été exercées sur moi. J’ai été déprimé pendant des mois lorsque les manifestations du Mouvement des parapluies ont pris fin. Je n’avais plus d’espoir quant à notre capacité à changer la situation. J’étais comme dans un tunnel. Je n’en suis pas encore sorti, mais au moins je vois la lumière au bout de l’obscurité. Ma famille et ma confiance en l’avenir m’ont aidé à tenir le coup pendant cette période difficile.

J’ai été critiqué de toutes parts. Depuis la fin du mouvement Occupy Central, le gouvernement a cherché à nous faire porter la responsabilité de toutes les difficultés rencontrées par la société. J’ai été critiqué par le camp favorable à Pékin, ce à quoi je m’attendais, mais aussi par d’autres membres du mouvement en faveur de la démocratie. Bien sûr, c’est plus douloureux quand les attaques viennent des personnes qui luttent pour la même cause que vous.

Des accusations qui font peur

Dès le départ, j’étais prêt à faire face aux conséquences de notre action. Je me suis rendu aux policiers le 3 décembre 2014, en même temps que deux autres leaders de Occupy Central, le professeur Chan Kin-man et le pasteur à la retraite Chu Yiu-ming. Il a fallu plus de deux ans avant que nous soyons finalement inculpés le 27 mars 2017 d’infractions relevant de « la nuisance publique ». C’était le lendemain de l’élection du nouveau chef de l’exécutif de Hong Kong. Ils ont attendu jusque là parce qu’ils savaient que s’ils nous inculpaient avant l’élection cela causerait des problèmes.

Ceci est bien la preuve que cette inculpation est motivée par des considérations politiques. Les autorités ont choisi dans les principaux groupes de défense de la démocratie certaines personnes à inculper pour envoyer un message politique à tout le monde. Ces inculpations ont pour objectif de faire peur.

Si nous avions été inculpés de troubles à l’ordre public, nous aurions sans aucun doute plaidé coupables. Mais ils ont décidé de nous inculper d’infractions relevant de la nuisance publique comme « incitation à l’incitation » ou « complot », des termes qui peuvent facilement être manipulés. Nous devons nous défendre face à des accusations aussi vagues, sinon le gouvernement prendra de nouveau pour cible des manifestants pacifiques dans le futur.

L’emprisonnement

Je suis préparé à l’idée d’être envoyé en prison, mais je ne serai fixé qu’une fois le moment venu. J’ai parlé avec un autre militant de la démocratie, Raphael Wong, pour savoir comment lui et sa famille avaient fait face à sa situation d’enfermement. Leurs propos m’ont donné de la force. J’utiliserai ce temps pour réfléchir et lire. Peut-être même que je serai en meilleur santé grâce à la nourriture en prison.

Je dois rester positif. Si la lutte pour la démocratie à Hong Kong est un long combat, que sont quelques mois ou années en prison s’ils augmentent ma capacité à endurer les batailles à venir ? La démocratie a toujours un coût élevé. Nous devons être prêts à en payer le prix.

Notre incarcération pourrait inciter d’autres personnes à remettre en question le système et les problèmes qu’il engendre. La désobéissance civile montre au grand jour les injustices au sein de ce système.

La liberté au sein des universités

Je suis inquiet pour la liberté au sein des universités à Hong Kong même si je n’ai pas fait l’objet d’ingérences dans mon propre travail. Je suis protégé dans une certaine mesure par ma position haut placée. Je crains cependant que la peur ne pousse de jeunes universitaires à s’auto-censurer et à ne pas mener de recherches sur les sujets sensibles.

Les médias favorables à Pékin continuent de publier des mensonges selon lesquels j’endoctrinerais les étudiants, mais j’ai quand même pu poursuivre mon travail sans trop de problèmes. Je me demande si l’Université de Hong Kong va essayer de me renvoyer si je suis envoyé en prison. C’est leur problème, pas le mien : c’est à eux de déterminer comment une université de réputation internationale doit réagir avec les personnes qui prennent part à la désobéissance civile.

Un futur prometteur pour Hong Kong

J’envisage le futur de Hong Kong avec optimisme. Le gouvernement va peut-être supprimer peu à peu nos libertés, mais les choses vont changer. Nous ne savons pas quand exactement, mais nous devons être prêts à saisir l’occasion. Nous devons nous préparer et construire notre culture de la démocratie. Si c’est ce qu’il faut faire, nous devons le faire, même si je ne peux pas assister à la victoire finale.

Hong Kong va traverser des périodes sombres mais le soleil reviendra. Nous devons rester forts.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la personne interviewée et pas nécessairement celles d’Amnesty International.

Pour en savoir plus :

 Umbrella movement : end politically motivated prosecutions in Hong Kong (Rapport, 2018)

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